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HEBDOMADAIRES : ACTUALITÉS


Sommaire
  • L'Express :
  • Le Nouvel Observateur :
  • Le Point : A la une
  • Courrier International
  • Marianne

  • L'Express :

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      Le Nouvel Observateur :

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      Courrier International

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      Marianne

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      • Les "Cruchot" du président Hollande - 01/01/1970
        La sécurité du chef de l'Etat est-elle assurée par des bras cassés ? "Le Monde" signe en tout cas une enquête très alarmante sur le sujet...

        Un coup de feu a retenti dans les toilettes de l'Elysée le 10 avril dernier. Mais le bruit de la détonation n’est parvenu que ce mardi matin aux oreilles grand public grâce au Monde qui signe une enquête peu rassurante intitulée : « Doutes sur la sécurité du chef de l’Etat ». Le coup de feu en question a été tiré par un policier du Groupe de sécurité de la présidence de la République. Il aurait fait tomber son arme, explique l'Elysée, et tiré malencontreusement « en voulant la rattraper à 10 centimètres du sol ». Et Le Monde de nous dire que ce Pierre Richard du calibre 9 mm a la réputation d'avoir « la gâchette, sinon facile, du moins peu précise » ! « C’est un policier qui tire partout, dans les murs ou dans le sol, mais jamais dans la cible », résume même un de ses collègues.

        Mais notre homme n'est pas seul. L'équipe chargée de la sécurité du chef de l'Etat compterait  aussi « un fonctionnaire que beaucoup disent porté sur la boisson » et un autre « mis de côté pour des problèmes psychologiques, à qui on avait retiré son arme et qui a pourtant été réintégré ». Et cette fine équipe, rebaptisée dans le milieu « “les Cruchot”, du nom de l'illustre maréchal des logis-chef, incarné par Louis de Funès », refuserait d’aller s’entraîner au tir « car on ne veut pas montrer qu’on est nuls » confie un policier !

        On croit rêver. On se dit que c'est impensable. Et puis l'on se souvient de l'enquête de Marianne, « La flotte présidentielle part en vrille », sur les très curieuses m?urs de « l'escadron d'élite chargé de convoyer les reprsentants de la République »...

        Le pire, c'est que les manquements du GSPR sont connus de tous, y compris à l'étranger. Le quotidien du soir nous raconte ainsi qu'un des responsables de la garde rapprochée d'Hollande s'est fait moucher par un membre du Secret Service américain d'un simple : « Toi, ton président, il sort en scooter » !

        Il est vrai qu'il ne doit pas être aisé de garder un ?il sur un homme adepte des sorties nocturnes en deux-roues et qui, selon un habitué de l'Elysée, « organise la désorganisation » afin de « faire ce qu'il veut ». Le Monde nous apprend ainsi qu'un « quidam a eu la surprise, un jour, de voir le chef de l'Etat faire irruption à côté de lui, dans les toilettes d'une station-service d'autoroute ». Encore heureux que ce fameux « quidam » ne soit ni armé et ni aussi maladroit comme un membre du GSPR...

      • Panthéonisation : jouez au jeu des sept différences - 01/01/1970
        Demain, mercredi 27 mai, François Hollande présidera la cérémonie de transfert au Panthéon des cendres de quatre résistantes et résistants : Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay? Le geste n?est pas sans rappeler l?entrée de Jean Moulin en 1964, dans ce temple républicain, sous l?égide de Charles de Gaulle et avec l?éloge funèbre d?André Malraux. "Marianne" a trouvé sept différences. Même si comparaison n?est pas raison?

        Les citoyens qui confondent François Hollande avec Charles de Gaulle au prétexte qu’ils habitent (ou habitait, dans le cas du second) à la même adresse dans la très chic rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, pourront ce mercredi se livrer à un intéressant comparatif. A quarante et une années de distance, voici que les deux présidents de la République se livrent au même exercice : faire entrer la Résistance au Panthéon.

        D’après les conseillers de l’Elysée, bien conscients que le match est impossible, François Hollande fera tout pour éviter la comparaison. Les archives filmées de l’ORTF, qui permettent de revivre la cérémonie du 19 décembre 1964, nous autorisent néanmoins à jouer à un espiègle quoiqu’instructif jeu des « sept différences », un genre hélas abandonné, même par les quotidiens régionaux...

        Nous pouvons dès à présent vous en donner les réponses, de la plus évidente à la plus pointue :

        1) La taille des deux personnages. C’est minable puisqu’aucun président n’a égalé depuis la haute stature du Grand Charles, pas même Valéry Giscard d’Estaing. Et puis d'ailleurs Napoléon lui-même n'était pas très… Mais l’avenir nous dira si François Hollande arrivera à combler ce retard de quelques centimètres par la trace qu'il laissera dans l’histoire (c’est mal parti, mais on ne sait jamais…).

        2) Quatre cercueils, au lieu d’un. Avec Jean Moulin, le pays honorait l’unité de la Nation derrière son chef qui siégeait à Londres, Moulin n’étant que l’ombre portée de celui-ci. Pas question d’admettre une quelconque diversité, que Français Hollande célèbre au contraire avec ces quatre personnages, deux femmes et deux hommes, censés chacun illustrer une vertu républicaine : la Liberté pour Pierre Brossolette ; l’Egalité pour Germaine Tillion ; la Fraternité pour Geneviève de Gaule Anthonioz et la Laïcité pour Jean Zay. En marketing, on appelle cela ratisser large plutôt que viser le c?ur de cible…

        3) La …couleur ! Jean Moulin était entré dans son sépulcre en noir et blanc que permettait la technique d’alors. Plus sobre, mais assez solennel. Avec la couleur, Hollande risque la même critique que celle à laquelle se heurtent les documentaires colorisés : faire moins vrai, à force de vouloir faire plus vrai que vrai.

        4) Les vêtements. Uniforme beige contre costume bleu. Mais imagine-t-on François Hollande en général de brigade (deux étoiles sur le képi dépourvu de feuilles de chêne) ?

        5) Le temps : le 19 décembre 1964, il faisait un froid de canard et un vent du diable s’engouffrait dans la rue Soufflot… le 27 mai, la météo nationale prévoit une température de 20 degrés à l’ombre, un beau soleil à peine dérangé par quelques nuages.

        6) L’orateur. Hollande doit s’y coller lui-même, à la différence de de Gaulle qui délégua la mission à son ministre de la Culture. Demander à Fleur Pellerin de succéder à André Malraux aurait franchement été trop vache pour l’actuelle locataire de la rue de Valois… Et après tout est-ce de sa faute si elle n’a participé ni à la guerre d’Espagne, ni tenu Strasbourg sous les canons allemands, ni écrit un bon roman ?

        7) Le texte. Malraux n’avait pas peur de l’emphase. Et, en l’occurrence, il avait raison puisque son discours avait bouleversé la France. On connaît la formule célèbre : « Entre ici Jean Moulin, avec ton terrible cortège. » Mais qui se souvient que l’ancien résistant (tardif) avait pris le pays aux tripes dès l’entame : « Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent légendaire, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage dans cette région que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende, sans lequel la Résistance n'eût jamais existé — et qui nous réunit aujourd'hui — c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité. »

        Que dira François Hollande mercredi ? On ne le sait évidement pas encore. Mais sa conseillère, Constance Rivière, directrice adjointe de cabinet, laisse entendre que le style sera nettement plus éclectique, le président ayant choisi de panthéoniser, « des hommes et des femmes plus ordinaires que leurs prédécesseurs, auxquels les Français d’aujourd’hui, notamment les jeunes, peuvent s’identifier ». Faute d’approcher la grandeur, on devrait donc jouer la proximité. On peut craindre le pire, du genre : « Entrez donc ici boire un coup, Pierre, Geneviève Germaine et Jean… » Au secours !

      • Espagne : ceci n'est pas (encore ?) une révolution - 01/01/1970
        Lassé par plusieurs années d'austérité aux bénéfices douteux et par des scandales de toutes sortes, le peuple espagnol s'est appliqué dimanche à rendre la pareille électorale en corrigeant le PP et le PSOE. Mais pour Podemos et Ciudadanos, qui réalisent chacun une jolie percée, le plus compliqué commence peut-être maintenant...

        Une double ration de gifles. L’Espagne a vu ce dimanche ces deux grands partis traditionnels sombrer aux élections régionales et municipales et écoper chacun d'une belle correction. Car une fois n’est pas coutume, les résultats sont clairs : il transparaît chez nos voisins un ras-le-bol des citoyens face à la rigueur budgétaire imposée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy et aux multiples affaires de corruption qui n’ont épargné, elles, ni la droite ni la gauche ces dernières années.

        La défaite apparaît d'autant plus sévère quand on compare les résultats de ce scrutin à ceux de 2011. Ainsi, le Parti populaire (PP) à la tête du pays perd près de 2,55 millions de voix quand le Parti socialiste espagnol (PSOE) a été délesté, lui, de 775 000 bulletins. Un siphonnage tel qu’après la débâcle la majorité absolue échappe à la droite dans douze des treize régions disputées, la dernière passant sous pavillon PSOE. Avec respectivement 27% et 25% des voix, la droite et la gauche espagnoles accusent donc une perte de souffle conséquente qui profite aux partis citoyens de la gauche radicale et du centre-droit que sont respectivement Podemos et Ciudadanos.

        Si cette percée des deux formations doit être saluée, il convient néanmoins de la nuancer. Car le système politique espagnol, par cette seule élection, est loin d'être remis en cause. C'eut été trop simple... « D’un bipartisme imparfait, on est passé à un pluripartisme limité » tempère en effet Juan Montabes Pereira, professeur en science politique à l’Université de Grenade, notant que PP et PSOE s'accaparent toujours 52% des voix et que « en dehors de Madrid ou Barcelone, Podemos se situe à la troisième ou quatrième place ». En revanche, pour l'enseignant, s'il y a une mutation notable, c'est le changement du mode de gouvernance que va imposer ce scrutin dans sa foulée : « Jusqu’à présent, en Espagne, la confrontation prenait le pas sur les politiques de coalition. Or, désormais, ces élections montrent que les partis, y compris Podemos, vont devoir coopérer pour obtenir une majorité stable. »

        Un vrai chamboulement pour la péninsule : « Il faut savoir qu’en plus de trente-cinq ans et onze gouvernements, il n’y a jamais eu de coalitions. La culture politique, c'était celle du parti solitaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas d’appuis parlementaires, mais le gouvernement espagnol n’était composé que d’un seul parti », explique Juan Montabes Pereira.

        Cela signifie-t-il que Podemos va devoir, par conséquent, sacrifier ce qui faisait son charme auprès de nombreux électeurs, à savoir sa dimension contestataire du système politique en place ? Les nouveaux arrivants qui basaient leur discours sur un refus des concessions vont-ils devoir se fondre dans le moule politique au risque de tomber, à leur tour, dans la compromission ? La jeune formation est en tout cas face à un dilemme que résume ainsi Juan Montabes Pereira : « Podemos ne peut diriger seul car ses membres ne disposent pas de la majorité absolue. Ils auront donc toujours besoin de l’accord d’autres partis pour pouvoir peser sur les décisions ».

