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HEBDOMADAIRES : ACTUALITÉS


Sommaire
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  • Le Point : A la une
  • Courrier International
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      • Birdman, la déchéance du super héros - 01/01/1970
        Le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu fait un film envoûtant sur la déchéance du superhéros Birdman. Incarné par un Michael Keaton grandiose.

        Riggan a été follement populaire sous l'accoutrement ailé d'un super- héros, Birdman. Mais, sans son costume d'oiseau, il en est réduit à la fade humaine condition. Riggan Thomson n'est plus personne. De son destin consternant, le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu va faire un film envoûtant, à la fois frénétique et doux, un pandémonium intime d'une somptueuse audace formelle, une comédie inspirée sur l'universalité de l'échec, l'indispensable inanité de l'ambition et les retombées vicelardes du succès.

        Birdman, sous-titré La surprenante vertu de l'ignorance, offre, dans un effet miroir aussi pertinent qu'émouvant, le rôle-titre à Michael Keaton, qui s'y révèle grandiose, et dont on ne peut ignorer qu'il a été lui aussi un superhéros dans sa vie antérieure : deux fois Batman pour Tim Burton, voyant sa carrière, après, battre un peu de l'aile... Harcelé par son ego intraitable qui lui parle à l'oreille d'une voix caverneuse, bousculé par ses fantasmes qui le font parfois léviter dans le ciel de New York, et pour notre bonheur endosser à nouveau quelques instants sa défroque magique, Riggan va donc chercher la rédemption de sa gloire contestable, en empruntant une route plus noble - croit-il - vers le succès : le théâtre.

        Le voilà donc qui tente de monter, de mettre en scène et de jouer au mythique Saint James Theatre de Broadway, une adaptation d'une nouvelle de Raymond Carver, Parlez-moi d'amour... Au rythme anxiogène des percussions d'Antonio Sanchez, dans un enchaînement d'épisodes tour à tour désopilants et cruels, tout et tout le monde va se mettre en travers de son entreprise. Son ex-femme, sa maîtresse qui dit attendre un enfant de lui, sa fille Sam devenue son improbable assistante à peine sortie de la drogue (exquise Emma Stone), une actrice pleine de doute (Naomi Watts), un acteur dévastateur (Edward Norton), une féroce critique du New York Times qui promet de « tuer la pièce »... La jeune Sam monte souvent sur le toit du théâtre et laisse pendre ses jambes dans le vide, c'est inquiétant, mais elle va mieux.

        La dernière image du film sera son sourire, radieux et énigmatique. Il y a plusieurs façons de prendre son envol. La dernière est souvent la plus belle. C'est ce que dit Birdman, et il faut le croire.

      • Boris Nemtsov, mort d'un infatigable opposant - 01/01/1970
        Assassiné dans la nuit de vendredi à samedi de quatre balles dans le dos qui l'ont tué sur le coup, alors qu'il sortait d'un restaurant en compagnie d'une jeune Ukrainienne, la mort de l'opposant Boris Nemtsov a plongé la Russie dans le choc. "Un meurtre commandité et une provocation", a réagi le président Poutine qui est bien conscient des dégâts d'un tel assassinat sur la réputation du pays.

        La mort de ce grand gaillard au physique de playboy, ex-vice-premier ministre de Boris Eltsine, né voici 55 ans à Sotchi, va créer un grand vide dans les rangs de l'opposition. Grand orateur et habile débatteur, ce physicien de formation, à l'esprit rationnel et brillant, n'a jamais baissé les bras face au rouleau compresseur mis en place par le Kremlin pour museler l'opposition. Toujours à l'affût d'un rassemblement à organiser, ou d'un rapport assassin à publier sur les turpitudes du régime poutinien, l'infatigable opposant multipliait les apparitions médiatiques - trois heures avant son assassinat sur la radio Ekho Moskvy, il appelait ses concitoyens à participer en masse dimanche à une "marche anti-crise" où il espérait 100.000 manifestants. Quelques temps plus tôt sur la BBC, dans un excellent anglais et en direct face à Strobe Albott, il dénonçait l'annexion de la Crimée. Récemment, il s'activait pour obtenir la libération d'une mère de 7 enfants, arrêtée pour avoir appelé l'ambassade d'Ukraine à Moscou pour les prévenir que les soldats d'une caserne située en face de chez elle étaient partis se battre en Ukraine. Il dénonçait par ailleurs avec véhémence les "mensonges de Poutine, qui en tant que commandant suprême de l'armée, refuse de reconnaître ses propres soldats tombés en Ukraine"

        La marche du 1er mars, initialement prévue au centre de la capitale, avait été autorisée dans le quartier périphérique de Marino. Loin de s'en plaindre, Nemtsov faisait mine de s'en réjouir. "Marino compte 300.000 habitants, dont (le célèbre blogueur anti-corruption) Alexei Navalny. Beaucoup ont pris des crédits en devise, dont les traités ont doublé avec la chute du rouble. Ces gens-là devraient tous venir défiler contre la guerre en Ukraine," s'enflammait-il.
        Banni des medias officiels, Nemtsov était un pilier de la chaîne en ligne Dojd, de la radio Ekho Moskvy et de radio Liberty. Célèbre pour une magistrale enquête sur les malversations de l'ancien maire de Moscou Iouri Loujkov, limogé depuis, son dernier rapport fustigeait les sommes colossales investies dans les JO de Sotchî pour redorer l'image du régime. A l'en croire, l'organisation des seuls JO d'hiver à Sotchî avait coûté autant que tous les JO d'hiver réunis !

        Toujours énergique, maniant l'humour et la polémique avec talent, cet opposant forcené à Poutine avait fait plusieurs courts séjours en prison, pour avoir participé à des manifestations. Élu en 2013 au parlement de la région de iaroslav, Il était l'un des seuls opposants que le régime n'avait pas réussi à neutraliser à l'instar de plusieurs personnalités en conflit avec le pouvoir, le champion du monde d'échecs Garry Kasparov a préféré quitter le pays, tandis que le blogueur Navalny est actuellement en prison pour avoir enfreint son régime de liberté surveillée.

         A l'heure où la propagande haineuse distillée par le Kremlin taxe de traîtrise tout discours dissonant sur l'Ukraine, au delà des exécutants du crime, c'est cette atmosphère d'intolérance qui a coûté la vie a Boris Nemtsov.

      • Le guide antimalbouffe - 01/01/1970
        Sophie Lemp a répertorié les producteurs, artisans, maraîchers et éleveurs qui proposent aux Franciliens des produits pour révolutionner leur alimentation. Varié, juste et sain.

        L'une des meilleures réponses que l'on peut opposer à la malbouffe est une modification de son alimentation. Plus cher, pas plus cher, chacun fait avec ses moyens, étant entendu que ceux dont le pouvoir d'achat permet la démarche portent une responsabilité avérée s'ils ne prennent pas conscience de l'enjeu. Dans un premier temps, le réflexe le plus simple est de privilégier la proximité. Si ceux qui habitent en région, près de la ruralité, ont un meilleur accès aux produits de la terre dès lors qu'ils veulent bien s'émanciper du tout en grande surface, nos concitoyens urbains voient aussi la campagne se rapprocher d'eux. Et même les Franciliens, dont la plupart ne s'imaginent pas qu'ils ont parfois à portée de la main des aliments provenant de pas très loin. Dans Paris locavore, Sophie Lemp a inventorié l'ensemble des producteurs, artisans, maraîchers, éleveurs dont l'activité, souvent réduite à l'état d'oasis dans un désert de béton, propose une alimentation juste et saine aux habitants d'Ile-de-France, et même aux Parisiens. Non seulement une liste d'adresses où se fournir, soit en direct, soit dans le commerce, mais aussi les bonnes maisons où ces produits sont cuisinés ou mis en valeur. Selon la saison ou le territoire, l'agglomération parisienne, notamment dans les Yvelines et en Seine-et-Marne, départements à forte activité agricole, mais aussi dans le Val-d'Oise, les Hauts-de-Seine et l'Essonne, recèle des ressources insoupçonnées fournissant des fruits et des légumes, de la viande et des fromages locaux aux consommateurs motivés. Un formidable répertoire, cossu et varié, riche en infos confidentielles, où les Franciliens peuvent acheter ou savourer ce que cet ancien paradis agricole nous donne encore de bon à manger. « Une révolution douce et gourmande », selon les mots de l'auteur. A vos paniers, citoyens !

        Paris locavore, de Sophie Lemp, Parigramme, 112 p., 6 €.

      • La bibliothèque des enfoirés - 01/01/1970
        Il faut peut-être de tout pour faire une bibliothèque. Mais si notre pensée dépend des livres que nous lisons, il est grand temps que Goldman et nous-mêmes éteignions la télé qui diffuse de tels messages, et que nous nous remettions à lire de bons romanciers, de grands philosophes. Nous n?avons pas toute la vie devant nous.

        On ne sait ce qui est le pire, ce qui sonne le plus faux : la nouvelle chanson des Enfoirés, « Toute la vie » ou leur nouveau clip. Les paroles ou l’image. Mais l’ensemble met en scène un schisme sociétal intolérable et de surcroît mensonger. D’un côté donc, les jeunes, losers en devenir, cheveux sales et visage acnéique, qui se plaignent « Vous aviez tout : paix, liberté, plein emploi/Nous c’est chômage, violence, sida ». De l’autre, les vieux, teints cireux, yeux cernés, qui répondent sèchement : « Tout ce qu’on a, il a fallu le gagner/A vous de jouer, mais faudrait vous bouger ». D’un côté des anonymes de 15 ans, qui chantent leur couplet en solo mais avec l’aide de l’Auto-Tune, et qui semblent abrutis par le consumérisme : « J’échange (ma jeunesse) contre ta caisse ». De l’autre, un ch?ur soudé d’artistes vieillissants, qui sourient avec violence (ah les dents refaites et carnassières de Maxime le Forestier, de Zazie ou de Liane Foly !), et qui tentent de faire diversion lorsqu’on leur parle de politique : « Je rêve ou tu es en train de fumer ? »

        Non, vraiment, on ne sait ce qui est le pire. On ne sait si l’on rêve ou si l’on a fumé.

