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Sommaire
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      • Obsèques de Pasqua : la droite et ses fantômes - 01/01/1970
        Les tenants de la droite ont rendu ce vendredi à l?ancien ministre de l?Intérieur un dernier hommage plein d?arrière-pensées, en l?absence de Nicolas Sarkozy.

        Après son dernier souffle, le controversé Charles Pasqua, décédé lundi à l’âge de 88 ans des suites d’une crise cardiaque, aura été, une dernière fois, au c?ur de la droite française. Vendredi un hommage lui était rendu en l’église Saint-Louis des Invalides, à l’instigation du président du Sénat, Gérard Larcher. A la sortie, sous le soleil écrasant de midi, on enterre aussi une époque.

        Voici d’abord les anciens Premiers ministres. Dans le peloton de tête, François Fillon qui a eu l’occasion de dire à quel point la disparition de celui qui, comme lui, avait dit non à Maastricht, lui « fendait le c?ur ». Il marche notamment aux côtés de Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, rare personnalité de gauche présente. L’ancien ministre Roland Dumas, accroché à sa canne, a quitté l’église bien avant la fin de la cérémonie. La ministre fait un prudent pas de côté en passant devant les photographes. La gauche préfère laisser la droite s’occuper, seule, de ses fantômes.

        Derrière elle, Alain Juppé, qui n’est pas rancunier : le défunt, dans l’une de ses torpilles coutumières l’avait jugé « sans charisme ». Dans un documentaire diffusé mardi dernier sur France 3 et réalisé par Daniel Leconte, Pasqua accuse aussi le maire de Bordeaux d’avoir une responsabilité dans la mort des moines de Tibhirine en 1996.

        "Il connaissait tous les secrets de la République, mais n’en a révélé aucun, question d’honneur"Un autre ancien locataire de Matignon chemine tristement. Edouard Balladur a même les yeux emplis de larmes. Pour le soutenir en 1995, l’ancien numéro 2 de Pernod-Ricard avait trahi son filleul en politique, Jacques Chirac.

        Dans la petite foule, Nathalie Kosciusko-Morizet se tient à bonne distance de Jean Tiberi, cet autre Corse qu’elle a fait chasser de sa mairie du 5e arrondissement. Il y a là aussi Xavier Bertrand, qui mène campagne contre Marine Le Pen pour les régionales dans le Nord-Pas-de-Calais.

        La famille des Hauts-de-Seine s’est, elle aussi, déplacée. Elle compte l’un des successeurs de Pasqua à la tête du conseil général, Patrick Devedjian, qui voulait nettoyer « les écuries d’Augias ». Encore un autre Corse, Eric Cesari, ancien directeur de cabinet de Charles Pasqua place Beauvau, aujourd’hui mis en examen dans l’affaire Bygmalion. Isabelle Balkany, visiblement très éprouvée, les sénateurs Roger Karoutchi et Isabelle Debré.

        On croise aussi un tiercé de sarkozystes historiques : Brice Hortefeux, Nadine Morano, Pierre Charon. Mais étrangement, l’ancien président de la République, qui ne goûte guère les cérémonies ces temps-ci, manque à l’appel. Selon l’entourage de Nicolas Sarkozy, « son agenda ne lui permettait pas d’être présent ». L’ancien chef de l’Etat s’est donc rendu mercredi au funérarium, en compagnie d’Henri Guaino.

        Dans l’église, dressé devant le cercueil couvert d’un drapeau bleu-blanc-rouge, ce dernier salue celui qui « connaissait tous les secrets de la République, mais n’en a révélé aucun, question d’honneur ». Et qui maîtrisait tous ceux de la droite également...

      • Référendum grec : démocratique ou pas ? - 01/01/1970
        "Ils ne pensent pas (forcément) comme nous", c'est le principe de notre espace "Agora". Et le blogueur Elie Arié exploite ce créneau pleinement ! Dans son billet du jour, il prend clairement un chemin inverse à celui emprunté par la grande majorité des Mariannautes en apportant "plusieurs bémols" à l'idée qu'il n'y aurait "rien de plus démocratique qu?un référendum".

        A priori, rien de plus démocratique qu’un référendum pour que le peuple décide ce que doit faire maintenant le gouvernement grec face aux ultimes propositions de la troïka ; mais il faut y apporter plusieurs bémols :

        1) Il est abusif de présenter ce référendum comme un combat des peuples contre la technocratie car, si les Grecs ont inventé la démocratie, ils n’en ont pas le monopole : on se doute des résultats qu’aurait un référendum, tout aussi démocratique, mais impliquant beaucoup plus de gens, dans tous les autres pays de l'Union européenne, et portant sur la question : « Voulez-vous augmenter le soutien à l’économie grecque par vos impôts ? » (notamment chez les plus pauvres d'entre eux — Slovénie, Bulgarie — qui ne doivent pas très bien comprendre pourquoi ils doivent contribuer au maintien du niveau des retraites des Grecs qui, aujourd'hui encore, restent plus élevées que les leurs...).