        Les tractations qui ont commencé entre partis doivent donc être regardées de près. Podemos et Ciudadanos ont atteint leur objectif premier : représenter politiquement l’exaspération d’une partie de la population. Maintenant, s'ils ne veulent pas sacrifier leur avenir politique et souhaitent confirmer leur percée en fin d'année à l'occasion des élections générales (l'équivalent de nos législatives), il leur faut réfléchir en fins stratèges...

      • "Les Français ont deux ans pour prendre conscience qu'Hollande est un grand président" - 01/01/1970
        L'entretien a des faux airs de top départ de la campagne présidentielle de 2017 pour les socialistes. Dans les colonnes du "Monde" daté du mardi 26 mai, François Rebsamen déclare sa flamme au président-candidat Hollande, enterre toute idée de primaire après le résultat du vote sur les motions au PS et lance une sorte d'appel aux Français afin qu'ils ouvrent enfin les yeux sur la dimension historique du Grand Timonier Hollande !

        François Rebsamen sera-t-il le « Nadine Morano » de la gauche ? Régulièrement, le ministre du Travail prouve en tout cas qu’il en a largement le potentiel. Il nous avait déjà montré toute l’étendue de son talent en avouant récemment au micro de France Info que reconnaître les mauvais chiffres du chômage serait « faire le lit de l’extrême droite », justifiant ainsi la nécessité de nier chaque mois l’évidence de la catastrophe de la politique économique et sociale du gouvernement par pur électoralisme. Intéressant.

        Aujourd’hui, c’est dans les colonnes du Monde que le ministre a sorti sa perle. Dans un court entretien en forme de déclaration d’amour, aussi déplacée qu’anticipée, au futur président-candidat PS, Rebsamen avoue qu’il souhaite que « François Hollande soit candidat en 2017 ». D'ailleurs, nul besoin d’une primaire : « Le résultat sur le vote des motions au PS a clos ce débat ». Un exercice de parfait fayotage probablement télécommandé par l'Elysée, sans réel intérêt sinon qu'on y comprend que pour Hollande la voie socialiste est libre, il ne reste « plus qu’à » convaincre les électeurs. 

        François Rebsamen, lui, est déjà convaincu : il juge que « François Hollande est un bon président » et que « sa politique commence à livrer ses résultats ». Rien d’étonnant dans la logique « rebsamienne » puisque dire le contraire serait sans doute faire le lit, rappelons-le, de... l’extrême droite !

        En revanche, la suite du propos mérite le détour : « Il faut continuer, il reste encore deux ans pour que les Français prennent conscience que François Hollande est un grand président ». On accordera au ministre que la déclaration est ambiguë, mais dans tous les cas, on comprend que pour Rebsamen la politique n'est qu'une question de perception.

        Elle peut soit signifier qu’il reste deux ans à François Hollande pour prouver qu’il est un grand président. Autrement dit qu’après trois ans de mandat, tout reste à faire. Auquel cas, elle contredit au minimum la déclaration du même Rebsamen qui croît discerner les premiers résultats de la brillante politique du candidat-président Hollande, qui file droit vers 2017, et n'attend plus qu'à récolter les fruits de l'abondante croissance que sa politique ne manquera pas de produire.

        Deuxième hypothèse, l’autiste électeur français n’a pas encore pris conscience de l’envergure politique du président François Hollande à côté duquel Charles de Gaulle sera sans doute un nain de jardin dans les livres d’histoire. Bref, Hollande a fait le boulot, à vous désormais chers électeurs de sortir de votre léthargie politique, d'ouvrir les yeux et de supplier François Hollande de rester encore cinq ans de plus à l’Elysée. C'est à se demander même, si l’on suit la logique de François Rebsamen, si le recours au suffrage électoral ne serait pas complètement superflu : le résultat du vote sur les motions au PS pourrait sans doute largement suffire à reconduire un président de la République dont la dimension historique saute tellement aux yeux...

      • Pourquoi la Grèce renvoie ses créanciers dans les cordes - 01/01/1970
        Le gouvernement d'Alexis Tsipras a décidé de mettre la pression sur les créanciers de l'ex-Troïka. Alors que courant du mois de juin, le pays est censé débourser pas loin de 1,6 milliard d'euros d'échéance, Syriza menace, si aucun accord sur un plan d'aide à long terme n'est trouvé, de ne pas payer la note.

        « L’invincibilité se trouve dans la défense, la possibilité de victoire dans l’attaque », écrivait le général Sun Tzu dans son ouvrage L’Art de la guerre. Il faut croire que les ministres du gouvernement d’Alexis Tsipras se sont replongés dans les écrits de cet auteur du VIe siècle avant Jésus-Christ, tant ils multiplient les offensives ces derniers mois à l’encontre des principaux créanciers (BCE, FMI et UE) du pays. Le dernier coup de fleuret en date remonte à ce dimanche et a été porté par Nikos Voutsis, ministre de l’Intérieur du gouvernement grec. Ce dernier a déclaré à propos des versements que le pays doit faire au FMI que « cet argent ne sera pas donné et il n'y en a pas à donner ».

        Le très médiatique Yanis Varoufakis, en charge des Finances du pays, interrogé sur cette déclaration par la BBC a, de son côté, maintenu le doute : « Nous nous sommes remarquablement débrouillés pour honorer nos dettes. Mais à un certain moment, ce ne sera plus possible. C’est maintenant aux institutions de faire leur part. Nous les avons rejointes aux trois quarts du chemin, elles doivent nous rejoindre sur un quart du chemin ». De quoi provoquer des sueurs froides aux créanciers. Car la Grèce est censée rembourser au FMI les 5, 12, 16 et 19 juin prochains la modique somme de 1,574 milliards d’euros et, dans le même temps, payer ses fonctionnaires, les retraites ainsi que les fonds de sécurité sociale pour environ 2,2 milliards d’euros.

        En cas de choix entre les deux « douloureuses », le gouvernement de Tispras avait déjà annoncé la couleur par la voix de Gabriel Sakellaridis, un proche du Premier ministre : « Le gouvernement grec a l’intention d’honorer toutes ses obligations, avec une priorité aux obligations domestiques avant celles envers les créanciers » avait-il affirmé, tout en précisant qu’« il a l’intention de satisfaire toutes les demandes, ce qu’il a démontré avec beaucoup d’efforts et dans des conditions extrêmement difficiles récemment. Et c’est ce que nous ferons en juin. »

        Est-ce à dire qu’Alexis Tsipras s’est décidé à provoquer le fameux « Grexit » ? Rien n’est moins sûr. Car, quelle que soit le ton sur lequel est posée la question, tantôt menaçante, tantôt complice, l’hypothèse d’une sortie de l'Union européenne et de la zone euro est toujours repoussée comme l’a encore affirmée au Monde, George Statkakis, le ministre grec de l’Economie en rappelant que son « pays a besoin de rester au sein de l’union monétaire » tout en ajoutant — et il identifie là bien le n?ud du problème — « mais avec un programme d’aide mieux pensé. Il doit nous permettre d’atteindre un taux de croissance assurant la soutenabilité de nos finances publiques tout en étant socialement juste. »

        Comme l’analyse très justement Romaric Godin, journaliste à la Tribune qui suit de très près la question grecque, « le nouveau gouvernement hellénique » use d'une « stratégie » consistant à pousser l’ex-Troika dans ses retranchements et « les Européens à agir dans la direction voulue par Athènes, sauf à provoquer une nouvelle crise de la zone euro ». En un mot, le gouvernement de Tsipras engage certaines réformes qu’il juge nécessaires « sur la fiscalité et la TVA, notamment », mais il « refuse toujours les "réformes" des retraites et du marché du travail exigées par ses créanciers ». Une « ligne rouge » qui vaudrait « trahison » des promesses faites aux électeurs grecs…

        La balle est donc maintenant dans le camp des négociateurs européens. Car s’il doit compter avec la véhémence et les coups tordus de Wolfgang Schäuble, le ministre fédéral allemand des Finances et partisan d'une ligne dure, Tispras peut s’appuyer sur le peuple grec. Selon une enquête d’opinion publiée ce dimanche pour un quotidien favorable au gouvernement, 54 % des personnes interrogées approuvent la manière dont sont menées les négociations et 59 % ne voudrait pas voir le gouvernement céder, 89 % des personnes interrogées sont d'ailleurs opposées à de nouvelles coupes dans les retraites...

      • Jean-Paul Delevoye : "Il y a un risque de dislocation sociale" - 01/01/1970
        Invité ce lundi matin sur Europe 1, le président du Conseil économique social et environnemental, Jean-Paul Delevoye a dressé, une nouvelle fois, un constat sévère de la rupture entre le peuple et les politiques et s'est même alarmé du risque "d?avoir des conflits non pas entre les Etats mais à l?intérieur des Etats".

        Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) Jean-Paul Delevoye était invité lundi sur Europe 1. Interrogé sur le fait qu'il fallait un Vincent Lindon, couronné d'un prix d’interprétation masculine reçu à Cannes, pour que soient évoqués les « laissés-pour-compte » de notre pays, l'ancien sénateur UMP a convenu que nous vivions « un moment de crispation et de rupture potentielle de notre société ». Une société dans laquelle, a-t-il reconnu, « la parole politique ne porte plus ».

        D'ailleurs, évitant de tomber dans le simplisme comme nombre de ses anciens collègues, Delevoye voit dans la tentation du djihad de certains jeunes le symptôme d’une société incapable d’assumer ses propres valeurs, notamment républicaines : « Un certain nombre de jeunes déracinés sont en train de basculer dans la radicalisation, non pas pour contester la République, mais pour combler le manque de République. Le fait politique est en train de se transformer en fait religieux et la lutte des identités en train de remplacer la lutte des classes. Or, les conflits liés à la lutte des identités sont bien plus dangereux que ceux liés à la solidarité des classes ».

        Poursuivant sa démonstration, il anticipe un déplacement des zones de conflits. Alors que les Etats se sont officiellement engagés sur la promotion internationale de la paix, le président du CESE craint une multiplication des conflits à l’intérieur même des Etats : « Nous sommes sur des points de rupture à l’échelle de la planète. Le monde capitaliste ne peut pas continuer aujourd’hui à créer de la richesse s’il ne s’accompagne pas d’une amélioration de la performance sociale. Il y a un risque de dislocation sociale. Si l’augmentation des richesses se fait sur une minorité, la majorité des exclus se revengera et nous risquons d’avoir des conflits non pas entre les Etats mais à l’intérieur des Etats ».

      • Podemos, Ciudadanos : le réveil politique de l?Espagne - 01/01/1970
        Pour Laurent Herblay du blog "Gaulliste libre", "les élections régionales et municipales espagnoles ont profondément rebattu les cartes du paysage électoral du pays puisque le PP et le PSOE ne disposent presque plus jamais d?une majorité dans les assemblées et devront gouverner différemment, avant des élections législatives en fin d?année dont l?issue semble très incertaine."

        Et si, même si ce n’est pas illogique, le réveil démocratique était proportionnel à la dureté de la crise ? Après la victoire de Syriza en Grèce, qui peine encore à trancher la route à prendre, Madrid pourrait se diriger vers une révolution démocratique avec le nouveau succès électoral de Podemos.