        Bien sûr, il peut surprendre de voir l’expatriée fiscale Michèle Laroque, le joueur de poker Patrick Bruel, et les sept millionnaires Dany Boon, Zaz, Pascal Obispo, Kad Merad, Emmanuel Moire, Mimi Mathy, Goldman, prendre de haut les petits, et leur faire paternellement la leçon. Bien sûr, il peut paraître bizarre de proposer au public une telle chanson, qui sépare les Français alors qu’elle devrait les inciter à plus de solidarité. Mais le plus détestable reste tout de même que Jean-Jacques Goldman ait pu écrire cela, cette inutile défense des baby-boomers, cette attaque réactionnaire contre les jeunes.  

        Goldman, quoi qu’on pense de lui, est une sorte d’intellectuel : il compose ses chansons d’après les livres qu’il a lus. En 1997, « Sache que je » rappelait beaucoup le chapitre « Je-t-aime » des Fragments d’un discours amoureux. En 2001, « La pluie » était clairement inspirée de Sénèque et de la philosophie stoïcienne ; et « Les Choses » dénonçaient les mêmes travers que le roman éponyme de Perec. « Les derniers seront les premiers », qu’il chantait en duo avec Céline Dion, provenait évidemment de l’Évangile selon Matthieu. Et même « Rouge », où Goldman célébrait « La fin de l’Histoire/Le rouge après le noir » n’aurait pu être écrit sans les écrits de Kojève. Mais cette fois ? De qui s’est inspiré le chanteur préféré des Français pour dénoncer ainsi la mollesse des jeunes et leur procrastination, et pour leur lancer en temps de crise : « Faudrait vous bouger » ? De l’air du temps, bêtement. Des réacs de tout poil qui courent les plateaux télé. De la pensée d’Eric Zemmour peut-être, qui en 2009 expliquait à un journaliste, à propos des jeunes Français : « Ce sont eux qui se mettent en situation de ne pas être embauchés. (...) Levez-vous le matin, travaillez, arrêtez de faire des trafics à deux balles, qui d’après moi rapportent beaucoup plus d’argent que le travail. »

        Il faut peut-être de tout pour faire une bibliothèque. Mais si notre pensée dépend des livres que nous lisons, il est grand temps que Goldman et nous-mêmes éteignions la télé qui diffuse de tels messages, et que nous nous remettions à lire de bons romanciers, de grands philosophes. Nous n’avons pas toute la vie devant nous.

      • Récit de l'enfer des 33 mineurs chiliens bloqués sous terre - 01/01/1970
        Le 5 août 2010, la mine de San José, au nord du Chili, s?effondre. Trente trois mineurs restent ensevelis sous terre, prisonniers, à 700 mètres de la surface pendant 69 jours, filmés par les caméras du monde entier. Sous les projecteurs, les autorités chiliennes feront tout, y compris l'impossible, pour sauver les « 33 ». Une épopée sur laquelle revient le journaliste et écrivain Hector Tobar, que les mineurs ont choisi pour raconter leur histoire?
      • Le hollandisme de souche - 01/01/1970
        Le refus permanent de nommer les choses est bien l'essence du hollandisme du souche.

        La scène se passe au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France, qui n'est plus connu, aujourd'hui, que sous son acronyme : Crif. Loin de l'esprit universaliste de Théo Klein, cet événement mi-politique, mi-mondain est devenu, avec le temps et la confusion intellectuelle, la manifestation pas très habile des noces du communautarisme et de l'entre-soi. Un tout petit monde - les hommes avec de longues écharpes blanches et les dames en robe de soirée - se presse ainsi autour des tables pour se faire morigéner par le président du Crif, l'inénarrable Roger Cukierman, qui défend les Français de confession juive avec la grâce et l'habileté de Mr Bean lorsqu'il prépare la dinde de Noël.

        Justement, c'est pour répondre à ce héraut pointé qui collectionne les bourdes comme d'autres les cendriers à proverbe que François Hollande a parlé de «Français de souche» à propos des adolescents responsables de la profanation entre le jeudi 12 et le dimanche 15 février, du cimetière juif de Sarre-Union.

        Cette expression honnie par la gauche, depuis plus de vingt ans. Cette expression retournée comme un gant par les «indigènes de la République» qui parlent de «souchiens». Cette expression que les identitaristes font rouler dans leurs bouches comme une friandise a provoqué un concert de protestations et pas seulement sur les réseaux sociétaux. Le chef de l'Etat a été taclé notamment par Aurélie Filippetti, toujours apparemment ministre de la Culture en raison de l'évanescence politique de l'intermittente Fleur Pellerin. Seul un quarteron de fidèles a tenté de prendre sa défense, tel Bruno Le Roux qui est un peu le Christian Jacob du PS. Le parlementaire a volé à son secours en expliquant doctement : «Je ne partage pas cette expression, mais il peut m'arriver aussi de l'utiliser pour la combattre.» Comprenne qui voudra.

        Résumons. Donc, de même que le président de la République ne fait pas ce qu'il voudrait faire, il ne dit pas ce qu'il voudrait dire. Les exemples de cette faiblesse sont nombreux depuis le début de ce quinquennat de cabotage. Dernièrement, François Hollande, à l'inverse de son Premier ministre, Manuel Valls, a mis du temps à parler de «djihadistes», optant pour le terme de «terroristes», comme si nous étions retournés dans les années 80. De même, après la décapitation de 21 coptes par Daech en Libye, il a condamné l'assassinat sauvage de «ressortissants égyptiens», gommant leur confession qui les a conduits précisément au martyre.

        Ce refus permanent de nommer les choses est bien l'essence du hollandisme de souche... Comme si on pouvait contourner l'obstacle, le défi ou l'enjeu en niant son existence. Du coup, quand le chef de l'Etat ne peut pas faire autre chose que de reconnaître la dureté des faits, quand il est coincé - ce qu'il a plus que tout en horreur -, il finit par employer à la hâte et sans en mesurer les conséquences politiques le vocabulaire de l'adversaire. «Mal nommer, disait Albert Camus, c'est ajouter au malheur du monde.» Sans aller aussi loin, c'est assurément un grand malheur pour la gauche socialiste que d'avoir à sa tête un homme atteint de procrastination verbale et qui a érigé l'évitement du réel en ligne de conduite permanente et presque en esthétisme.

        >>> Retrouvez cet éditorial dans le numéro de Marianne en vente en kiosques jusqu'au 5 mars inclus, au prix de 3 €. Vous pouvez aussi le consulter sur notre liseuse WebiOS et Androïd, en découvrant nos offres d'abonnement numérique et intégral.

      • Une France plus fraternelle, c'est possible ! - 01/01/1970
        La fraternité est le parent pauvre du pacte républicain. C'est cette relégation qu'entend réparer Abdennour Bidar dans son essai-manifeste. Ce "Plaidoyer pour la fraternité" ne relève pas de la moraline, mais de la lucidité. Pilier de la laïcité, la lutte en faveur de la fraternité est notre dernière chance. Revue de détail de ses propositions. Extraits.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 20 février

        1. Créer un ministère de la Fraternité

        Certains n'ont pas eu honte de créer en 2007 l'infamant ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Après nous être rendus coupables du pire, ne pourrions-nous pas cette fois être capables du meilleur ? Même si nous ne sommes plus au temps où tout venait de l'Etat « instituteur » de la société, c'est aussi au plus haut sommet de nos institutions que l'ère de la fraternité doit être ouverte. Il est l'heure que vienne enfin sa consécration institutionnelle. Elle a trop longtemps « fait tapisserie », comme le disait Régis Debray. Ce ministère de la Fraternité serait constitué symboliquement par un collège de représentants de chacune des grandes cultures et familles intellectuelles, morales et spirituelles, qui composent aujourd'hui notre société. Il serait chargé de lancer et de coordonner les différentes politiques publiques, et de formuler toutes sortes de propositions concrètes, pour redonner à notre vie sociale un visage plus fraternel.

        2. Se mobiliser pour casser enfin la logique des ghettos

        Le risque de sécession sociale et culturelle est devenu trop dangereux. Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser à leur déshérence, à leur désespérance, toutes ces zones rurales et périurbaines de relégation, qui sont des lieux où s'est installé un terrible sentiment d'abandon, et souvent un terrible état objectif d'abandon, une absence parfois totale de mixité sociale, un regroupement exclusif de populations pauvres, d'origine immigrée mais pas seulement, pour lesquelles le bénéfice de nos richesses, de nos valeurs, de notre culture, est de l'ordre de l'inaccessible. Ces zones sont aussi, on le sait, les terreaux de la radicalisation religieuse - depuis le néotraditionalisme le plus innocent et obtus jusqu'au fondamentalisme le plus agressif. Il ne s'agit pas de « mettre les villes à la campagne [parce que] l'air y est plus pur », selon le bon mot d'Alphonse Allais, mais de faire en sorte que toutes les zones actuellement classées sensibles fassent l'objet d'une politique volontariste de désenclavement, vers plus d'emplois, de mobilité sociale, de mixité sociale, ethnique, culturelle. Il est temps, là comme ailleurs, de relancer ce qu'on appelait naguère une politique de grands travaux !