        2) Il est tout aussi abusif de la présenter comme un combat de « la gauche radicale » contre le néolibéralisme : car c’est bien à cette Union néolibérale que la Grèce a adhéré en 1981, et à l’euro en 2001, de façon tout à fait démocratique (sinon honnête, puisqu’il y a eu truquage de ses comptes publics pour que sa candidature ne soit pas rejetée) et justement parce que cette Union était fondée sur le néolibéralisme…

        Lire la suite sur le blog d'Elie Arié

      • Les Femmes sans voile accusent - 01/01/1970
        Vendredi prochain, le 10 juillet, aura lieu la Journée mondiale des femmes sans voile. Toutes celles de culture musulmane, et autres, qui le refusent manifesteront aussi à Paris, place de la République.

        >>> Article paru dans Marianne daté du 26 juin

        Elles en ont marre. « Marre de l'indifférence, de la connivence, de la condescendance » avec lesquelles, en France, les « néocommunautaristes » traitent le combat des femmes de culture musulmane « qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l'égalité et de la dignité ». Près de chez elles, à Aubervilliers, les hommes osaient demander à l'une « de se couvrir pour être une bonne musulmane » : c'était l'été et elle sortait bras nus. Une lycéenne, sous influence salafiste, crachait à l'autre, son enseignante qui lui expliquait que le voile ne figurait nullement dans le Coran : « Je peux vous tuer pour ce que vous dites ! » De la rue au café où elles n'étaient pas les bienvenues, les menaces s'empilaient pour les belles aux yeux noirs. On les sommait à toute vitesse de rejoindre le troupeau massé sous le voile de la servitude volontaire. « Et nous n'étions ni à Alger ni à Kaboul ! Ça se passait à quelques stations de métro du centre de Paris... »

        Alors Nadia et les autres ont décidé de fonder le collectif Femmes sans voile d'Aubervilliers. Elles ont rallié le mouvement mondial des femmes de culture musulmane qui refusent, au péril de leur vie dans le monde islamique, ce voile « qui affirme la domination et le contrôle de la femme par l'homme ». Marianne a publié une de leurs tribunes l'hiver dernier. Elles étaient sur les marchés le 8 mars, distribuant vaillamment leurs tracts. Nous les avons retrouvées préparant la prochaine manifestation : celle de la deuxième journée des femmes sans voile, à laquelle appelle toute une ribambelle d'associations (voir la liste ci-dessous). La première s'était déroulée en 2014, près de la fontaine aux Innocents. Dans Charlie, une BD de Luz avait illustré cette prise de parole, sereine côté manifestantes, houleuse du côté des passants — et passantes — provoile, fermés à tout débat et drapés, au mieux, dans la sempiternelle apostrophe : « Islamophobes ! »

        Un linceul

        Le 10 juillet est une date choisie par les Canadiennes : la date de naissance à Montréal de Thérèse Forget-Casgrain. Elle consacra sa vie à la cause des femmes. « Et nous aussi, c'est tous les jours, dit tranquillement Nadia Ould-Kaci. Je suis une 100 % Beurette du 93, née à Saint-Denis, grandie à La Courneuve. J'habite Aubervilliers depuis quarante ans. Ma mère est arrivée de Kabylie, analphabète et non voilée. Elle en a 92 aujourd'hui et me demande toujours : "Mais quel avenir elles se préparent, toutes ces filles qui se voilent ?" Mon père, le dimanche, lisait l'Humanité en buvant un verre de rouge. J'ai gardé sa carte de la CGT. J'ai gardé le mot "communisme" aussi. Pour l'idéal, pas pour ce qu'en ont fait les hommes. Depuis trois ans, le voile s'est répandu dans des proportions inquiétantes. Il tend à devenir la norme : dans notre ville, on le met même aux petites filles. Les Maghrébines qui ne le portent pas entendent des insultes du genre : "Tu fais honte à Dieu !" »