        Selon la European social survey (l’UE n’étant que le paravent à une uniformisation linguistique anglophone), de 2006 à 2012, le pourcentage d’Espagnols intéressés par la politique a doublé, ce qui explique la force du mouvement des Indignados. Cela s’est vu hier avec le niveau de participation, en hausse, contrastant avec l’évolution des autres pays européens. Les victimes sont le PP et le PSOE, qui rassemblaient encore 84% des voix aux élections législatives de 2008, pèsent moins de la moitié des voix. La vie politique du pays est bouleversée par l’émergence de Podemos, allié de Syriza, la gauche réelle, étant donné ce que le PSOE est devenu, comme les autres partis « socialistes », même si certains les qualifient d’extrême-gauche. Et le pays a vu l’émergence des centristes de Ciudadanos (Citoyens).

        Lire la suite sur le blog « Gaulliste libre »

      • Les leçons de "démocratie" de Najat Vallaud-Belkacem - 01/01/1970
        Le professeur-blogueur Loys Bonod n'a guère apprécié le rappel aux "règles de la démocratie" fait par la ministre de l?Education à "ceux pour qui la publication du décret sur le collège 2016, au lendemain d?une journée de mobilisation nationale des enseignants, était une provocation". Et il lui retourne l'argument : où est la démocratie dans cette réforme ?

        La ministre de l’Éducation a cru bon de rappeler, mercredi 20 mai 2015, à ceux pour qui la publication du décret sur le collège 2016 au lendemain d’une journée de mobilisation nationale des enseignants était une provocation, « les règles de la démocratie ».

        Najat Vallaud-Belkacem a ainsi rappelé que le décret avait été « adopté à une très grande majorité » par le Conseil supérieur de l’éducation, omettant de rappeler que ce conseil est consultatif, qu’il est majoritairement composé de membres sans compétence pédagogique et que les syndicats enseignants représentant 80% des enseignants du secondaire se sont opposés au décret. De son côté la FCPE, favorable à la réforme, occupe les deux tiers des sièges de parents d'élèves... alors qu'elle ne représente que 44% des parents au collège et 14% des parents en primaire.

        Lire la suite le blog « Lutte des classes » de Loys Bonod

      • Congrès du PS : retour sur une mascarade démocratique - 01/01/1970
        Après le vote des militants PS en vue du congrès de Poitiers, il est clair pour Laurent Herblay du blog "Gaulliste libre" qu?il se joue dans ce parti une "comédie de la diversité idéologique". Celle ci, écrit-il, "permet à la fois d?entretenir l?espoir et de conserver une aile gauche que les politiques menées devraient pousser en dehors, tout en accréditant la ligne eurolibérale". En somme, "l?aile gauche du PS sert le dessein du PS, comme ce dernier sert in fine les tenants dociles de cette ligne."

        Jeudi, les militants socialistes, pour beaucoup des élus, se sont exprimés en vue du congrès à venir. Les résultats sont conformes à ce qui était attendu et satisfont presque tout le monde. Le débat a été inexistant, ce congrès étant principalement un balet gouverné par les egos et les intérêts personnels.

        Un faux débat idéologique

        Les résultats de ce Congrès ne sont pas surprenants. La motion A, du premier secrétaire, qui soutient le gouvernement, est arrivée largement en tête, ce qui n’est pas une surprise étant donné le relatif anonymat des trois autres porteurs de motions concurrentes. Le vote aurait eu une autre portée si Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon avaient porté la motion B. Et que dire si Martine Aubry avait décidé de ne pas se ranger derrière Jean-Christophe Cambadélis ? Ce faisant, tous ces éléphants préfèrent privilégier les intérêts de leur parti et les places qu’il peut procurer aux idées...

        Lire la suite sur le blog « Gaulliste libre »

      • La gauche cannibale - 01/01/1970
        Education, laïcité, statistiques ethniques, gestation pour autrui... La liste des sujets qui divisent la gauche est longue comme le bras. Mais ses dirigeants sont incapables d'en débattre. Ils ne savent que s'entredévorer. Et tant pis pour leurs électeurs...

        Ils font tout pour se raccrocher à la routine. Gauche-droite. Droite-gauche. L'opposition à la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem serait fomentée par « l'esprit de caste de la droite », nous explique un ministre. Par la « xénophobie », ose même le premier secrétaire du Parti socialiste, auquel l'apprentissage du grec ancien aurait évité de se ridiculiser. Par la « lepénisation des esprits enseignants » a surenchéri un éditorialiste. Bien essayé. Mais ces vieilles ficelles qui ont tant servi ne dissimulent plus l'explosion de la gauche sur l'école. Les profs se déchirent. La manifestation des enseignants a été organisée par une intersyndicale associant pour la première fois le Snalc (syndicat de profs de droite et chevènementistes qualifié de « réac » par Libération) et le Snes (premier syndicat enseignant, bastion électoral de la gauche), contre le Sgen-CFDT soutenant la ministre. Les coups les plus rudes contre sa réforme viennent de Jack Lang, qui l'« encourage » à « reprendre sa plume ». Et de notre ami Jacques Julliard ou de Régis Debray fustigeant avec cette « école Nutella » un « progressisme pour les nuls » trahissant les plus démunis.

        Pendant des mois, le Parti socialiste nous a joué la comédie de la division avec les terribles frondeurs, l'impitoyable Martine Aubry et les redoutables Verts. Tout cela se termine en tractations discrètes à l'approche du congrès du PS et des constitutions de listes pour les régionales. Mais, comme sur l'éducation, la gauche est réellement fracturée par de vrais conflits internes. Outre l'économie, le social et l'immigration, la liste s'allonge des thèmes sur lesquels militants, élus, ministres et intellectuels de gauche divergent sérieusement.

        Sur la laïcité, le divorce est assumé entre une gauche Bianco et une gauche Badinter qui ne se parlent plus. Le président de l'Observatoire de la laïcité nommé par François Hollande observe avec acuité que « la France n'a pas de problème avec sa laïcité », tandis que Jean Glavany l'estime menacée par « l'intégrisme islamique, qui a déclaré la guerre à la République ». Clivage si radical qu'il débouche sur... l'inaction, ainsi que l'avoue le député socialiste chargé de la laïcité : « Nous sommes paralysés par nos divergences, spectateurs d'un débat vampirisé par les extrêmes. » Car, autre fracture, la gauche, qui s'est historiquement installée en France en émancipant la société et les individus de l'emprise religieuse, se divise sur l'islamisme. Un rejeu de la gauche marxiste contre la gauche antitotalitaire. La vieille causalité économique contre la défense des libertés. Michel Onfray fustige une « gauche islamophile » « abolissant tous les combats qui furent ceux de la gauche issue de la Révolution française ». Emmanuel Todd et Alain Badiou dénoncent le martyre colonial d'un nouveau prolétariat. Clivage relayé au sommet de l'Etat par la divergence d'analyse entre François Hollande, choisissant d'utiliser le terme controversé d'« islamophobie », quand Manuel Valls le considère comme « le cheval de Troie des salafistes ».

        Les divisions à gauche sur les « statistiques ethniques » expliquent que le scandale provoqué par le maire de Béziers ait tourné court. Des municipalités de gauche et de droite font de même dans leurs HLM pour rééquilibrer la « diversité ». Des députés et sociologues de gauche proposent régulièrement d'instituer des quotas ethniques. Manuel Valls en est partisan. Ce qui semble logique avec sa proposition de « politique de peuplement » pour mettre fin à « l'apartheid ». Mais François Hollande s'y oppose formellement. Trente ans d'ambiguïtés sur le « droit à la différence » se fissurent. La gauche multiculturaliste prône « l'inclusion » communautariste et dénonce « l'archaïsme et la boursouflure » de la gauche républicaine que défend Manuel Valls en instaurant dans les préfectures des « commissions citoyennes d'assimilation ». Tous découvrent qu'ils ne donnent pas le même sens aux mots qu'ils invoquent : « tolérance », « intégration », « respect », « ouverture ».

        Après beaucoup d'hésitations, le clivage se dessine aussi sur les questions de m?urs. Les mères porteuses divisent déjà la gauche en deux camps opposés. La semaine dernière, une pétition signée par nombre de personnalités - dont Yvette Roudy, José Bové, Sylviane Agacinski, Nicole Péry - s'opposait à « la vente et l'achat d'enfants ». Et, au sein du gouvernement, la garde des Sceaux, à coups de circulaires ou d'approbation de bricolages jurisprudentiels, conforte ceux qui recourent à ce nouveau marché délocalisé tandis que le Premier ministre les considère comme des délinquants indignes d'être « désignés comme parents ».

        Ces enjeux qui fracturent la gauche sont importants. Mais elle se montre incapable d'en débattre, ne sachant que reproduire en son sein ses réflexes face la droite : injures, invectives, mépris. Caroline Fourest et Aymeric Caron se traitent de « con » et de « menteuse ». Onfray et Valls, de « crétin » et d'« imposteur ». Mélenchon dit du Premier ministre qu'il faut « le rendre à Le Pen ». Et, sommet du ridicule germanopratin, Emmanuel Todd traite Laurent Joffrin de « facho ». Ce cannibalisme est suicidaire : la plupart de ces questions intéressent - et inquiètent - les électeurs. Si la gauche, préférant se disputer que d'en discuter, n'y répond pas, ils iront voir ailleurs.

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        >>> Retrouvez cet éditorial dans le numéro de Marianne en kiosques ce jeudi.

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      • Hindi Zahra, le blues au c?ur - 01/01/1970
        La chanteuse revient avec "Homeland", un album habité et inspiré. S'y déploie un blues onirique et humaniste aux racines plurielles.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        Il y a du Rona Hartner chez elle. Outre ses yeux profonds et ses cheveux noir de jais, Hindi Zahra partage avec la musicienne franco-roumaine et actrice fétiche de Tony Gatlif ce nomadisme artistique, cette envie de jeter des ponts entre les cultures. Cette liberté aussi, comme elle le démontre dans son nouvel album, Homeland, qui succède à son coup d'essai-coup de maître, Handmade, sorti il y a cinq ans, récompensé d'une Victoire de la musique, du prix Constantin et vendu à 135 000 exemplaires. Cette filiation la cueille, humble, interdite, au c?ur : « Oh, je le prends comme un compliment. »

        Les trajectoires de ces deux vagabondes eurythmiques croisent différentes disciplines, la musique et la danse, bien sûr, la peinture, mais aussi le cinéma. Car Hindi Zahra est, récemment, devenue actrice grâce à deux films, The Narrow Frame Of Midnight, de la Maroco-Irakienne Tala Hadid, et The Cut, du Turco-Allemand Fatih Akin, où elle partageait l'affiche avec Tahar Rahim. « Un enrichissement supplémentaire, je m'y suis chargée, comme pendant un concert, de l'énergie des autres. » Son énergie musicale, Hindi Zahra, à l'inspiration voyageuse, va la chercher pour ce nouvel album du côté de l'Afrique, en convoquant d'abord ses percussions, car « le rythme est la première base musicale de l'être humain, le rythme et le chant », et de l'Andalousie, car « nous partageons les mêmes grains et couleurs musicales ». Et même des tempos latino-américains - la Luna, Cabo verde - et de la chanson française, comme sur Un jour, un titre qu'elle délivre, pour la première fois, dans la langue de Molière et qui emprunte à Françoise Hardy sa tranquille nonchalance. « J'aime la pudeur de son écriture », confie cette Marocaine d'origine berbère et touarègue, fille de militaire, arrivée à Paris à l'âge de 12 ans, abreuvée de musique par une famille de compositeurs. Berbère par sa grand-mère, rock, reggae, chaâbi, jazz et blues par ses oncles, et, égyptienne et libanaise avec les divas Oum Kalsoum et Fairouz, et arabo-andalouse par ses parents.