        3. Instituer un service civique obligatoire

        L'objet de ce service citoyen non militaire serait de continuer à cultiver le sens de la fraternité dans le prolongement de l'école. Ce service civique ou citoyen offrirait à chaque jeune fille et chaque jeune homme l'opportunité d'un engagement - d'une durée et selon des modalités à déterminer - au bénéfice du bien commun, de la découverte d'autres milieux sociaux et culturels que le sien. Ce service réinventé - non plus face au péril de la guerre mais au bénéfice de la concorde civile - devra couronner une éducation scolaire dans laquelle aura déjà été confiée à chaque enfant, à l'école primaire, au collège, au lycée, la responsabilité de s'engager chaque année au service de tous, et de goûter ainsi une fraternité hors les murs de sa « communauté » d'origine. Pourquoi ne pas concevoir en ce sens la signature par l'élève d'un contrat d'engagement par lequel il devrait chaque année participer à telle ou telle tâche dans l'école, laquelle serait récompensée à la fin, lors d'une cérémonie solennelle, par un prix de l'engagement et de la fraternité ? Quant à l'accomplissement du service civique, il serait lui aussi récompensé à chaque promotion lors de cérémonies consacrant une culture commune de la fraternité.

        4. Organiser des états généraux de la pensée de l'Islam

        Il faut aider les musulmans de France à trouver définitivement leur place dans la République. Or, ce qu'on entend habituellement n'y suffira pas et n'est pas adapté. Quand on parle en effet de la (nécessaire) formation des imams, ou de la réforme du Conseil français du culte musulman, on continue de faire l'erreur de croire que tous les musulmans sont religieux, alors que la diversité de leur rapport à l'islam est très importante. Il faut donc créer les lieux d'une pensée libre - laïque - de l'islam, qui nourrisse intellectuellement tout le monde. Pour cela, je propose de commencer par ouvrir au Collège de France une chaire annuelle consacrée à des états généraux de la pensée de l'Islam (I majuscule, pour l'Islam comme civilisation) : une année entière de débats réunissant les meilleurs spécialistes de chaque champ scientifique et universitaire sur le sujet, historiens, anthropologues, ethnologues, sociologues, psychologues, psychanalystes, mais aussi intellectuels engagés reconnus de par le monde et, bien sûr, philosophes. [...]

        5. Centrer la morale à l'école sur la culture de la fraternité

        L'enseignement public et l'enseignement privé sous contrat doivent installer l'éducation à la fraternité au c?ur de leur nouvel enseignement moral et civique (EMC) prévu par le ministère de l'Education nationale. Quant à l'enseignement à domicile et aux institutions sous contrat, ils devront être contrôlés plus sérieusement, notamment sur ce point précis. C'est déjà ce qui a été amorcé avec la charte de la laïcité à l'école, dont j'ai été l'un des heureux rédacteurs et qui dit notamment dans son article que « la laïcité permet l'exercice de la citoyenneté, en conciliant la liberté de chacun avec l'égalité et la fraternité de tous, dans le souci de l'intérêt général ». La fraternité est présente dans ce texte, mais notre école parle surtout des valeurs civiques - civilité, citoyenneté, respect. Elle doit faire beaucoup plus pour faire étudier et pratiquer des vertus morales chaleureuses : fraternité, générosité, altruisme, sens de l'autre et goût des autres, sens du don et du pardon, expression de la gratitude et de la reconnaissance, compassion, amour comme philia (« amitié »), amour comme agapê (« charité, miséricorde »), empathie, capacité à souffrir de ce dont l'autre souffre et à se réjouir de ce qui le réjouit.

         

        Laisser la différence s'exprimer et chercher aussi ce qui rassemble. Sinon le silence donnera lieu à la violence.

         

        6. Changer la culture du monde du travail (service public et secteur privé)

        Que de souffrance au travail, que de vies gâchées à cause de mauvaises relations professionnelles ! Il est temps que nous passions des rapports de force et de l'individualisme qui prévalent trop souvent à une culture professionnelle commune fondée sur les axes suivants : la formation de tous - dirigeants et salariés - à l'intelligence relationnelle, à la culture du respect, à la déontologie de chaque métier ; les pratiques de convivialité, d'intelligence collaborative, de concertation dans la prise de décision ; le développement du sens collectif et du travail en équipe ; la valorisation des rapports gagnant-gagnant et le remplacement, autant que faire se peut, des pyramides hiérarchiques par des liens plus horizontaux ; les débats sur les valeurs communes (solidarité, tolérance, laïcité, parité, mixité, etc.), y compris dans les entreprises privées ; la rédaction en commun par les dirigeants et les employés de chartes de valeurs partagées exprimant la culture éthique et sociale de l'entreprise ; l'association au contrat de travail de la signature d'un contrat social portant sur l'adhésion à ces valeurs. Puis - parce que ce sera décisif - il nous faut encore plus d'incitations politiques à embaucher les jeunes issus de la diversité, ainsi que l'établissement et la publication annuels d'un classement des entreprises selon leur respect de cette obligation.

        7. Retrouver l'esprit des mouvements d'éducation populaire

        Ces mouvements reposent sur l'idée fondamentale que l'individu doit pouvoir accéder toute sa vie durant - et pas seulement à l'école quand il est enfant - à des outils intellectuels et culturels ainsi qu'à des espaces sociaux, qui vont lui permettre de continuer à se construire, à évoluer, à cultiver des convictions politiques, à dialoguer librement et à se solidariser avec d'autres à la poursuite d'idéaux partagés, à s'engager au service des causes les plus conformes à ses compétences et à ses aspirations. Notre société a trop perdu cette source d'inspiration. Cette ambition légitime et nécessaire d'une vie sociale qui ne se limite pas à gagner son pain à la sueur de son front et à des loisirs dans lesquels on ne peut que songer à récupérer sa force de travail. Il est grand temps de faire repartir l'élan de cette éducation tout au long de la vie. Par exemple, à travers la multiplication des forums citoyens, des universités populaires ou universités de tous les savoirs, comme celle créée par Michel Onfray à Caen. [...] A la « vie laborieuse » doit s'ajouter comme un droit inaliénable le temps de la vie culturelle et de la vie politique.

        8. Apprendre aux élèves à débattre sur les valeurs

        On ne peut plus laisser en dehors de l'école ce type de discussions sur la différence des convictions, et également sur la nécessité d'avoir des convictions partagées et des valeurs communes. Il faut que le sujet de ce qui nous distingue et de ce qui nous réunit soit enfin mis sur la table de la classe... au lieu de glisser sous le tapis comme tout ce qui nous embarrasse ! Laisser la différence s'exprimer, mais chercher aussi ce qui peut nous rassembler. Sinon le silence donnera lieu à la violence. [...]

        9. Relancer le débat sur l'idée d'un « revenu citoyen minimal »

        Des économistes et des intellectuels de renom (André Gorz, Jean-Marc Ferry, Philippe Van Parijs, etc.) ont fait cette hypothèse d'un « revenu de citoyenneté » ou d'une « allocation universelle ». Certains Etats ont même tenté son expérimentation. Le reproche d'idéalisme ne tient plus vraiment, on peut lui répondre par deux types d'arguments. D'abord, l'argument d'origine marxiste selon lequel la richesse produite dans nos sociétés est à présent suffisante pour commencer à délier l'homme de la contrainte du travail. Ensuite, l'argument libéral selon lequel tout individu bénéficierait ainsi d'un revenu suffisant pour contribuer par sa consommation à dynamiser la production. Il faut que chaque individu puisse se permettre de ne pas passer son temps à gagner sa vie. Sinon, l'accès à la vie culturelle et à la vie politique continuera d'être le privilège d'une classe aisée. [...]

        10. Créer des espaces de fraternité dans les quartiers et les communes

        Nous avons besoin d'une Fête de la fraternité comme nous avons une Fête de la musique ! Et, sur la durée, nous avons besoin de nouvelles maisons de la culture, des maisons de l'interculturalité auxquelles chaque commune d'une certaine taille serait tenue par la loi d'ouvrir une salle, un local, en recevant de l'Etat ou des régions les financements adéquats. Il est capital en effet que l'on ne considère pas la mise en ?uvre de la fraternité comme la seule responsabilité de l'Etat, des politiques, de l'école ou des entreprises - de toutes les institutions vis-à-vis desquelles l'individu risquerait de se déresponsabiliser. Nous devons entrer aussi beaucoup plus résolument dans l'ère de l'empowerment, c'est-à-dire de la responsabilisation de chacun : « Et moi, que puis-je faire pour la fraternité ? »

        Il faut que sur l'enjeu de la fraternité se constitue une démocratie participative, coopérative, dans laquelle l'Etat vient au soutien - législatif ou financier - d'initiatives et d'entreprises qui sont au pouvoir des citoyens. C'est aussi à chacun d'entre nous, très au-delà des 10 propositions que je fais ici, de faire fonctionner sa propre créativité.

         

        Plaidoyer pour la fraternité, d'Abdennour Bidar, Albin Michel, 112 p., 6€

      • House of Cards, dernière ligne droite ? - 01/01/1970
        Après une deuxième saison en demi-teinte, le thriller politique produit par Netflix revient sur les écrans. Le géant américain a sorti la grosse artillerie pour emporter l'adhésion.