        État de grâce et de transe

        « Le Maroc est un creuset qui recèle beaucoup de cultures, on y parle arabe, amazigh, darija [arabe dialectal], français, portugais, espagnol. C'est pourquoi j'ai voulu y retourner pour allier ces identités multiples. » Dans un riad de Marrakech, la magique créatrice de Beautiful Tango s'était fixé un emploi du temps monacal : « Pendant une année, je me suis levée à 3 h 30, j'écrivais de 4 heures à 8 heures. Ensuite, je me réfugiais dans le silence, de 10 heures à 14 heures, je peignais, et ensuite, à partir de 15 heures, je me mettais à la guitare pour laisser venir les mélodies. » Studieuse, acharnée. « Plutôt que de chercher l'inspiration, je lui ai donné de la place. Pour que l'art vous donne un peu, il faut lui consentir beaucoup. »

        "Pour que l'art vous donne un peu, il faut lui consentir beaucoup" Et sur Homeland, en état de transe et de grâce, il a accordé à celle qui a fait sien ce proverbe amazigh : « Ne te regarde pas de toi-même, regarde-toi de l'étoile la plus lointaine », ce troublant blues onirique, mystique et humaniste, délivré d'une voix délicate. Epaulée par les rythmiques implacables du maître d'Essaouira Rhani Krija, les guitares touarègues du Nigérien Bombino et celles, flamenco, de Juan Fernandez « El Panky », les percussions du Brésilien Ze Luis Nascimento, la libre écriture habitée d'Hindi Zahra, que le magazine anglais The Wire a qualifié d'héritière de Billie Holiday, se déploie sur des ballades mystiques, hypnotiques et chaloupées - To The Forces, The Blues, Dream, Any Story, Broken Ones. Tel un étendard, celui de la multiplicité, celui de toutes les identités, de tous les possibles. Celui de ce Homeland « qui n'est pas la patrie, mais ce pays intime, ces racines qu'on se crée au fil des rencontres, tous ces ailleurs qu'on porte en soi ».

        Homeland, de Hindi Zahra, Parlaphone/Warner.
        En concert le 20 mai, à La Cigale, Paris XVIIIe.

      • L'autre Manu Larcenet - 01/01/1970
        Le dessinateur n'a pas résisté à adapter le puissant et glaçant "Rapport de Brodeck", de Philippe Claudel, sur l'humanité et ses bestiales faiblesses. Avec un style graphique renouvelé et irrésistible.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        Le dessinateur Manu Larcenet n'en finit plus d'étonner. Après Blast, une sombre et ambitieuse tétralogie sur la trajectoire cassée d'un tueur en série obèse, Prix des libraires 2010 et Grand Prix RTL de la BD 2011, le dessinateur s'est attaqué à l'adaptation du puissant et glaçant roman de Philippe Claudel, le Rapport de Brodeck, paru en 2007. Comme si l'épreuve, si intime, de Blast l'avait décidé à se confronter aux mots des autres.

        Il l'avait d'ailleurs confessé, lors de la sortie du quatrième et dernier tome de la violente saga à succès - 100 000 albums vendus -, il était « épuisé », n'avait « plus envie de rien », ne voulait « plus écrire ». Le livre de Philippe Claudel, prix Goncourt des lycéens, exploration de la noirceur de l'âme humaine, l'a convaincu de retourner à sa table à dessin. En se focalisant non plus sur l'individu et ses fêlures, mais sur l'humanité, sa bestialité et ses bassesses. Et, en changeant, encore une fois, de style graphique.

        Car, depuis son arrivée, grâce à Gotlib, dans le monde du 9e art, à travers les cases de Fluide glacial en 1994, Manu Larcenet se plaît à les emprunter tous. Cartoonesque sur la série le Combat ordinaire, minimaliste et expressif pour le Retour à la terre, hallucinogène, tout en niveaux de gris, aquarelles et dessins d'enfant colorés pour Blast et, réaliste et inconfortable, à l'encre de Chine pour le diptyque Rapport de Brodeck.

        C'est que le trait monochrome, ses épaisses hachures et ses masses opaques relaient à la perfection les ténèbres entourant la vie de Brodeck. Rentré des camps de la mort, où il a été forcé de se muer en chien pour survivre, il se voit contraint par les habitants de son petit village montagnard de se transformer en greffier pour raconter un crime collectif, celui de l'Anderer, un étranger qui s'est aventuré là, armé de son seul sourire et de ses pinceaux, ultime révélateur de la laideur et de la lâcheté humaine.

        Alternant les allers-retours entre passé et présent, petites et grandes cases d'un élégant format à l'italienne, avec un sens rare du rythme et une délicate économie de mots, Manu Larcenet met en perspective une nature glacée, belle et dangereuse et une humanité glaciale, cruelle et intolérante, qui tente d'échapper à toute responsabilité, à toute culpabilité. Une vision sur la peur de l'altérité d'une intensité rare, impressionnante de maîtrise et de force.

        Le Rapport de Brodeck, l'Autre, de Manu Larcenet, d'après le roman de Philippe Claudel, Dargaud, t.1; 160 p., 22,50 €.

      • Anthony Doerr, l'inconnu que vous allez lire - 01/01/1970
        Vous ne le connaissez pas. On ne parlera bientôt que de lui. Anthony Doerr est à Paris pour la parution du roman qui lui a valu le prix Pulitzer : "Toute la lumière que nous ne pouvons voir". Un million et demi d'exemplaires vendus outre-Atlantique ! Le livre arrive en France : cela tombe bien, puisque c'est ici qu'il est né...

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        On le retrouve à Paris, où il passe quelques semaines avec son épouse et ses deux enfants (des jumeaux de 11 ans). On le scrute : il a le sourire de celui qui commence à peine à comprendre ce qui lui arrive. Il faut dire que, depuis un an, la vie de ce quadragénaire presque inconnu, Anthony Doerr, est devenue un conte de fées.

        Après deux recueils de nouvelles et un roman (tous parus chez Albin Michel, dans la belle collection « Terres d'Amérique »), il a accompli une performance qui semblait incroyable pour un écrivain actuel : triompher dans les prix en même temps que dans les hits aux Etats-Unis. Avec un roman ne comptant pas un seul personnage américain. Un roman né en France, à Saint-Malo...

        Marianne : Quelle a été la première pièce de votre roman : un personnage précis, l'ambiance de la Seconde Guerre mondiale ou bien la ville de Saint-Malo ?
        Anthony Doerr : C'était la radio ! L'objet et la poétique de la radio, et ce qu'elle a représenté dans l'histoire du XXe siècle. Le thème des ondes, en fait. Un jour, j'étais dans un train entre le New Jersey et New York. L'homme assis devant moi n'arrêtait pas de parler au téléphone, et en plus il parlait fort. Peu avant l'arrivée à New York, il y avait un tunnel, et sa conversation a été interrompue. Le voilà qui s'est énervé, se mettant à jurer, toujours aussi fort. C'était drôle...
        A l'époque, je venais de terminer l'écriture d'un précédent livre, et cherchais de nouvelles idées. Je me suis rendu compte qu'il était absurde d'attendre d'un téléphone qu'il fonctionne toujours et partout (c'était encore le début des smartphones). Même s'il était fascinant qu'un tel objet nous permette de téléphoner, d'un train, à quelqu'un qui peut être extrêmement loin... Le soir même, j'ai commencé à écrire une histoire. Je n'avais pas encore la thématique de la guerre, ni la ville de Saint-Malo. J'ai eu une idée un peu féerique, un peu fantastique : celle d'une jeune fille aveugle qui lisait une histoire à un jeune garçon, à travers des ondes radio.
        Je cherchais alors une période où le fait d'entendre la voix lointaine de quelqu'un était une chose exceptionnelle. Le temps a passé, presque un an. Et mon éditeur français, Albin Michel, m'a fait venir en France avec d'autres auteurs, pour une tournée qui devait s'achever par le festival Etonnants voyageurs à Saint-Malo [c'était en 2006, Doerr venait de publier en France A propos de Grace].
        Je n'avais alors rien vu de la ville de Saint-Malo, pas même une photo, une image. On est arrivés, on a dîné, et on a marché le long de ces remparts qui encerclent la vieille ville. C'était vers minuit, la marée était basse. Depuis ces remparts, on voyait à l'intérieur des maisons, au travers des fenêtres, un peu comme dans les Villes invisibles d'Italo Calvino, j'avais l'impression de toute une ville invisible et de forteresses magiques.
        Le lendemain, alors que je me promenais avec mon éditeur français, Francis Geffard, j'ai appris que la ville avait été presque entièrement détruite en août 1944, majoritairement par des bombes américaines. C'est alors que je me suis dit que, si j'avais le courage, j'installerais dans ces lieux mon histoire d'ondes. Dans cette ville, à l'époque de sa destruction. Mais alors, ma petite aveugle et mon garçon devaient être opposés, d'une façon ou d'une autre. La fille est ainsi devenue française, le garçon, un Allemand.

        Pourquoi dites-vous qu'il fallait alors du « courage » ?
        Parce que je ne connaissais absolument pas cet endroit, encore moins à cette période ! De plus, si je suivais mon projet, je ne faisais intervenir aucun personnage américain ; et je ne suis qu'un auteur américain... Je devais donc beaucoup me documenter. J'avais de surcroît un autre challenge : Marie-Laure, ma petite Française, allait forcément provoquer l'empathie chez le lecteur. C'est bien, mais je devais par conséquent m'investir énormément dans mon personnage de garçon (puis d'homme) allemand si je voulais que le lecteur s'y retrouve aussi. Le rôle de la littérature, et il est essentiel pour une fiction, est de faire en sorte que le lecteur s'investisse émotionnellement dans chacun des personnages.

        D'accord pour Saint-Malo. Mais d'où vous vient cet intérêt pour la radio ?
        C'est simple : il vient du sport. Adolescent, j'adorais le base-ball. Comme les matchs se terminaient tard, en tout cas bien après l'heure du coucher, je les écoutais dans ma chambre. J'ai dû me construire moi-même un petit poste, avec un kit que j'ai acheté et monté, pour écouter en cachette. Croyez-moi, c'était magique ! Quoique à 1 500 km du match, je le vivais totalement. Entendre une voix lointaine qui décrit, qui raconte une histoire : ce fut quelque chose de très puissant pour moi.

        Combien de fois êtes-vous donc retourné à Saint-Malo ? Et surtout, en quelles saisons ?
        A deux reprises, après la première visite. C'est amusant, votre question sur les saisons... Effectivement, les deux visites en question ont été différentes car il n'y avait pas le même genre de gens... Une fois donc, c'était en avril, l'autre en octobre. D'habitude, lorsque je fais des recherches pour une fiction, je me rends sur place seulement quand j'ai toute mon histoire en tête. Pour ce roman, ça a été un peu différent, puisqu'il se déroulait dans une ville que j'ai dû recréer. J'y suis alors retourné pour saisir la lumière, la nature, les bruits, les oiseaux aussi bien que les arbres et les pierres, mais aussi l'apparence des gens selon les saisons. J'ai tendance à vite tomber amoureux des détails, de tous les détails, et je remplis des cahiers et des cahiers de notes, impressions, visions, odeurs.
        Mais tant mieux : c'est ce qui m'a permis ensuite de décrire la ville qui entoure Marie-Laure, et quoiqu'elle soit aveugle. Par les sons, par les odeurs, même par ses pensées. J'ai dû transformer la nature qui nous entoure en nature ressentie, psychologique. Mon personnage m'obligeait à écrire les reliefs, les lumières, les impressions. C'est cela peut-être la littérature : montrer différemment un monde que vous pensiez connaître. Mais je ne souhaitais absolument pas faire du pathos avec la cécité de Marie-Laure.

        Comment avez-vous construit le personnage allemand, Werner Pfennig ?
        Comme je vous le disais, j'ai commencé avec le grand thème de la radio. Mon frère Christopher est ingénieur en électricité, et passait lui aussi des heures à démonter ou remonter toutes sortes de choses : il l'avait même fait avec notre premier PC familial ! Je me suis rappelé ces moments-là pour Werner. Puis j'ai lu et compulsé des tas de carnets et d'agendas, dans des archives, de gens qui avaient vécu cette période (sur le front, mais surtout en dehors). C'est ainsi que j'ai découvert l'existence de ces écoles, les « Napola » [officiellement, NPEA, Nationalpolitische Erziehungsanstalten, internats d'école secondaire du Reich considérés comme des écoles d'élite]. Des établissements à l'enseignement extrêmement violent, raciste, doublé d'un enseignement scientifique très pointu. Les nazis excellaient, hélas, à entremêler technologie et méthodologie.
        J'ai alors décidé d'y envoyer Werner, à qui j'avais déjà fait démonter et remonter des appareils radio... Il aurait probablement été quelqu'un d'honorable dans une autre époque, avec de telles connaissances. Mais il vivait entouré de nazis... Il s'est lui-même dirigé vers le mal. Alexandre Soljenitsyne parlait du mal comme de quelque chose qu'on intègre pas à pas, puisque nul selon lui ne naît mauvais. J'avais ça en tête pour l'avancée dans l'âge de Werner. Je devais donc aller au bout, et en faire un nazi. Et, ainsi, m'attacher à comprendre comment le système du Reich s'y prenait pour guider les enfants à travers différentes étapes vers le mal.

        Dans les remerciements, vous citez le Roi des Aulnes, de Michel Tournier, écrivain très connu en France...
        Oui, j'ai été très influencé par ce livre, comme mon lecteur pourra s'en rendre compte... Tournier est celui qui m'a montré comment utiliser les contes et les mythes pour raconter une histoire à la fois sérieuse et grave sur la Seconde Guerre.

        Comment vivez-vous le succès immense de votre roman ?
        C'est beaucoup de confusion. C'est surtout absolument extraordinaire. Avant, je disais oui à tous les festivals où l'on m'invitait. A présent, j'ai appris à dire non. Avant, 40 personnes venaient m'y voir ; aujourd'hui c'est 1 000 personnes. Récemment, Barbara Bush et sa fondation m'ont invité au Texas ! Les Bush ! J'ai refusé, car cela m'éloignait trop de ma famille. Tout ça, c'est un monde nouveau. Je vais vous dire le plus drôle : comme le livre n'est paru que l'an dernier, je n'ai pas encore touché mes droits !

         

        DÉCALQUER L'INVISIBLE
        Le roman commence sous les tracts et les bombes américaines, qui pleuvent sur Saint-Malo en août 1944. Parmi tant d'autres qui passent entre les bombes (et les murs) : Marie-Laure Leblanc, aveugle depuis l'âge de 6 ans. Arrivée durant l'exode, cette orpheline de mère vit avec oncle et père. C'est l'un des deux personnages majeurs du livre. L'autre, Werner Pfennig, est lui aussi orphelin. C'est un Allemand, et très tôt un génie des appareils radio. Repéré par les Jeunesses hitlériennes, il sera au service de la Werhmacht sur les fronts Est et Ouest pour décoder les messages des résistants.
        Au début du roman, les deux se croisent, sans se reconnaître. Sûr de son pacte avec le lecteur (qui n'est pas dupe du rendez-vous promis en première scène), Doerr déconstruit son récit pour revenir dix ans en arrière, puis il multiplie les allers-retours entre 1934 et... 2014. De la sorte, en 14 parties et en moult chapitres aussi beaux et vifs que l'instinct de survie, le livre met en miroir les destins de ces deux personnages, qui gravitent autour du récit de la ville qui se libère. Un roman de destinée, un récit d'histoire, un livre sur la technique de la radio qui cligne de l'?il vers les technologies actuelles.
        Un arc dramatique tenu de main ferme, une maîtrise et une élégance narrative ahurissantes. Portée par son personnage de jeune fille aveugle, l'écriture donne vie aux arbres, aux pierres, et chante la vie comme la tragédie. Elle décalque l'invisible. Déjouant tous ses propres pièges (angélisme, gloire des libérateurs, etc.), c'est un roman à plusieurs niveaux de lecture, où triomphent la poésie et le pouvoir du lecteur. La plus belle fleur de ce printemps.

         

        Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony Doerr, trad. Valérie Malfoy, Albin Michel, 624 p., 23,50 €.
        Anthony Doerr sera présent au festival Etonnants voyageurs à Saint-Malo, du 23 au 25 mai.
        Rens. : etonnants-voyageurs.com

      • L'illusion numérique - 01/01/1970
        Pour le linguiste Alain Bentolila, "les nouvelles technologies ne constituent pas en elles-mêmes une réponse aux inégalités scolaires ; bien au contraire, elles risquent d'exclure de l'accès à la culture et à la connaissance tous ceux dont la fermeté intellectuelle sera insuffisante".

        >>> Tribune parue dans Marianne daté du 15 mai

        Sans doute avez-vous été, monsieur le Président, ébloui par l'étendue quasi infinie des informations numérisées : en quelques clics, vous pouvez consulter des milliers d'articles, de livres ou de documents. Sans doute vos conseillers vous ont-ils convaincu que, plus efficacement qu'une bibliothèque, les banques de données numérisées mettront à la disposition de tous les élèves l'information dont ils auront besoin au moment où ils en auront besoin, en alliant le texte, l'image et le son.

        On vous a ainsi vendu le remède miracle contre la fatalité de l'échec scolaire des élèves les moins favorisés. Ne vous y fiez pas, monsieur le Président ! Ces promesses seront très inégalement tenues ; c'est-à-dire tenues seulement pour une faible minorité de privilégiés. En effet, ne maîtriseront une juste démarche de recherche que ceux qui posséderont les clés qui donnent accès à l'information pertinente. Car plus il y aura d'informations disponibles et plus il sera difficile à certains élèves de faire des choix dont ils auront su hiérarchiser les degrés de pertinence. Lorsque, à une question posée sur un moteur de recherche, les élèves se trouveront face à plusieurs milliers de pages, ils devront posséder une sérieuse habileté de lecture, une vraie capacité d'analyse pour ne pas s'y noyer. Combien de nos élèves maîtrisent ces compétences ? Bien peu, malheureusement ; et c'est donc par là qu'il faudrait commencer. Précipiter des élèves fragiles et des maîtres mal formés dans la voie du numérique ne fera qu'aggraver la fracture culturelle Ce n'est en effet ni le nombre des documents proposés, ni la rapidité avec laquelle ils seront proposés qui compteront. L'important, c'est, aujourd'hui plus qu'auparavant, de nous assurer que tous nos élèves soient capables de tracer leur chemin dans ce dédale d'informations, qu'ils aient la force de sélectionner ce qui enrichit leur réflexion personnelle ou collective et qu'ils sachent exercer sur cette masse de documents leur esprit d'analyse et de critique. Les nouvelles technologies ne constituent pas en elles-mêmes une réponse aux inégalités scolaires ; bien au contraire, elles risquent d'exclure de l'accès à la culture et à la connaissance tous ceux dont la fermeté intellectuelle sera insuffisante. Le numérique, que vous appelez de vos v?ux, impose donc à notre école une ambition démocratique plus haute qu'auparavant car il condamnera les élèves les moins formés aux pires préjugés, aux erreurs les plus graves, aux relations les plus incohérentes. Tandis que les autres, l'élite qui sait distinguer le bon grain de l'ivraie, renforceront encore plus leur statut de « nantis du savoir ».

        L'entrée du numérique à l'école que vous nous promettez non seulement ne diminuera pas les responsabilités de notre école en matière de formation intellectuelle des élèves, mais elle lui impose au contraire une plus grande exigence. Vous ne devez pas laisser des élèves s'embarquer pour un voyage aussi incertain sans vous assurer qu'ils ont la lucidité intellectuelle de décider en toute connaissance de cause où ils veulent aller, pourquoi ils y vont et ce qu'ils vont faire de ce qu'ils découvriront. Vous savez comme moi combien nous sommes loin d'avoir atteint un tel objectif. Précipiter des élèves fragiles et des maîtres mal formés dans la voie du numérique ne fera qu'aggraver la fracture culturelle actuelle.

        Sans doute ces mêmes conseillers ont-ils fait valoir auprès de vous que le numérique allait enfin libérer nos élèves de la tâche stupide de mettre dans leurs propres mémoires les connaissances historiques, littéraires et scientifiques. Pourquoi, en effet, les élèves encombreraient-ils leur mémoire avec des informations alors qu'elles gisent, disponibles, chacune prête à être activée à la demande de l'utilisateur ? Pourquoi se livreraient-ils au fastidieux labeur de les intégrer dans leur propre mémoire ? Méfiez-vous, monsieur le Président, que cette prétendue commodité d'accès à « toute la connaissance du monde » n'entraîne des habitudes de picorage ponctuel d'informations éphémères. Craignez surtout qu'elle ne dissuade les jeunes mémoires humaines de construire chacune patiemment ce réseau complexe et singulier de connaissances inter-reliées que certains nommeront « culture » et qui donne à l'analyse sa profondeur, à la réflexion sa continuité. Car, enfin, c'est en cultivant chacun notre mémoire que l'on construit à la fois notre singularité intellectuelle et notre appartenance à une communauté de culture et de savoirs. C'est ce subtil mélange, qui à la fois nous rattache aux autres et nous en différencie, que nous transmettons à nos enfants : don intime et singulier mais aussi clé de l'appartenance à une communauté culturelle. Transmettre, ce n'est pas étaler devant un élève des connaissances apparemment infinies et terriblement froides et l'inviter à aller les consulter ponctuellement pour les oublier aussitôt. Transmettre, c'est faire un tri, sélectionner ce que l'on veut que nos enfants conservent au c?ur de leur intelligence pour mieux agir, pour mieux comprendre. Se défausser de cette responsabilité sur l'apparente toute-puissance informative du numérique serait un terrible renoncement.