        Article paru dans Marianne du 19 février 

        Vous voulez savoir ce qui demande du courage ? demande Kevin Spacey dans le teaser de la saison 3 de "House Of Cards". Tenter de maintenir un cap quand les enjeux sont si grands.» L'acteur, qui, après huit nominations, vient enfin d'être couronné du Golden Globe du meilleur acteur dans une série dramatique, ne croit pas si bien dire. Car, après une deuxième saison à l'arc narratif mort-né, molle et assez ennuyeuse, le thriller politique du géant américain Netflix se doit, à présent que le machiavélique Francis Underwood et sa manipulatrice de femme ont enfin accédé à la présidence des Etats-Unis, d'être à la hauteur de ses ambitions scénaristiques : coller au plus près de la réalité. Le veto de la Russie n'a fait que renforcer cette volonté - la production n'ayant pas eu le droit de tourner dans l'enceinte du Conseil de sécurité des Nations unies, à cause de la présence de deux Pussy Riot libérées par Vladimir Poutine sur le plateau de la série, sur fond de relations diplomatiques tendues en raison des événements en Ukraine... Mais, aujourd'hui, l'ennemi du cynique Francis Underwood n'est pas son glacial homologue russe, mais sa propre alliée, sa lady Macbeth... Netflix a sorti la grosse artillerie pour gagner la bataille de l'Audimat : les comptes Twitter, Facebook et Instagram de la série sont régulièrement alimentés de messages «officiels» estampillés du sceau du Bureau ovale, tous plus inquiétants les uns que les autres. Et le binge watching des accros des écrans sera, cette année encore, soigneusement entretenu. Les 13 épisodes seront en visionnage intégral dès le premier soir de la diffusion. Du coup, Canal +, qui a acquis les droits français, n'a eu d'autre choix que d'adopter la même stratégie. Outre deux marathons pour revoir l'intégralité des deux premières saisons, la chaîne câblée propose, elle aussi, vingt-quatre heures après la diffusion américaine, de savourer in extenso les tensions internationales et les tensions intérieures éprouvées par Francis Underwood. Peut-être pour la dernière fois. Car, si «House Of Cards» respecte la minisérie anglaise des années 90 dont elle est inspirée, l'issue ne peut être que létale. Le pouvoir, on le sait, est un jeu dangereux. Même pour l'«assassin» locataire de la Maison-Blanche Francis Underwood.

        «House Of Cards», sur Canal + Séries et Canal + à la demande. Marathon de la saison 1, le 27 février, à partir de 23 heures ; marathon de la saison 2, le 28 février, à partir de 10 heures ; l'intégralité des 13 épisodes de la saison 3, le 28 février, à partir de 20 h 50.

        Sur Canal +, deux épisodes de la saison 3, chaque jeudi à partir du 12 mars, à 20 h 50.

      • Quand la France jugeait les nazis - 01/01/1970
        Oui, la France a joué un rôle au procès de Nuremberg. Antonin Tisseron montre qu'elle a tenté d'y faire émerger ses valeurs, héritées de la Révolution et des Lumières, malgré sa faiblesse, ses ambivalences et ses contradictions de l'époque.

         >>> Article paru dans Marianne daté du 20 février

        Une petite nation incapable d'un quelconque poids sur la scène du monde, mais désireuse de reconquérir son rang perdu. C'est l'image de la France dans le procès de Nuremberg que véhiculent encore nombre d'historiens. Une vulgate que déconstruit le jeune chercheur Antonin Tisseron. « La contribution des représentants [de ce pays] est la plupart du temps réduite à quelques images : l'impréparation de la délégation française, la moustache à la "gauloise" du juge Henri Donnedieu de Vabres, les voitures en panne sur le bas-côté de la route menant à la salle du tribunal », précise-t-il. Son travail vient combler une lacune. « On ne savait pratiquement rien sur la délégation française à Nuremberg », souligne dans la préface l'historienne Annette Wieviorka. En tout état de cause, nul n'avait jusqu'alors pris au sérieux la place de la France dans ce procès. Laquelle est ici restituée dans ses ambivalences et ses contradictions, entre volonté de punir et désir de justice, rejet de l'ennemi allemand et invocation de la tradition de la Révolution et des Lumières.

        Dès la conférence de Saint-James, en 1941, il apparaît que « les crimes allemands ne doivent pas seulement révolter par le nombre de vies humaines prises, mais aussi par leur négation d'une humanité reposant sur des valeurs et un rapport à l'autre ». Tandis que Paris se détourne de l'événement, l'idée de l'homme et de la civilisation est ensuite portée par une poignée d'acteurs français qui ont joué un rôle central. Parmi eux, René Cassin et André Gros. Pour René Cassin, précise l'auteur, « la punition des criminels de guerre dépasse les seules considérations juridiques. Se battre pour voir les nazis punis est surtout l'occasion de construire un monde meilleur conforme aux idées défendues par la France révolutionnaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ».

        Certes, la guerre d'Algérie mettra un coup d'arrêt à cette ambition. Reste un enseignement - encore actuel : ce monde meilleur, dont les Français se voulaient les hérauts, a besoin d'une justice internationale qui dépasse le cadre strict du droit. La preuve que l'histoire permet aussi de penser le présent.

        La France et le procès de Nuremberg, d'Antonin Tisseron, Les Prairies ordinaires, 400 p., 24 €.

      • La réponse prémonitoire des fatals picards aux Enfoirés - 01/01/1970
        Cette année, Jean-Jacques Goldman a pondu un nouveau «tube» pour les Enfoirés. La polémique sur le contenu "réac" de la chanson n'a pas tardé. Marianne ne rentrera pas dans ce débat décisif et préfère vous faire écouter la réponse des Fatals Picards aux Enfoirés.

        L'objet du délit

        La chanson  des Fatals Picards sur les Enfoirés

      • Le service de la correspondance présidentielle [Episode 5] - 01/01/1970
        Des complots partout, Philippot aux commandes de la Marine, Klarsfeld acteur principal de la mémoire du génocide juif et 50 nuances de gras. C'est le menu de l'épisode 5 du programme court de Marianne, "Le service de la correspondance présidentielle". Et c'est dans "Marianne" en kiosques cette semaine.
      • Non, le chômage ne baisse pas encore - 01/01/1970
        Prudemment, les ministres du gouvernement Valls se sont félicités de l'annonce de la baisse du chômage en janvier 2015. Sur son blog, l'économiste Jacques Sapir tempère ce vent d'optimisme car dans le détail, les chiffres sont loin d'être aussi favorables qu'on ne le prétend.

        Les ministres se sont précipités pour se féliciter ce mercredi 25 févier, des chiffres de janvier du « chômage ». Le concert d’autosatisfaction entendu a cette occasion a été réellement indécent. D’autant plus que, quand on lit la note de la DARES dont sont tirés ces chiffres[1], on s’aperçoit immédiatement qu’ils sont loin, très loin, d’être aussi favorables qu’on veut bien le prétendre.

        Des chiffres et des mots

        La satisfaction des politiques qui nous gouvernent vient de ce que la catégorie « A » des demandeurs d’emplois s’est réduite de 19100 personnes (-0,5%). Mais, les deux autres catégories qui couvrent des demandeurs d’emplois travaillant à temps partiel ont augmenté, en particulier la catégorie « C » (+ 35 000 personnes). Ainsi, le chiffre des demandeurs d’emplois faisant acte positif de recherche d’emploi s’est en réalité accru en janvier passant de 5,216 millions à 5,232 millions. Nous sommes donc loin, très loin d’une diminution des chiffres de demandeurs d’emplois.

        Lire la suite sur le blog de Jacques Sapir 

         

      • Critiquer Timbuktu : entre anticonformisme et snobisme - 01/01/1970
        Critiques cinéma snobinards revendiqués ou jugement non assumé qui force au rétropédalage, petit passage en revue de ceux qui ne succombent pas à la « perle du désert » Timbuktu.

        Si au lendemain des César, le film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako fait l’unanimité, certains critiques résistent encore et toujours à reconnaître le Beau quand ils l’ont sous les yeux.

        Loin de nous l’idée de prôner le conformisme. Les sept César qu’a reçu le film d’Abderrahmane Sissako (dont celui de meilleur film et meilleur réalisateur) n’obligent personne l’aduler. Les goûts et les couleurs…Toutefois, nous nous sommes intéressés de près à ces réfractaires.

        Cannes 2014. Epreuve du feu pour Timbuktu, le film est pour la première fois assujetti aux critiques. Télérama s’élance, avec une critique de Pierre Murat et décrit le film comme « caricatural », « simpliste » et qui manquerait de « délicatesse ». Le présentant comme un « film à thèse » -pour le moins...- Murat regrette la description idyllique de la famille touareg face aux « clowns tristes » que sont les djihadistes. Sept mois plus tard, la formule prend une saveur particulière. A sa sortie en salle, il faut noter que le magazine opèrera un formidable virage à 360° et reconnaîtra alors le film à sa juste valeur.

        Cette sortie en salles, c’est aussi l’occasion pour Nicolas Beau d’avoir quelque chose à dire, à l’instar du Professeur Rollin mais l’humour en moins. Le film, peu lui chaut. Il le résume comme « juste ennuyeux, bourré de clichés ». Le journaliste se concentre sur le réalisateur, qu’il renomme le « BHL des dunes » et pointe du doigt ses parts d’ombre. Tellement remonté, Nicolas Beau s’auto-plagie et publie deux articles sur son site « Mondafrique » parfaitement identiques à l’exception d’un habile truchement de titres. L’un est publié le 18 décembre 2014 et l’autre le 20 février. Il reproche à Sissako sa proximité avec le régime du président mauritanien autoproclamé Mohamed Ould Adbel Aziz, qu’il accuse d’avoir transformé la Mauritanie en « médiocre dictature de sous-préfecture » et de faire « main-basse sur les richesses du pays. » Une critique cinéma essentiellement centrée sur la personne du réalisateur pour en éviter soigneusement  le contenu du film.