        Vos conseillers éclairés vous ont sans doute fait rêver d'une classe où chaque élève disposerait d'un écran tactile et dans laquelle un maître virtuose et d'une grande discrétion gérerait d'un clic le parcours de chacun. Cette classe rêvée n'existe pas encore ! Et... j'en suis heureux. Examinez avec la plus grande méfiance ce rêve d'une classe dans laquelle chaque élève, surveillé de loin par un maître discret, irait glaner ses informations au gré de ses désirs et de ses envies ou des tentations qui lui sont proposées. Loin de faire du maître un « gentil animateur » en le mettant en retrait de l'acte pédagogique, le numérique doit au contraire renforcer sa place au centre exact de l'acte d'enseignement en lui permettant de prendre en compte, au plus juste, la singularité de chacune des intelligences qui lui est confiée. Dans l'état où se trouve la formation de nos maîtres aujourd'hui, les conséquences d'une dématérialisation générale des savoirs fait frémir. Quand on constate l'immense gâchis qu'a entraîné l'usage intempestif de la photocopie, on imagine le chaos qu'induirait un « bris-collage » de textes et de documents numériques glanés ici ou là sur le Net. L'usage des écrans individuels que vous souhaitez ne devra en aucun cas dénaturer la mission magistrale, ni remplacer la lucidité pédagogique : aux points clés de sa démarche, le maître, aujourd'hui comme demain, doit garder la main.

        A l'école, le numérique assurera au maître analyse des compétences des élèves et pertinence de ses choix pédagogiques : il le maintiendra donc au centre de la démarche, en renforçant son pouvoir et la justesse de ses choix. Au lieu de distribuer larga manu des tablettes dont on maîtrise mal l'usage qu'en feront les élèves, construisons des dispositifs qui utilisent les formidables capacités du numérique pour former nos maîtres et non pour les marginaliser ou les déstabiliser. De plus en plus sophistiquées et de plus en plus inutiles, ces applications et ces fonctionnalités découragent les meilleurs volontés des pédagogues. Enfin, monsieur le Président, qui a donc pu vous suggérer l'idée pour le moins saugrenue d'initier des enfants de CE1 au codage informatique ? Franchement, n'y a-t-il pas plus urgent, plus essentiel en matière de formation de ces jeunes intelligences que de les entraîner à un codage automatique dont ils n'ont de toute évidence aucun besoin et dont ils ne tireront aucun bénéfice intellectuel ?

        La question qui me reste à vous poser est la suivante : croyez-vous vraiment dans le pouvoir du numérique de changer le destin des élèves fragiles ? Ou bien est-ce là le dernier gadget de responsables à court d'idées qui, après la suppression du redoublement, l'abandon des notes et l'improvisation théâtrale, nous servent le numérique pour calmer les inquiétudes des enseignants et des parents ?

      • Quand les hippies rêvent (aussi) de devenir riches - 01/01/1970
        Au "Oui Share Fest", grande messe de "l'économie collaborative", on croise des entrepreneurs en tee-shirts qui aspirent à un monde meilleur... Mais qui n'ont pas renoncé à l'idée de faire fortune avec leurs idées ? souvent géniales. On voudrait partager leur enthousiasme, manger des crêpes avec eux et trinquer à l'avènement d'une société solidaire... Mais on a encore des doutes. Chronique de la "modernitude des choses".

        « Abandonner la mentalité de la peur pour accéder à la mentalité du partage ». Voilà un slogan dont on ne saurait dire s’il est celui d’une communauté post-hippie ou celui d’une start-up. En 2015, les deux ne sont plus incompatibles. Les start-up sont peut-être même les plus beaux exemples de communautés post-hippies modernes.

        C’est ce qu’on est tenté de se dire lorsqu’on débarque au Oui Share Fest, qui s’est tenu du 20 au 22 mai au parc de la Villette à Paris, sous le chapiteau du Cabaret sauvage. Pour la troisième année consécutive, ce festival international consacre conférences et tables rondes au thème de l’« économie collaborative », c’est-à-dire celle qui valorise le partage des ressources plutôt que la propriété individuelle.

        Entrepreneurs en tee-shirt, activistes branchés et intellectuels écolo débattent devant des participants affalés sur des coussins. L’économie collaborative ne se pratique pas en costume cravate. Ici, on mange des crêpes offertes par la Maif, sponsor de l’événement, et on échange trucs et astuces pour améliorer son compost.

        La jeune femme qui en appelle à l’avènement de l’économie du partage est une ravissante brésilienne aux longs cheveux lisses, qui pourrait être une pratiquante de l’amour libre dans une ferme écolo… Sauf qu’elle est à la tête d’une e-entreprise qui propose de partager des objets peu usités avec les voisins de son quartier. La plateforme compte 30 000 usagers ; on est loin du Larzac.

        Les pionniers de l’économie collaborative, ceux auxquels tous les intervenants se réfèrent, s’appellent Airbnb et Uber. Des succès retentissants, qui reposent sur des idées qu’il faut bien qualifier de géniales. Airbnb a permis aux voyageurs bobos de s’affranchir du statut exécré entre tous de « touriste ». En allant chez l’habitant, ils ont le sentiment de vivre une expérience plus authentique, et ils payent moins cher qu’à l’hôtel. Côté autochtone, Airbnb permet notamment à une foultitude de jeunes précarisés d’arrondir leurs fins de mois (et parfois réussir à payer leur loyer) en louant leur appart quand ils ne sont pas là… Ou même quand ils sont là, quitte à libérer une chambre en allant dormir chez un copain. Et tout le monde est content… Sauf les hôteliers.

        La plateforme Uber séduit sur des critères sensiblement identiques. Les automobilistes non-professionnels mettent du beurre dans les épinards en jouant les navettes, et les passagers sont ravis de s’éviter les frais du « vrai » taxi.

        Sauf que ces innovations se font au prix de renoncements difficiles à avaler : la concurrence déloyale dénoncée par les professionnels, mais aussi l’acceptation pleine et entière d'un monde ultra-libéral où le travail est précaire, mal rémunéré, mal protégé…

        A bien des égards, la population réunie ce jour-là reflète assez fidèlement les contradictions de toute une génération : des trentenaires sincèrement préoccupés par le sort de la planète et l’état du lien social, mais qui n’ont aucune intention de vivre aussi chichement que leurs prédécesseurs en sandales… Ni de renoncer à l’idée de faire du business, avec des conséquences sociales encore inconnues. Cette année, le festival s’était donné pour titre « Lost in transition ». « Perdus dans la transition » : en effet, c’est un peu ça.

      • Sibony et les disculpateurs professionnels - 01/01/1970
        Dans son dernier essai, le philosophe se penche sur la "culpabilité perverse" de l'Occidental face à la tentation intégriste. Salutaire.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        Daniel Sibony se sent moins seul depuis que nombre d'intellectuels de culture musulmane, tels Ghaleb Bencheikh ou Abdennour Bidar, dans le sillage du regretté Abdelwahab Meddeb, ont eu le courage de lancer le débat sur les contenus problématiques du Coran qui servent de justifications aux diverses formes de djihadisme responsables de la guerre civile interne au monde musulman. Dans ce nouveau petit livre inspiré de l'actualité, il se penche sur un paradoxe : ces musulmans qui proposent de réformer un Coran contenant « des appels agressifs auxquels il est normal que certains fidèles veuillent répondre, tant que ces appels ne sont pas déclarés obsolètes, ou propres à une époque révolue » ne semblent guère entendus par les responsables politiques européens. Selon lui, ces derniers sont « islamophobes au sens simple du terme ; ils ont peur de l'islam » : « Tout simplement, comme un homme poli en cravate qui a éludé dans sa vie tout conflit, voire toute forte expérience, transpire de peur devant un homme passionné ou violent, qui joue son identité sur un seul geste, qui est prêt à frapper si on le contrarie un peu. » Une peur faite d'ignorance ou d'oubli de ce que produit l'emprise religieuse : « Les Occidentaux qui ne ressassent pas la Bible au quotidien n'ont pas idée de la ferveur agressive et sacrée que cela produit. » Les jeunes djihadistes, les jeunes antisémites, convertis ou pas, exaltent de bonne foi leur « idéologie » : « non sans raison puisqu'elle les porte, elle les soutient, elle leur donne un idéal qui permet d'écraser les petits idéaux ambiants », avec le réconfort d'une « identité qu'on croit supérieure à toute autre ».

        Mais, au lieu de voir le programme commun à l'Etat islamique là-bas et à Mohamed Merah ici (« les n?uds cruciaux du Texte touchant les "autres", ceux qui résistent au vrai islam, ces "autres" étant les juifs, les chrétiens »), le réflexe dominant de l'Occidental est la « culpabilité perverse », inversion de la certitude coloniale : il se croit toujours tellement supérieur que celui qui l'attaque ne peut être que sa victime ! Il cherche alors des raisons de s'en vouloir. Cette culpabilité « porte sur trois grands thèmes : le colonialisme, la traite des Noirs, les croisades. Or, sur chacun de ces thèmes, le monde arabe a été à la pointe ». Le colonialisme islamique a duré des siècles, sa traite des Noirs fut plus importante en durée et en victimes que celle de l'Occident et les croisades étaient des répliques moyenâgeuses aux conquêtes, au nom du Croissant, des lieux saints de la chrétienté.

        « Morale de luxe »

        Daniel Sibony, qui voit dans cette « morale de luxe » une forme de mépris, diagnostique un effet de la « charité chrétienne » - « comprendre ''l'autre" quoi qu'il fasse » - pour un résultat désastreux. Là-bas, « l'Europe laisse s'éteindre les chrétiens d'Orient par esprit de charité ». Ici, « l'Europe a peur, les musulmans modérés ont peur, et les islamistes de tout bord ne cherchent qu'à faire peur ». Lui aussi pense que la majorité des musulmans sont victimes : « En adoptant cette politique inspirée par la peur, l'Europe trahit l'attente de nombreux musulmans, ceux qui sont aussi dans la peur, la même, et qui attendent que des lois démocratiques fermement appliquées les protègent de l'islamisme. » Il parle même du « drame de l'immigration musulmane en Europe », laquelle pensait échapper aux lois de la oumma, mais est livrée, « d'un côté, à des activistes militants, voire violents, et, de l'autre, à des militants du déni, qui cultivent soigneusement l'idée qu'il n'y a pas de problème ».

        Pour Sibony, l'intégrisme et le déni « produisent à la longue une vraie méfiance envers l'islam » dans un « cercle vicieux que seule peut arrêter une décision de franchise polie, de fermeté respectueuse et non une compréhension inclusive, qui croit pouvoir tout inclure tant elle se sent supérieure ». A défaut, et c'est ce qui se passe, « d'infimes minorités peuvent faire peur au plus grand nombre ». Il se montre malgré tout optimiste. Moins du côté européen, qui n'a, selon lui, guère de leçons à donner en matière de protection des juifs, que du côté musulman. « Des versets du Coran demandent aux fidèles de ne pas prendre leurs amis parmi les juifs et les chrétiens ; or, des musulmans ont des amis juifs ou chrétiens, ils peuvent donc transgresser des appels du Coran, tout comme beaucoup boivent de l'alcool, ce qui est interdit. » Il espère donc l'avènement de « dirigeants arabes lucides » qui se dégageraient de l'emprise intégriste et salue comme « positive » « la récente déclaration, en 2014, du prince d'Arabie, invitant à envisager de reconnaître Israël ».

        Le Grand Malentendu. Islam, Israël, Occident, de Daniel Sibony, Odile Jacob, 190 p., 19,90 €.

      • Jean Zay, l'éthique de la République - 01/01/1970
        Plus de soixante-dix ans après son assassinat par la Milice, le ministre du Front populaire, qui va entrer au Panthéon, est plus que jamais une figure emblématique de l'humanisme.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        « Tous les pays qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid », rappelait l'écrivain Patrice de La Tour du Pin. S'il est une légende qui empêche la France actuelle de mourir de froid, c'est bien l'épopée de la Résistance. Une épopée que va consacrer la panthéonisation de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay. Une occasion de revisiter les engagements d'une de ces figures, Jean Zay.

        A son nom s'est toujours attachée une aura contrastée, « clivante ». Pour les uns, le ministre du Front populaire est un héraut du républicanisme laïc et de son expression politique privilégiée, le radical-socialisme ; pour les autres, héritiers de cette droite maurrassienne et cagoularde qui l'a tant diffamé, Jean Zay a les attributs qui le vouent à la vindicte des adversaires des Lumières : un amour chevillé au corps de la République méritocratique et de l'« humanisme libéral », un attachement à la « mystique dreyfusiste » célébrée par Péguy, sans oublier une identité juive jamais reniée. Contre lui, le martèlement des anathèmes s'est déchaîné ad nauseam. Logique. Comme l'a souligné Antoine Prost dans sa préface de Souvenirs et solitude, « [il] témoignait de la capacité de la IIIe République à produire un personnel politique compétent et responsable ».

        Des attaques radicales

        Selon le philosophe Jan Patocka, « le penseur est celui qui se tient sur la ligne de front ». Patocka aurait pu ajouter que c'est parfois le cas des grands serviteurs de l'Etat. Eux aussi, dans des circonstances exceptionnelles, s'avèrent des combattants. Le destin de Jean Zay, cet homme assassiné à 40 ans par la Milice, s'est déroulé dans le poste avancé de l'héroïsme républicain. Revivre son combat contre le pacifisme intégral et l'antiparlementarisme est utile, à plusieurs titres ; on mesurera combien le bouillon d'inculture antiélitaire et l'exaltation maurrassienne et cagoularde, prolongés par le pacifisme munichois et la « Révolution nationale », ont illustré la force destructrice de certains énoncés. Bref : l'aptitude de certains mots à tuer. Surtout quand ils émanent du parti de la hargne et du Republic bashing. Le sort fait à Jean Zay le rappelle, l'inconscient antisémite a sa grammaire et sa logique.

        Jean Zay, surexposé sur la « ligne de front » ? Il le fut, plus qu'aucun autre, au début des années 30. Nous sommes à Orléans, en 1932. Il a 27 ans. Il brigue la circonscription législative. « Pour mieux vous duper, peut-on lire dans le Journal du Loiret, il s'est maquillé, déguisé en protestant ; [...] Et il se dit laïc et grand mangeur de curés. »

        A mesure que la voix de Jean Zay a gagné en importance, l'animosité de ses ennemis s'est aiguisée. Dans le Péril juif (sic), Jouhandeau écrivait : « Pour ma part, je me suis senti instinctivement mille fois plus près de nos ex-ennemis allemands que de toute cette racaille juive prétendument française. M. Jean Zay, un juif, a entre les mains l'avenir vivant de ce pays. » Céline résumait sa pensée subtile, dans l'Ecole des cadavres : « [...] Sous le patronage du négrite juif Jean Zay, la Sorbonne n'est plus qu'un ghetto. Tout le monde le sait. » Maurras les avait devancés : « Dehors Sarraut ! Dehors Flandin ! Dehors Boncour ! Dehors tous les abjects synonymes des Chautemps et des Zay, vermine qui pullule sur le corps de la France », écrivait-il dans l'Action française. Raymond Aron a évoqué ce climat : « J'entendis au cinéma des cris, "juif-juif", quand Léon Blum passait à l'écran. Georges Mandel et Jean Zay [...] subissaient des attaques des hebdomadaires de droite et d'extrême droite. » La fermeté de Jean Zay face à Hitler fut travestie en bellicisme. Et son antifascisme, présenté comme un antipatriotisme.

        Quand, en 1936, Léon Blum a téléphoné au prometteur secrétaire d'Etat en lui expliquant « Je veux un jeune à l'Education, soyez ce soir à l'Elysée », les attaques contre Zay se sont radicalisées. Il est devenu, pour tous les ennemis de la République, une cible prioritaire. Paradoxalement, c'est un écrit pacifiste de jeunesse, intitulé le Drapeau, antimilitariste et potache, qui a servi de preuve à charge.

        Démissionnaire, le 1er septembre 1939, de ses fonctions de député et de ministre de l'Education et des Beaux-Arts, Jean Zay a voulu poursuivre la guerre en Afrique du Nord. Après l'appel de Charles de Gaulle, il a embarqué aux côtés de collègues parlementaires à bord du Massilia. C'était un piège... Arrêté à Rabat et renvoyé en métropole, il s'est retrouvé immédiatement dans le viseur des vichystes. Philippe Henriot, le ministre de l'Information de Pétain, a réclamé la condamnation à mort du « juif Jean Zay ». Au terme d'une parodie de procès, il a passé plus de trois ans dans les geôles vichystes. Le 20 juin 1944, trois membres de la Milice, se faisant passer pour des résistants, l'ont tiré de sa cellule de Riom, et emmené dans une carrière abandonnée du département de l'Allier, avant de l'exécuter. Zay eut juste le temps de crier : « Vive la France ! »

        Réformateur courageux

        Soixante-dix ans après, que reste-t-il de ce « fils des Lumières », comme l'appelle l'avocat Gérard Boulanger ? Dans son obstination à réparer la France à l'heure de son extrême vulnérabilité, qu'est-ce qui se signale à notre admiration ? Une éthique démocratique, assurément, qui apparente cet inlassable partisan de l'union de la gauche à la ligne réformiste de Mendès France ; une action courageuse et non démagogique à la tête de la Rue de Grenelle, où il a ?uvré à la démocratisation de la République, étayée sur le transcendantal de l'école publique. Un esprit, enfin, qui recoupe le c?ur irradiant de la philosophie de la laïcité : c'est lui, on ne le dira jamais assez, qui promulgua l'interdiction du port des insignes politiques et religieux dans les établissements scolaires. Parallèlement, le ministre inaugurait des institutions muséales, inventait des dispositifs comme les premiers bibliobus, et projetait des manifestations comme le Festival de Cannes. Trois ans après l'assassinat de Jean Zay, Léon Blum déclarait : « Le peuple français n'oubliera ni ce qu'il était, ni ce qu'il avait accompli si jeune encore, ni ce qu'il a donné, ni ce qu'il a souffert. » Soyons, aujourd'hui, à la hauteur de l'espérance de Blum.
         

        >>> SÛR DE SON DESTIN

        « Je n'ai jamais été aussi sûr de mon destin et de ma route », écrivait Jean Zay depuis sa prison, le 19 juin 1944, à la veille d'un assassinat qu'il pressentait. Parce qu'il demeurait un symbole du Front populaire et de la République, l'Etat milicien dirigé par Pétain, Laval et Darnand devait donc l'exécuter lâchement. L'essai des historiens Antoine Prost et Pascal Ory rappelle ainsi à quel point sa panthéonisation est nécessaire. Né en 1904 à Orléans, Jean Zay est issu d'une famille protestante et juive ancrée dans la République : marqué dès le plus jeune âge par l'affaire Dreyfus, il s'imprègne des idéaux humanistes défendus par son père, journaliste « rad-soc » et médaillé de la Grande Guerre. Son intelligence précoce - il tient sa première réunion publique à 14 ans -, des notes brillantes, un patriotisme pur et sa fascination pour Jaurès lui donnent très tôt l'ambition d'une carrière politique d'envergure nationale. Boursier, Jean Zay travaille son éloquence, devient avocat et remporte des succès retentissants dans les prétoires. Epris de justice sociale, membre de la Ligue des droits de l'homme et initié dans une loge maçonnique, il apparaît de surcroît comme un animateur infatigable des Jeunesses laïques et républicaines du Parti radical ; contre toute attente, il est élu député à 28 ans dans son Loiret natal. L'activisme de ce jeune orateur le fait vite remarquer par Léon Blum, et la victoire du Front populaire le propulse, à 32 ans, à la tête du ministère de l'Education nationale et des Beaux-Arts. Soucieux d'?uvrer à la démocratisation de l'enseignement, Jean Zay s'y montre novateur et volontariste mais jamais autoritaire, ne concevant pas la réforme sans concertation. Appliqués également à l'accès à la culture ou à la défense du droit d'auteur, sa méthode et ses talents de communicant le rendent indispensable à quatre gouvernements successifs. Ecrit à l'orée de ses 20 ans, un pastiche littéraire sur « le drapeau », volé et détourné par le camp des conservateurs, sert de prétexte à un déchaînement réactionnaire et antisémite. Sa réponse ? A la déclaration de guerre, Jean Zay démissionne de ses fonctions de ministre et endosse l'uniforme du soldat. « Nous nous battons pour conserver la liberté, pour garder la démocratie », écrit-il alors, soucieux d'inscrire la lutte dans un « complet et nouvel idéal » qui mettra fin à un « régime économique anarchique et arbitraire ». « L'histoire me rendra justice », lâche-t-il, digne et courageux pendant une captivité de plus en plus dure. Ce livre essentiel y contribue de la meilleure des façons. 

        Thomas Rabino

        Jean Zay, d'Antoine Prost, Pascal Ory et Hélène Mouchard-Zay, préface de Najat Vallaud-Belkacem, Tallandier, 157 p., 25,90 €.

         

        >>> 3 questions à Antoine Prost
        « UNE GAUCHE PRAGMATIQUE ET MODERNISTE »

        Historien influent, Antoine Prost est de surcroît très attaché à Orléans. Président de l'Association nationale des amis de Jean Zay, il éclaire les enjeux historiques et mémoriels liés à l'ancien député du Loiret.

        Marianne : Comment Jean Zay a-t-il marqué l'Education nationale de son empreinte ?
        Antoine Prost : En engageant une réforme des structures pour remédier aux inégalités sociales devant l'école. Il a mis l'Education nationale en mouvement, laissant les maîtres innover avant de réglementer, en expérimentant, grande première, les réformes avant de les généraliser, en mettant en place, pour la première fois, des stages, des formations continues longues.

        Peut-on dresser un parallèle, sur le plan des enjeux, entre la formation citoyenne des années 1936-1939, et la période actuelle ?
        Hélas, non. Nous avons une conception étriquée du rôle des enseignants : ils se définissent par la « transmission des savoirs », ce qui est tendanciellement suicidaire quand tant de savoirs sont accessibles par Internet. Notre problème actuel est de former des citoyens responsables et solidaires. Cela suppose un travail d'éducation, et pas seulement d'instruction. L'enseignement n'a pas pour seule fonction, ni même peut-être pour fonction principale, de mettre les individus en mesure de trouver un emploi, mais de former des hommes et des femmes complets.

        Comment a évolué la mémoire historique et populaire de Jean Zay ?
        A Orléans, la mémoire locale de Jean Zay restait limitée à un cercle d'amis. Une école et un lycée y portent son nom, mais il a fallu attendre 1994 pour qu'on le donne à une avenue. La mémoire de Jean Zay est d'abord nationale et s'est développée, après la fin des grands récits politiques gaulliste et communistes ; elle incarne une gauche républicaine pragmatique et moderniste, libérale et démocratique. Le grand livre de Jean Zay, écrit en prison, Souvenirs et solitude, publié en 1946, a été réédité en 1987, 2004 et 2010 : il a eu plus de lecteurs depuis trente ans qu'au cours des quarante années qui ont suivi son assassinat.