        Troisième critique et pas des moindres, celle du très redouté Gaspard Nectoux, pour les Cahiers du Cinéma. Le journaliste est classé le plus « méchant » de 993 critiques de cinéma recensés dans un article de Rue89. Pour résumer son ressenti, il s’est fendu d’un laconique « Comment alors que la réalité est toujours brûlante la réduire à un axiome aussi usé que : la poésie, c’est mieux que l’oppression ? » et lui a attribué deux toutes petites étoiles, note la plus basse attribuée sur Allociné. Mais la poésie de Sissako est justement nécessaire pour s’échapper de la violence qui vient la mettre à mal tout au long du film, à grands coups de scènes de lapidation, de noyade ou de flagellation publique. Nous dirions même plus que parce que l’actualité est toujours brûlante, il faut rappeler que « la poésie, c’est mieux que l’oppression ».

      • Libye: "il n'y a pas d'autre voie que la politique" - 01/01/1970
        Patrick Haimzadeh revient sur la menace djihadiste grandissante en Libye. Pour cet ancien diplomate à Tripoli, auteur d'un voyage « au coeur de la Libye de Kadhafi », la terreur n'est pas nouvelle contrairement à ce qu'en rapportent les médias. Des bouleversements dont la France ne semble pas prendre l'exact mesure, quitte à reproduire les mêmes erreurs qu'en 2011...

        Marianne: Que reste-t-il de la révolution libyenne?

        Patrick Haimzadeh: Plutôt que de révolution je préfère employer le terme de moment révolutionnaire pour qualifier les évènements de 2011. Ce moment a duré quelques jours dans des zones bien délimitées du pays avant de basculer rapidement dans un sénario de guerre civile. La seule issue révolutionnaire qui s’en est suivie après quelque huit mois de guerre civile et une intervention militaire étrangère directe au profit des insurgés est celle de la chute du régime Kadhafi. Celle-ci constituait d’ailleurs le seul programme commun des insurgés. L’identité nationale et l’Etat libyens qui étaient étroitement liés au régime autoritaire du colonel Kadhafi ont volé en éclat avec la chute de son régime et aucun ordre social et politique stable et faisant consensus au plan national n’a émergé depuis. La fin du régime a en outre souvent  favorisé la résurgence de vieilles rivalités. Ajoutons à cela la militarisation des mentalités inhérente à toute guerre civile, la prolifération des armes et l’absence d’Etat en mesure d’arbitrer les différents et vous avez une idée de la situation qui peut régner aujourd’hui en Libye. Lors de sa visite triomphale en Libye après la chute de Tripoli, on se souvient que Nicolas Sarkozy, avait demandé aux Libyens « maintenant, l’heure de la réconciliation est venue ! » Mais la réconciliation ne se décide pas ainsi par le haut dans un pays et la fin d’une guerre civile ne se décide pas par décret dans un pays sans Etat. Nombre de quartiers, de rues, voire de familles étaient divisés. Ajoutons à cela les propres divisions de la communauté internationale. Entre la France, les EAU et le Qatar, par exemple, alliés de circonstance dans cette affaire. Les deux premiers soutenant plutôt des juristes, des hommes d'affaire, d’anciens officiers de Kadhafi et le second, (on ne l'a pas vu ou voulu le voir à ce moment là), d'anciens opposants majoritairement issus de la mouvance religieuse (puisque l’islam politique était alors la seule opposition structurée au régime Kadhfafi), mieux structurés et ne pouvant être soupçonnés d’avoir collaboré avec l’ancien régime. Dès le départ les clivages se sont développés tant au plan politique que militaire. Ce dernier enjeu était de taille puisque la légitimité militaire des acteurs majeurs était proportionnelle à l’armement reçu par leurs sponsors respectifs.

        Quelle est l’implantation réelle de l’état islamique en Lybie ? A Derna, à l'Est, les drapeaux noirs flottent. Un conseil consultatif de la jeunesse islamique, le majlis shura shabab al islam, aurait pris le contrôle d'une partie de la ville... 

        Les Libyens eux-mêmes ont du mal à faire la part entre les rumeurs et la propagande des uns et des autres. La fragmentation et la multipolarisation d’un pays de 5 millions d’habitants vaste commes deux fois et demi la France ne facilitent pas non plus l’accès à l’information dans des zones par ailleurs très enclavées chacune pour des raisons spécifiques. Il est hasardeux par ailleurs de ne se fier qu’aux sites de propagande de l’Etat islamique.  Sans tomber dans l’angélisme et d’après mes sources je dirais seulement que leur implantation et leur poids militaire sont largement minoritaires et que ce courant est rejeté par l’immense majorité des Libyens. La ville de Derna, foyer principal de l’Etat islamique en Libye est une ville géographiquement enclavée d’environ 50 000 habitants et il semble exagéré d’affirmer que le majlis Shura Sabab al-islam qui y a fait allégence a l’Etat islamique et dont l’effectif ne dépasse pas les 200 ou 300 hommes est en mesure de la contrôler dans sa totalité. Là aussi il faut raisonner au niveau micro-local et encore souvent une milice ne contrôle t-elle une rue ou un bâtiment que le temps de prendre la photo qui sera ensuite « postée » sur sa page facebook. Quelques uns de ces combattants (quelques dizaines) se battent aussi  à Benghazi contre les troupes du général Heftar. D'autres enfin sont localisés à Syrte dans l’ancien fief du colonel Kadhafi dévasté par les insurgés en 2011. Des cellules se déclarant de l’organisation de l’Etat islamique ont aussi conduit des actions dans le Sud et dans la capitale Tripoli ces dernières semaines. De là à dire que ces groupes sont en mesure de tenir ces zones contre les autres milices qui les affrontent, c’est une toute affaire. Les libyens l’ont prouvé, en 2011, ils sont tout à fait capables de combattre et de résister à cette nouvelle menace.  

        Sans banaliser la terreur que suscite l’Etat islamique et au-delà de l’émotion liée aux images insoutenables des égorgements, je dirais que ce mode d’action n’est pas nouveau dans l’histoire et a souvent été utilisé par le passé par d’autres mouvements se réclamant d’une idéologie révolutionnaire. La nouveauté résidant principalement dans la puissance de leur propagande orchestrée et diffusée en temps réel sur internet.. Cette idéologie ne dispose néanmoins que d’une base sociale extrêmement limitée en Libye. Il semble d’ailleurs que la majorité des Libyens de ces groupes combattaient jusqu’à l’été dernier en Syrie et sont rentrés en Libye après l’offensive lancée par le général Heftar en mai contre « les islamistes » qui a replongé le pays dans la guerre civile ouverte qui se poursuit aujourd’hui. 

        Qu’en est-il de la présence d’Al Qaida au Maghreb et  d'Ansar Al Charia, l'un des principaux groupes djhadistes qui lui prête allégeance ? Des alliances seraient-elles possibles avec l'état islamique?

        Pour l’instant non. Bien que les relations entre certains chefs qui se sont autrefois connus en Afghanistan, Iraq ou dans les prisons de Kadhfi sont avérées, on ne peut pas dire qu’il y a relation ou coopération opérationnelle entre l’organisation de l’Etat islamique et Ansar al charia. Si leur vision de la société islamique peuvent se rejoindre sur certains points, l’objectif stratégique diffère entre les deux groupes qui se sont d’ailleurs régulièrement combattus à Derna. L’organisation de l’Etat islamique peut être qualifiée d’internationaliste et vise au rétablissement du califat sur le modèle de celui établi au temps du Prophète et de ses successeurs. Ansar al-charia (même si une organisation portant le même nom existe en Tunisie) a avant tout une vocation nationale et vise à l’instauration d’un Etat libyen islamique. En cas d’intervention étrangère en Libye (arabe ou à plus forte raison occidentale), on ne peut exclure bien entendu que ces groupes ne développent des alliances tactiques contre ce qui deviendrait alors l’ennemi commun. 

        Comment vit-on, au quotidien, aujourd’hui en Libye ? 

        On vit avec la peur et les pénuries. Surtout à l’est, au Centre, au Sud et dans certaines régions du djebel Nefoussa à l’Ouest.  La violence y est omniprésente. La jeunesse qui n’est pas dans des groupes n’a plus de repère et a du mal à entrevoir son avenir dans le pays. Dans cette société déchirée, les gens font néanmoins preuve d’une immense résilience. Beaucoup il est vrai ont connu l’isolement et le manque durant les années d’embargo sous Kadhafi. Certains qui peuvent obtenir des visas et en ont les moyens financiers cherchent à quitter le pays. A Tripoli qui vit une paix relative depuis août dernier, le quotidien et la vie reprennent leur droit malgré les restrictions. Paradoxalement c’est là aussi où se sont faites des fortunes depuis 2011 et  où émergent de nouveaux riches. 

        Dans une vidéo, l’EI se dit « tout proche des collines de Rome. » (350 kilomètres séparent l'Italie des côtes libyennes.) Le ministre de la défense italien déclare être prêt, par ailleurs, à prendre la tête d'une coalition, à envoyer des soldats au sol, 5000 hommes. D’après des écoutes téléphoniques auxquelles aurait eu accès le quotidien italien El Messagero, l’EI aurait de plus évoqué la possibilité de créer le chaos en Méditerranée en envoyant des migrants dériver sur les eaux méditerranéennes. Qu'en pensez-vous?

        S’agissant de l’un comme de l’autre, il faut être réaliste et distinguer la propagande et les déclarations politiques de la capacité à mettre en ?uvre ces déclarations. Comme cela a été dit plus haut l’EI joue sa carte de la terreur en menaçant directement l’Europe. Entre les déclarations et les modes d’action militaires il y a néanmoins un fossé. Quant à la déclaration de la ministre de la défense italienne, elle ne reflète pour l’instant que son point de vue avec lequel M. Matteo Renzi s’est bien gardé de prendre ses distances. Cette déclaration semble donc avant tout destinée à des fins de politique intérieure que je ne suis pas en mesure d’analyser plus finement. Il demeure que l’envoi de forces militaires dans un pays surarmé qui ne le demande pas, dont la majorité de la population est hostile à une présence étrangère sur son sol et sans consensus au conseil de Sécurité semble totalement irréaliste. Si même une telle option était envisagée, quel serait l’objectif militaire ? Envoyer des troupes en Libye reviendrait donc à une mission d’établissement de la paix (Peace Enforcement) dans un pays qui compte plus de 300 000 hommes en armes. Alors qu’il a fallu 300 000 hommes au Kosovo dans un pays grand comme un département français, une telle mission ne pourrait être accomplie avec moins de 800 000 hommes en Libye. Les 5000 homme de la ministre de la Défense italienne apparaissent donc comme une plaisanterie. N’oublions pas enfin qu’il a fallu 20 ans (1911-31) aux Italiens pour contrôler le Libye qui ne comptait alors guère plus d’un million d’habitants faiblement armés.

        Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian a plusieurs fois évoqué l'hypothèse d'une intervention militaire en Libye. La solution est-elle militaire ? 

        La réalité est qu'il n'y a pas de solution militaire en Libye et que toute intervention étrangère radicalisera et renforcera les positions des extrêmistes des deux camps. Sachons tirer les enseignements des échecs en Iraq, Afghanistan et Libye en 2011 avant de brandir à nouveau la perspective d’une nouvelle intervention en Libye. Selon moi, il n’y a rien d’autre à faire qu’à soutenir le processus diplomatique en cours sous l’égide du représentant spécial des Nations-unies pour la Libye. Les discussions ne se réussiront pas en deux jours et seront longues mais elles devront pour avoir des chances de succès intégrer sans exclusive tous les acteurs désireux d’y participer. L'émissaire spécial de l'ONU, Bernardino Léon, l'a d'ailleurs bien compris : il faut parler à tout le monde. La France quant à elle s’est enfermée dans sa reconnaissance exclusive du parlement de Tobrouq comme seule instance légitime en Libye. Comme en 2011 où Nicolas Sarkozy avait considéré dès le départ que le colonel Kadhafi n’était plus un interlocuteur, privilégiant la guerre à toute tentative de sortie de crise négociée, nous avons pris partie ouvertement pour une partie dans une guerre civile qu’aucune des deux parties n’a les moyens de gagner. Il n'y a d'autre voie que la voie politique, y compris au niveau local. Je ne crois pas à une solution parachutée qui viendrait d'en haut.

        Les voisins de la Libye ne semblent pas partager la même stratégie. L’Algérie et la Tunisie favorisent le dialogue. L’Egypte, qui vient d’être directement touché par l’assassinat de 21 coptes a récemment pilonner Derna. 

        Cette situation n'est pas nouvelle. La Tunisie, qui n'a pas de véritable armée, va favoriser la voie diplomatique. Les Algériens quant à eux  restent sur leurs positions : ils ne veulent pas de d’intervention de forces internationales en Afrique du Nord. Forts de leur expérience en matière de réconciliation nationale conduite dans les années 2000, ils propoent une négociation incluant toutes les parties, y compris les anciens Kadhafistes.  

        En Egypte, le régime militaire autoritaire du général Sissi voit dans son combat en Libye une prolongation de sa luttre contre les islamistes égyptiens. C’est également un moyen pour l’Egypte de réaffirmer son rôle de puissance régionale, d’affirmer sa fierté nationale et de rassembler son peuple autour d’un objectif consensuel.

         

        Article actualisé à 8h43

      • Ribéry, citoyen allemand ? Après Anelka, la fuite des cerveaux continue! - 01/01/1970
        Dans un entretien au quotidien allemand Bild, l'ex attaquant de l'Equipe de France évoque clairement l'hypothèse de prendre la nationalité allemande et espère que son fils de 8 ans, un "sacré pied gauche" jouera pour l'équipe allemande...

        C’est LA mauvaise nouvelle du jour : Ribéry et la France, c’est fini ! Enfin presque, enfin peut-être… En réponse à un journaliste du quotidien allemand « Bild », qui lui demandait s’il comptait prendre la nationalité allemande, après plus de sept ans passés à Munich, le footballeur a lâché un très joyeux « Pourquoi Pas ? »

         

        C’est vrai ça, pourquoi pas ? « Je me sens bien ici. On a acheté une belle maison, on vit à l’allemande. » Sa femme, Wahiba, a d’ailleurs « insisté » pour qu’il se laisse pousser la barbe. Il l’arbore depuis cet été. Probablement pour peaufiner son look « hipster »… 

        Et comme « Francky », 81 sélections internationales, n’a pas digéré que l’équipe de France, quart-de-finaliste du dernier Mondial, se débrouille pas si mal que ça sans lui… Il a décidé que son fils de 8 ans, Salif, jouerait plutôt pour l’Allemagne : « Il est né en Allemagne. Peut-être qu’il portera le maillot allemand un jour ! Je l’entraîne déjà dans le jardin : il a un pied gauche fantastique ! »

        C’est Michel Sardou qui ne va pas être content. Ne l’appelez plus jamais France. 

      • Quand Guaino se paye Juncker... - 01/01/1970
        Très remonté sur Europe 1, Henri Guaino avait décidé de mettre une raclée aux dirigeants de la commission européenne. Le député UMP n'en peut plus des leçons de bonne gestion que la France reçoit de la part de celui qu'il qualifie de "patron d'une grande entreprise de fraude fiscale". Un quasi-mafieux !

        Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach, ce matin sur Europe 1, sur le sursis de deux ans que l’Union européenne a daigné accorder à la France pour ramener son déficit en dessous de 3% du PIB, Henri Guaino s’est emporté : « Il y en a assez que les gouvernements français n’aillent à Bruxelles, la corde au cou, que pour demander des rallonges ! Ils doivent y aller avec une stratégie. »

        Puis dans un accès de gaullisme, la plume de Nicolas Sarkozy a mis… une raclée aux dirigeants de la Commission : « Je ne supporte pas, je ne supporte plus cette Commission qui donne des leçons ! Quand même, vous avez Monsieur Moscovici [ndlr : Commissaire européen à l’Economie] en face qui vous donne des leçons de bonne gestion… Et vous avez aussi Monsieur Juncker [ndlr : le président de la Commission], patron d’une grande entreprise de fraude fiscale, qui vous donne des leçons… Ce n’est pas à la Commission de décider quelles sont les bonnes réformes pour la France. Cette méthode là doit s’arrêter tout de suite. Il faut en finir avec l’Europe qui fonctionne de cette façon. Ce n’est pas à la Commission de dire quelles sont les bonnes réformes, c’est à la France de dire à ses partenaires quelles sont à ses yeux les bonnes réformes qu’elle doit accomplir. »

        Henri Guaino fait notamment référence au « Lux Leaks », des accords fiscaux secrets passés entre le Luxembourg et 340 multinationales, dont Axa, Pepsi, Apple ou Amazon, dans le but d’échapper à une partie de leur imposition. Passés entre 2002 et 2010, alors que Jean-Claude Juncker était premier ministre du Luxembourg (1995-2013) et président de l’Eurogroupe (2005-2013), ces accords équivalent à des milliards d’euros de recettes fiscales en moins pour les Etats dans lesquels ces grandes entreprises réalisent des bénéfices.

        Henri Guaino n’en est pas à son coup d’essai : il avait déjà réclamé la démission du président de la Commission. C’était en novembre dernier : « On découvre brusquement une entreprise de pillage organisé, de pillage fiscal, pas illégale, mais totalement immorale de tous les partenaires européens du Luxembourg, et on met Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. C'est ça le visage de l'Europe, c'est ça l'Europe que nous voulons ? » avait-il déclaré au moment où le scandale avait été révélé. Soit quelques jours après la nomination du Luxembourgeois à la tête de l’organe exécutif des politiques communautaires…

        L’Union fait l’entorse.

         

        >>> (Ré)écoutez l'intervention d'Henri Guaino, ce matin, sur Europe 1 (à partir de 8'19''): 

         

      • Et si la Grèce sortait vraiment de l'euro ? - 01/01/1970
        L'hypothèse d'un "GREXIT" devient de plus en plus vraisemblable. Sur son blog, l'économiste Jacques Sapir analyse en détail les conséquences économiques d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

        La possibilité d’une sortie de la Grèce de la zone Euro, qu’elle soit voulue ou qu’elle soit subie, devient de plus en plus vraisemblable d’ici le début du mois de juillet prochain. Le fait que le gouvernement grec et l’Eurogroupe aient pu trouver un accord pour les quatre mois nous séparant de cette date ne change rien à l’affaire. Il faudra poser la question soit de l’annulation d’une partie de la dette, soit de sa transformation (en réalité un moratoire sur près de trente ans). Or, l’on sait que ces deux hypothèses sont également rejetées par l’Allemagne. Il convient donc de regarder un certain nombre de paramètres de la Grèce pour se faire une idée réelle de ce qu’un « GREXIT » signifierait.