        Propos recueillis par T.R.

         

        >>> A lire pour aller plus loin

        Réédité et préfacé par Antoine Prost, Ecrits de prison (1) rassemble 550 lettres, de précieux comptes rendus du procès de Riom, son propre plaidoyer et des carnets quotidiens qui en disent autant sur Jean Zay que sur son époque. Souvenirs et solitude (2), l'ouvrage extrait clandestinement de prison par son épouse, invite à réfléchir sur la liberté d'expression, la République parlementaire et la conscience citoyenne. Parmi les travaux historiques, citons l'essai d'Olivier Loubes (3), centré sur l'incarnation de la République par Jean Zay, ou l'Affaire Jean Zay (4), de l'avocat Gérard Boulanger, qui décortique les ramifications d'un scandale judiciaire et politique. Enfin, la biographie publiée par le sénateur et agrégé d'histoire Roger Karoutchi (5) est stimulante.
        T.R.

        (1) Belin, 1 052 p., 34 €.
        (2) Belin, 576 p., 9,40 €.
        (3) Jean Zay, l'inconnu de la République, Armand Colin, 286 p., 19,80 €.
        (4) Calmann-Lévy, 528 p., 27 €.
        (5) Jean Zay, 1904-1944, ministre de l'Instruction du Front populaire, résistant, martyr, avec Olivier Babeau, Ramsay, 293 p., 22 €.
        Lire aussi Lettres de la drôle de guerre, de Jean Zay, Belin, 22 €.

      • Le choix de Sophie (Hunger) - 01/01/1970
        Sophie Hunger avait quitté l'Europe pour s'éloigner de la musique. Mais, outre-Atlantique, elle a bien vite été rattrapée et signe finalement, avec "Supermoon", un album éclatant.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        C'est peut-être parce que l'enfance de la Bernoise Sophie Hunger a été placée, au gré des affectations de son diplomate de père, sous le signe du voyage qu'elle n'a eu, depuis ses débuts, en 2009, d'autre choix que celui de jouer avec les langues et les genres musicaux. La Suissesse trentenaire est ainsi capable de passer, brillamment, du punk-rock au folk, au blues et à la ballade sombre, avec autant d'aisance que celle avec laquelle elle propose ses textes en anglais ou en allemand - quand elle ne s'offre pas le luxe de chanter en français, comme sur 1983, son deuxième album, avec cette superbe reprise mélancolique du Vent l'emportera de Noir Désir.

        Sur Supermoon, ce nouvel et éclatant album, réalisé dans son exil californien, où elle avait trouvé refuge après six ans d'une tournée ininterrompue, c'est, cette fois, de la Chanson d'Hélène, autrefois interprétée par Romy Schneider et Michel Piccoli sur la BO des Choses de la vie de Claude Sautet, qu'elle s'est emparée, sensiblement, et à qui un étonnant Eric Cantona donne la réplique.

        Sophie Hunger, qui avait quitté l'Europe pour s'éloigner de la musique, a bien vite, outre-Atlantique, été rattrapée par elle. En croisant la route du musicien et producteur John Vanderslice (Death Cab For Cutie, Spoon), elle renoue avec un bouillonnant ADN créatif, celui qui la pousse à écrire sur les horizons lointains, la séparation, la distance.

        Comme celle qui nous éloigne de notre satellite naturel, la Lune, qui donne son titre à ce cinquième et singulier album, cette Supermoon, qui nous apostrophe dès l'aérien et augural : « I was cut of your stone/I'm empty but i'm never alone. » Comme celle qui sépare sur le cryptique Heicho, cette femme qui, sur des rythmes saccadés et une voix filtrée à l'hélium, dit à sa mère qu'elle n'est revenue auprès d'elle que pour mourir. Comme celle de Mad Miles, qui, avec ses voix entremêlées, sacre cet impérieux besoin de terres inconnues : « There's nothing to remember or recognize/I could stay here forever and never arrive. » Comme celle, trip-hop, du nostalgique et superbe Die Ganze Welt. « le Monde entier », Sophie Hunger, de sa voix lumineuse, le parcourt, l'habite et nous bouleverse.

        Supermoon, de Sophie Hunger, Two Gentlemen Records/Caroline International. En concert le 19 mai à La Cigale, Paris XVIIIe, et le 10 juillet au Jazz Festival de Montreux.

      • Basquiat ou la fureur d'écrire - 01/01/1970
        Deux biofictions ressuscitent l'étoile filante de la peinture du XXe siècle. Heureusement, toutes deux restent fidèles à l'esprit de l'artiste mythique.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 15 mai

        Deux fictions biographiques viennent de paraître sur Jean-Michel Basquiat. Au départ, on tremble un peu. On craint l'écueil, on redoute même la double peine : digérer une biofiction, genre très en vogue, parfois éculé et lourd, sur un artiste mythique du XXe siècle qui a déjà suscité tant d'écrits ou de films. Finalement, on échappe à tout et on se pique, après les avoir lues, de l'envie furieuse de replonger dans l'?uvre colossale de cette géniale étoile filante. Pierre Ducrozet et Ernest Pépin ont en effet, chacun à leur manière, pris le parti de la liberté pour redonner vie au peintre. L'un comme l'autre se moquent de la chronologie, de l'exactitude descriptive ou de l'exhaustivité. Seule compte la fidélité à l'esprit de Basquiat, à sa sensibilité, dont ils abreuvent pleinement leurs styles.

        Course effrénée

        Dans Eroica, Basquiat est Jay. Jay, malin, brillant, rimbaldien. Jay, l'enfant terrible, né à Brooklyn, fugueur invétéré, tout feu tout flamme, brûlant sa vie par les deux bouts pour la terminer en héros à 27 ans, d'une overdose. C'est bel et bien une fugue à laquelle nous convie Pierre Ducrozet, une échappée belle, qui prend des allures de road-movie au c?ur du New York des années 80. L'écriture du jeune écrivain français, haletante, trépidante, se met au diapason de la trajectoire ambitieuse et fulgurante de l'artiste. On y croise ses nombreuses conquêtes féminines, masculines, Madonna, Keith Haring et Andy Warhol bien sûr. On cavale de boîte de nuit en restaurant. Tout est urgence, excès, boulimie. Jay roule à tombeau ouvert dans sa passion pour la drogue, son ardeur à peindre. Nous avec. Il ne faudra que huit ans à Basquiat pour devenir une icône et un des artistes les plus cotés du siècle dernier. Au cours de cette course effrénée, Jay se fracasse, comme dans cet accident de voiture qui, enfant, le brise. Obsédé par les corps détruits, disloqués, il couche sur ses toiles ce chaos. Il se heurte surtout à l'imposture de la jet-set, de la frime : « Il va arrêter l'art et toutes ces conneries. Ce monde-là est vraiment pourri jusqu'à l'os. Ce ne sont que requins, trahisons, fric, fric, fric. Il va enfin faire ce dont il avait toujours rêvé : musicien, écrivain. » Il n'en aura pas le temps et peindra avant de mourir à l'été 1988, Eroica I et Eroica II, ?uvres ultimes hantées par la mort, qui emporte même les héros.

        Dans le Griot de la peinture, Basquiat est Samo (abréviation de Same Old Shit), la signature qui accompagnait ses premiers graffitis. La narration se passe à la première personne. Et quelle narration ! Plus encore que Pierre Ducrozet, l'écrivain et poète guadeloupéen Ernest Pépin laisse cet écorché vif qu'est Basquiat et son émotion à fleur de peau contaminer son écriture. Les mots se bousculent, la syntaxe se rebelle, devient vertigineuse, baroque. La plume d'Ernest Pépin épouse totalement le pinceau de Basquiat. Fasciné par l'artiste comme par l'homme, l'écrivain donne corps de manière singulière et poétique à la vie de ce Picasso noir qui a révolutionné les codes de la peinture contemporaine. Il met en lumière surtout son intérêt pour la question raciale, sa passion pour les jazzmen ou les boxeurs noirs américains et le métissage assumé dont il est issu. « On ne naît pas noir, on le devient, ainsi que j'allais l'apprendre plus tard », assène Samo. Noir américain, né d'une mère portoricaine et d'un père haïtien, au carrefour de plusieurs identités, il avait su n'en faire qu'une. Une créolité qui ne pouvait qu'inspirer Ernest Pépin, ce grand penseur de « l'identité mosaïque ».

        Eroica, de Pierre Ducrozet, Grasset, 272 p., 19 €.
        Le Griot de la peinture, d'Ernest Pépin, Caraïbéditions, 164 p., 15 €.

      • "Le Conseil supérieur des programmes ? Une supercherie !" - 01/01/1970
        Cette semaine, Jacques Grosperrin, sénateur UMP du Doubs, a annoncé sa démission du Conseil supérieur des programmes. Composée de dix-huit membres, cette instance mise en place fin 2013 devait garantir la "transparence dans le processus d?élaboration des programmes d?enseignement". L'élu a eu le sentiment qu'il s'agissait, au contraire, d'une machine de propagande idéologique.

        Marianne : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à démissionner ?
        Jacques Grosperrin : J’ai très vite compris que la plupart des membres étaient en parfaite cohérence avec les orientations politiques de la ministre. C’est une commission très homogène dans son idéologie, marquée à gauche, et qui soutient la politique menée par le gouvernement. Il m'a semblé clair qu'elle tenait ses ordres directement du ministère.
        J’ai senti une bienveillance appuyée à l’égard des élèves en difficulté, qu’il fallait absolument apaiser d’une manière ou d’une autre. Pour que tout le monde réussisse, on a préféré dénaturer l’excellence et le goût de l’effort, et au final on a abaissé le niveau d’exigence.
        Sur le fond, à tant insister sur l’histoire de la colonisation, de la traite négrière, des flux migratoires, de l’islam, on entre dans une forme de repentance, de flagellation constante ! Comment peut-on faire aimer un pays à qui que ce soit dans ces conditions ? L’objectif est d’apaiser le climat à l’école. Mais à trop vouloir calmer les sources potentielles de conflits, on créée une République des communautés qui mène tout droit vers une République communautariste. Alors que la République est une et indivisible !

        Comment le Conseil supérieur des programmes fonctionne-t-il ?
        Au début, il se réunissait deux fois par mois. Mais comme il fallait aller vite, on est passé à une fois par semaine, comme s’il y avait un affolement de la part du ministère... Les emplois du temps des uns et des autres ont fait que les échanges avaient surtout lieu par mail, je n’ai moi-même assisté physiquement qu’à une seule réunion, du fait de ma nomination comme rapporteur d'une commission d'enquête au Sénat sur la perte des valeurs républicaines. Peu de personnes étaient présentes à chaque fois. Mais j’ai dû recevoir cent emails par mois !
        Pour la méthode, des experts présentent des modèles de programmes, et notre rôle consiste à en remettre en question la forme, les mots employés et la tournure des phrases… Mais jamais le fond. Je ne sais pas comment les experts en question sont choisis, il n’y a aucune transparence par rapport aux personnes qui interviennent.
        Je ne suis pas en colère, je n’ai rien à tirer du fait de me mettre cette instance à dos. Mais c’est une supercherie. L’objectif affiché était de garantir une forme d’impartialité et de transparence. Mais c’est en réalité le bras armé sous-terrain de la ministre.







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      Dernière mise à jour : 11/08/2007