        La question fiscale

        Le premier point concerne la question fiscale. On affirme que la Grèce a vécu « au dessus de ses moyens » et qu’elle doit « payer » pour ses errements passés. En réalité, quand on regarde les recettes publiques on constate d’une part que la situation de la Grèce n’était pas en 1995 différente de celles du Portugal et de l’Espagne, et qu’elle a fait un effort important de 1995 à 2000 arrivant au niveau des Pays-Bas.

        Lire la suite sur le blog de Jacques Sapir 

      • Jean-Yves Camus: "les Français juifs tentés par le FN sont myopes" - 01/01/1970
        Le président du Crif, Roger Cukierman, a créé la polémique lundi avant le diner du CRIF en qualifiant Marine Le Pen d'"irréprochable", suscitant des réactions dans toute la classe politique. Politologue et spécialiste de l'extrême droite, Jean-Yves Camus, revient sur les déclarations du président du CRIF et analyse l'évolution du Front National par rapport à une communauté juive, susceptible, elle aussi de prêter l'oreille aux idées du parti de Marine Le Pen.

        Marianne: Sur Europe 1, le président du CRIF, Roger Cukierman a déclaré que Marine Le Pen était « irréprochable ». Des déclarations jugées choquantes par une grande partie de la classe politique. Roger Cukierman a-t-il commis une maladresse ?

        Jean-Yves Camus: Il est généralement admis qu’il ne peut pas y avoir de vote juif pour le Front national en raison de l’appartenance de ce parti à l’extrême droite traditionnelle et des déclarations de Jean-Marie Le Pen. Mais, même chez les juifs, des gens votent en oubliant tout ça et prennent d’autres critères en considération: l’opposition à l’immigration, le discours de Jean-Marie Le Pen sur la guerre d’Algérie, la priorité donnée à la lutte contre l’islamisme…  Ils se disent qu’après tout, là où l’UMP n’a pas réussi, le FN pourrait y arriver. Alors moi, je peux estimer à titre personnel que ces gens sont dotés d’?illères extrêmement importantes et qu’ils ne voient pas clair, mais il n’y a en fait aucune raison pour que les votes des juifs soient plus clairvoyants que les votes des non-juifs. Voter pour le FN est une erreur par rapport à leur appartenance, tant pis pour eux. Ces gens là sont myopes. Il n’y a pas de raison pour qu’il n’y en ait pas autant qu’ailleurs dans la communauté juive. Par ailleurs, je ne pense pas que les Français juifs votent en fonction de ce que peut dire le CRIF. 

        Ces déclarations marquent néanmoins l'évolution du discours de la part du représentant d'une organisation communautaire vis à vis de la présidente d'un parti autrefois banni. En quoi le programme du Front National serait-il aujourd'hui préjudiciable à la communauté juive ? 

        Roger Cukierman a oublié que Marine Le Pen n’est pas uniquement une personne. Elle n’a effectivement pas les préjugés de son père et n’est, je le pense, ni antisémite, ni négationniste. Mais ça ne veut pas dire, pour autant, qu’il n’y a pas, dans le programme du FN, des points qui, à mon avis, posent des problèmes par rapport aux Français juifs : je ne sais pas ce que Marine Le Pen pense personnellement de la question de l’abattage rituel et de la question du port de la kippa dans l’espace public mais le programme du FN, lui, prévoit leur interdiction. Peu importe ce que pense Marine Le Pen, ce qui importe c’est le programme du parti qu’elle préside. Si ces deux mesures étaient mises en place, les juifs, comme les musulmans, verraient leur quotidien changer : on ne pourrait plus abattre de viande casher en France, il faudrait l’importer. On ne pourrait plus aller au diner du CRIF en partant de chez soi avec sa kippa sur la tête, il faudrait la ranger dans sa poche et ne la mettre sur sa tête qu’une fois rentré dans le bâtiment qui héberge le dîner. Je ne sais pas non plus ce que Marine Le Pen pense des subventions que reçoivent les associations communautaires juives mais je constate qu’il est écrit dans le programme du FN que le Front souhaite en finir avec les subventions que reçoivent les « associations communautaristes ». Et parmi ces associations, le CRIF est clairement visé. Si jamais le FN était au pouvoir, le CRIF ne pourrait peut-être plus exister…

        Le FN a-t-il, aujourd’hui, selon vous, un discours clair sur l’antisémitisme ?

        Il reste ambigu. Marine Le Pen a eu assez récemment plusieurs occasions de le clarifier mais ne les a pas saisies. Au mois d’août dernier, Aymeric Chauprade, député européen FN, a écrit un texte pour tordre le cou à un certain nombre de mythes très prisés à l’extrême droite, comme celui du complot et de la supposée domination des juifs. Marine Le Pen aurait pu en faire la position officielle du parti. Elle a préféré dire que ce texte n’engageait que son député. Par la suite, Aymeric Chauprade a été privé de la tête de la délégation frontiste au Parlement européen et de son poste de conseiller de Marine Le Pen pour les questions internationales. Le second signe c’est que dans les communiqués de presse du FN consécutifs à l’attentat du musée juif de Bruxelles, d’une part, et à l’attentat contre le supermarché Casher, d’autre part, il y a effectivement eu des condamnations mais les mots « antisémitisme » et « juif » n’ont pas été employés. Je suis peut-être maximaliste, j’en demande peut-être trop, mais, honnêtement, dans le contexte, ça n’aurait pas été de trop et ça aurait permis au FN de bien nommer les choses. Il y a un mot qui manque. C’est un peu comme si ça n’arrivait pas « à sortir »…

        Le FN a quand même dénoncé les profanations des tombes juives de Sarre-Union…

        Oui mais c’est un cas assez particulier : la figure dirigeante du groupe de profanateurs est quelqu’un de suffisamment confus dans sa tête pour être à la fois opposé au FN et mis en examen pour profanations de tombes juives, aggravées par un motif antisémite. Visiblement, le garçon n’avait pas des idées politiques extrêmement claires. Et sur les sites de la droite radicale on a vu fleurir des discours mettant en valeur que ce profanateur se réclamait de l’antifascisme. C’est aussi ça qui a précipité la prise de position. Pour une fois, le FN avait la possibilité d’expliquer qu’il y aurait un antifascisme antisémite.

        Plusieurs enquêtes dans différents médias ont montré des tentatives au sein du Front National de séduire la communauté juive et de tirer un trait sur les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen. Les déclarations de Jean-Marie Le Pen sont-elles attachées de façon indélébile à l’image du FN ?

        Les déclarations des décideurs politiques ou associatifs mettent l’accent sur le fait que Marine Le Pen n’a, jusqu’à présent, pas condamné les propos de son père. Et c’est exact. Mais si la seule chose que l’on demande à Marine Le Pen c’est de prendre ses distances avec ce qu’a dit ou fait son père, il va arriver un moment où, à la disparition de son père, elle n’aura plus besoin de les prendre. On ne va tout de même pas lui demander de le faire une fois qu’il aura disparu. On ne pourra alors plus lui demander de prendre position sur les déclarations de Jean-Marie Le Pen puisqu’il n’en fera plus. Il semble qu’un jour Marine Le Pen ne sera plus comptable de ce qu’a dit son père et qu’à ce moment là, inévitablement la normalisation sera plus grande. Or la normalisation du Front national ne doit pas être jugée à l’aune de ce que Jean-Marie Le Pen a dit par le passé mais à l’aune de son programme d’aujourd’hui.

        Y-a-t-il des indices susceptibles de montrer que la communauté juive française serait plus attirée par le FN de Marine Le Pen que par celui de son père ?

        C’est très difficilement mesurable : les juifs sont peu nombreux en France et il n’y a pas de « fichier des juifs », il est donc très difficile de les sonder. Seule une enquête de l’Ifop a été publiée, il y a deux ans, sur les votes juifs: elle montre d’une part la diversité des votes des juifs, mais aussi qu’à aucun endroit les votes juifs sont suffisamment importants pour orienter la tournure d’un scrutin.

        On peut seulement penser que le vote juif en faveur du FN a augmenté depuis l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Mais aucune étude précise n’a pu en donner le niveau à l’heure actuelle. Pour des raisons historiques évidentes, Jean-Marie le Pen n’a jamais attiré sur son nom qu’une faible minorité d’électeurs juifs. Les choses ont évolué avec sa fille mais elle rassemble toujours sur son nom un pourcentage d’électeurs juifs largement inférieur à la moyenne nationale. D’ailleurs, quand on observe les scrutins qui se sont déroulés depuis la présidentielle de 2012 (municipales et européennes) dans des endroits où la communauté juive est assez structurée, comme à Sarcelles, à Créteil ou dans le 19ème arrondissement de Paris, on s’aperçoit que le vote FN est très très inférieur à la moyenne nationale.

        Un responsable du CRIF aurait-il pu tenir de tels propos du temps de Jean-Marie Le Pen ?

        C’est sans doute moins difficile maintenant qu’à son époque. Toute une génération de cadres frontistes est partie avec l’âge : il n’y en a plus aujourd’hui qui ont connu l’époque des ligues, de la seconde Guerre mondiale, des groupuscules néofascistes d’après-guerre… Tout ça est parti avec le temps. Sitôt qu’elle est arrivée à la présidence, Marine Le Pen a aussi pris des sanctions contre les cadres les plus radicaux de son parti. Ca rend les choses plus faciles, mais ça ne normalise pas pour autant le parti.

      • Quand la gauche radicale s?acoquine avec des accros de l?intégrisme - 01/01/1970
        Le 6 mars prochain, à Saint-Denis, une partie de la gauche radicale et d'associations musulmanes tiendront meeting contre "l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire". Dans l'intitulé du meeting, pas un mot contre le jihadisme, l'intégrisme ou l'antisémitisme. Comme si, pour certains, l'attentat contre Charlie-Hebdo n'avait jamais eu lieu.

        Un meeting « contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire » doit se tenir le 6 mars à Saint Denis. Le simple intitulé est tout un programme. 

        Passons sur le concept de « guerre sécuritaire » dans un Etat de droit où, jusqu’à plus ample informé, nul « patriot act » n’a été instauré. Si « guerre » il y a, ce serait plutôt celle déclarée par l’Etat Islamique et ses succursales.

        Quant à la notion fumeuse d’« islamophobie », agitée comme un chiffon rouge, elle est régulièrement mise en scène pour assimiler toute critique de l’islam – qui relève de la liberté d’expression – à une stigmatisation des musulmans. Assimiler l’une à l’autre est un moyen efficace de mélanger les genres et les casquettes, comme on l’a vu avec Charlie Hebdo, régulièrement accusé d’ « islamophobie », voire de racisme, pour avoir osé se moquer de Mahomet en refusant de se coucher devant les bigots du religieusement correct. 

        D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, dans l’intitulé du meeting, il n’y a pas un mot pour dénoncer le djihadisme, l’islamisme radical et l’antisémitisme, auquel il est fait vaguement allusion quelques lignes plus bas en évoquant l’attentat de l’hyper casher. C’est tout.

        Bref, on a l’impression assez désagréable que l’assassinat ciblé de Charlie Hebdo n’a jamais eu lieu et que l’antisémitisme meurtrier  de Coulibaly est un fantasme. Personne n’a tiré sur des dessinateurs en invoquant la mémoire outragée du Prophète. Aucun tueur n’a assassiné au nom d’Allah, salissant au passage tous ceux qui se réfèrent au Coran. L’antisémitisme est une vue de l’esprit inventée par des adeptes du conspirationnisme. 

        Certains participants à ce surprenant conclave ont bien essayé de glisser la dénonciation de l’antisémitisme dans l’appel susdit, mais rien n’y a fait. Les têtes pensantes (?) de l’initiative sont restés dans la folle logique qui n’est qu’un copier coller inversé du « choc des civilisations » des néocons. Il y a « nous » (les musulmans, qu’ils soient laïcs ou pas, Républicains ou pas) et « eux » (les autres). En somme, « l’islamophobie » est la cause du djihadisme, et tout le reste n’est que littérature mécréante.     

        De la part d’organisations comme l’UOIF ou les Indigènes de la République, connues pour leurs dérives communautaristes, voire pour leur complaisance vis-à-vis des folies ethnicistes, c’est assez logique. Plus étonnant est de constater que s’associent à cette initiative des associations comme Attac, des syndicats et des partis ou des mouvements tels que EELV -qui s'est finalement retiré-, le PCF, Ensemble (FDG), le NPA, comme s’ils pouvaient cautionner des amalgames qui font le jeu des apprentis sorciers. 

        On se croirait revenu quelques années en arrière, quand une partie de la gauche se déchirait face à l’entrisme pratiqué par des gens faisant du port du voile le signe extérieur de la lutte émancipatrice. A l’époque, déjà, une telle régression était inquiétante. Aujourd’hui, après les événements qui ont eu lieu à Paris et à Copenhague, elle est carrément insupportable.

      • TAFTA: les sociaux démocrates valident, en douce, les tribunaux d'arbitrage - 01/01/1970
        Ce samedi 21 février, les dirigeants sociaux-démocrates européens ont adopté une disposition commune pour réclamer l'"amélioration" du mécanisme des tribunaux privés d'arbitrage de règlement de différents entre Etats et investisseurs. Une fausse bonne nouvelle puisque cette disposition enterre par la même occasion la suppression pure et simple de ce dispositif dans le cadre des négociations sur le TAFTA pourtant majoritairement rejeté par les peuples européens.

        Samedi dernier, une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernements sociaux-démocrates européens se réunissaient à Madrid. Objectif, afficher leur unité face aux attaques meurtrières terroristes et tenter de définir une stratégie économique commune. Et surtout, donner un coup de main au chef de file du parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, en peine dans les sondages et aux prises avec le très en vogue parti anti-austérité Podemos, porté par vague Syriza. Manuel Valls qui représentait la France a donc pu assister à un drôle de spectacle. Notre premier ministre venu à la fois en tant que spectateur et représentant des dirigeants politiques sociaux-démocrates a tenu un discours inhabituel dans sa bouche, appelant à arrêter « l’austéricide » des politiques européennes, critiquant « l’austérité pour l’austérité ». Cocasse, quand dans leurs pays respectifs, tous ces «socdem» s’emploient pourtant à en appliquer les « bonnes » recettes. Un sérieux dédoublement de la personnalité dirait un psychiatre…

        En marge de cet étrange exercice d’équilibriste, les dirigeants européens en ont aussi profité pour s’accorder sur une position commune sur l’épineuse question du mécanisme des tribunaux d’arbitrage de règlement de différents entre Etats et investisseurs. Adoptée, elle permettrait, dans le cas d'un litige commercial entre une entreprise américaine et un état européen, à l'entreprise américaine d'attaquer cet état devant un tribunal arbitral international et d'écarter de fait les instances judiciaires nationales. La disposition suscite une véritable levée de boucliers de toute part dans le cadre des négociations sur le traité transatlantique.  En témoigne les résultats de la consultation européenne sur ce mécanisme. Sur 150 000 avis rendus, 88 % des répondants s’opposent à l’introduction de cette clause dans le TAFTA. En réponse, les sociaux démocrates ont donc accordé leurs violons pour réclamer un cadrage plus strict de ces tribunaux : exclusion de certains secteurs comme la santé ou l’environnement « pour préserver la capacité des Etats à prendre des décisions souveraines », rehaussement des exigences en matière de conflit d’intérêt des juges-arbitres, création d’une cour d’appel et d’une cour permanente ainsi que le renforcement des pénalités en cas de plainte abusive des investisseurs.

        Le Parti socialiste, dans un communiqué, s’est empressé de saluer cette « réponse ambitieuse » et de se réjouir de « cette déclaration commune qui reflète nos valeurs : transparence, défense des intérêts des Etats, protection des citoyens et de l’environnement, engagement pour une mondialisation maîtrisée et favorable aux peuples souverains ». Le PS en a aussi profité pour vanter « l’important travail diplomatique mené par le secrétaire d’Etat au commerce extérieur de Matthias Fekl avec plusieurs partenaires européens ». Et au Quai d’Orsay, on ne boude pas son plaisir. « A dilplomate is born » nous confie-t-on au quai d'Orsay, plein d’enthousiasme. Et de poursuivre « Cela fait des mois que Matthias Fekl travaille pour faire bouger les lignes. D’abord avec les allemands puis avec les autres partenaires européens. Il y a encore quelques mois, nous n'aurions même pas imaginé que l’on puisse arriver un tel résultat. C’est très excitant ». Un coup de projecteur que ne doit pas renier le jeune et discret ministre, arrivé au quai d’Orsay pour remplacer le « phobique Thévenoud ».

        capture d'écran

        Une victoire à la pyrrhus car il y a un gros revers à la médaille : en voulant encadrer plus strictement ce mécanisme plutôt que de réclamer sa suppression, les sociaux démocrates européens viennent en fait de le sanctuariser. En parfaits sociaux démocrates, ils ont opté pour une réforme du dispositif pour en limiter les dérives et surtout le rendre acceptable par des parlements nationaux très remontés contre le projet: « Oui, mais si on change la nature même de ces mécanismes, ça en aura le goût et l’odeur mais ça ne sera plus les tribunaux d’arbitrages que l’on connaît », nous rétorque-t-on, l’enthousiasme en moins.

        Un glissement subtil qui n’a pas échappé non plus à Yannick Jadot, député européen EELV, en pointe dans le combat contre le TAFTA. « Cette position de la France et maintenant des sociaux démocrates qui consiste à dire que l’on va faire évoluer ces mécanismes pour les améliorer, c’est n’importe quoi ! La consultation européenne a clairement montré que les européens rejettent en bloc ce mécanisme », et de poursuivre, « c’est le principe même de tribunaux privés supranationaux qui permettra à des investisseurs de contester des décisions des Etats en arguant d’hypothétiques pertes de bénéfices qui est inadmissible ». Les conséquences de la mise en place de ces juridictions privées se feraient d’ailleurs déjà sentir selon lui. Preuve en est, le report sine die par la Commission européenne de toute proposition pour légiférer sur les « dangereux » perturbateurs endocriniens « pour éviter de contrarier les multinationales américaines », analyse-t-il. Une position d’autant plus regrettable pour l’élu écologiste que les négociations sont encore en cours, « tout est encore ouvert à ce stade », au point de se désoler de cette France qui ne sait plus dire «non»: « A l’époque, Lionel Jospin avait su dire non face à l’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) ce qui avait eu pour conséquence l’abandon du projet. Plus récemment, lorsqu’ Angela Merkel considère que les intérêts de l’Allemagne sont en jeu, elle n’hésite pas à dire non. Pourquoi la France ne pourrait pas refuser ce transfert de la souveraineté démocratique à des multinationales ? ». Peut-être qu'un jour les sociaux-démocrates européens se réuniront pour réfléchir sur leur propre impuissance.

        Article actualisé à 18h20. 

         







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      Dernière mise à jour : 11/08/2007