        La honte, la vraie, contre laquelle elle se bat avec toutes les femmes du collectif, c'est ce linceul dont on commence à recouvrir les fillettes. Les photos sont éloquentes. « Nous demandons aux députés, aux sénateurs et aux sénatrices l'interdiction du voile pour les mineures. Au moins ça ! » martèle Nadia Benmissi, autre cheville ouvrière du mouvement. Les réponses sont décourageantes. « On est coincées ! » hasarde une élue. Par qui, par quoi ? Les « d'origine », elles, n'ont pas froid aux yeux. « Tant de femmes nous disent qu'on a raison mais qu'elles ont peur... » Dans sa « Convention citoyenne des musulmans pour le vivre-ensemble » de juin 2014, le Conseil français du culte musulman y va fort : il installe carrément la règle du voile pour les Françaises musulmanes alors que la « prescription coranique » ne mentionne nulle part l'obligation de se couvrir les cheveux. « Votre prise de position représente une régression qui banalise les répressions que subissent les femmes non voilées, s'insurge le collectif dans sa lettre au CFCM. Nous nous inquiétons de votre affirmation qui sacralise le port du voile et par là même cautionne l'action des fondamentalistes, source, dans notre pays, de troubles à l'ordre public. Votre crispation est un anachronisme dangereux pour nous tous. » Les pieux rédacteurs de la « convention » n'ont jamais daigné répondre. Leur rappeler que la première action des djihadistes, en Irak, en Syrie, au Mali, au Nigeria, quand ils s'emparent d'une ville, consiste à voiler intégralement les femmes pour leur interdire ensuite la totalité de la vie, fait tellement désordre...

        Non au patriarcat

        A cette pléiade de brunettes révoltées, Josiane Doan, une blonde ronde à l'accent qui chante, apporte sa solidarité de Provençale. « Parce que dire non au voile, c'est dire non au patriarcat. Et ça, j'ai connu ! » Dans les champs de lavande, entre Ollioules et Toulon, au début des années 60, « en milieu paysan, une femme, c'était comme un meuble. On fermait la porte de la cour pour empêcher la fille de sortir et mon père mesurait les ourlets des jupes. Je me suis battue grâce à l'école et je suis devenue inspectrice des impôts ». Alors quand, en 2012, Josiane croise, dans une rue d'Aubervilliers, une toute jeune fille que son frère tabasse « parce qu'elle avait osé sortir », elle se retrouve un demi-siècle en arrière, au temps de sa séquestration. De colère, elle rejoint le groupe de Place aux femmes qui s'occupe alors d'investir les cafés. Aux camarades « d'origine », elle dit : « Je suis des vôtres », tant l'origine d'une femme se ressemble dans tous les mondes. Très vite, la réaction au voile s'impose comme une urgence. La rue commence à vivre sous cape. Un petit foulard qui devient « l'intégrale ». « Une enfant de 5 ans qui refuse d'entrer chez ses voisins parce qu'ils mangent du porc et boivent de l'alcool, elle les traitait déjà de "mécréants"... » Bref, cette métamorphose qu'on nous dit si tranquille et qui, entre les enfants d'un même pays, les filles d'une même patrie, dessine les contours inquiétants d'un destin divergent.

        Pour dire non, c'est place de la République, le 10 juillet. A 18 heures.

        >>> Les associations signataires de l'appel du 10 juillet
        Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (Afemci), Africa 93, Amel, Conseil européen des fédérations Wizo (CEFW), Cibel, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Du côté des femmes (DCDF), Egale, Encore féministes, Femmes contre les intégristes, Femmes solidaires, Femmes 3000, Coordination française pour le lobby européen des femmes (La Clef), La Ligue du droit international des femmes, Libres MarianneS, Marguerites sans frontières, Ni putes, ni soumises, Regards de femmes, Union des familles laïques (Ufal).
        Contact : femmesansvoile@gmail.com
      • La grecophobie médiatique dans ses basses ?uvres - 01/01/1970
        Syriza dirige la Grèce avec l'extrême droite. Vous ne le saviez pas ? C'est Dominique Seux, l'éditorialiste éco de France Inter qui a affirmé pareille bêtise ce vendredi. Mais il n'est pas seul. En vérité, il s?agit d?un vieux truc remis au goût du jour. Quiconque ose critiquer l?ordre européen, le diktat de la Troïka, le règne de l?euro, la nécessité de l?austérité, le pouvoir des eurocrates, est d?office classé dans la catégorie infâmante des "extrêmes", de gauche ou de droite. De là, progressivement, on finit par tout mélanger et par dire n?importe quoi.

        Nombre des auditeurs de France Inter ont dû être ébahis d’entendre Dominique Seux, directeur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste de la station, évoquer la présence au sein du gouvernement Tsipras d’un ministre de la Défense membre du parti Aube dorée, l’équivalent local du Front national. En l’occurrence, il s’agit des Grecs indépendants de l’ANEL, un parti souverainiste de droite.

        Certes, l’erreur est humaine. Tout le monde peut se tromper. Sur son compte Twitter, Dominique Seux a reconnu sa bourde et promis de faire un rectificatif lundi matin. Dont acte. Cela dit, l’affaire est significative de la campagne de désinformation en cours, digne des grandes heures du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen (TCE).

        En effet, pour en arriver à imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, une possible alliance entre un courant issu de la gauche alternative (celui de Tsipras) et un parti néo-fasciste comme Aube dorée, il faut ne rien connaître à l’histoire de la Grèce et à la réalité politique de ce pays. Toutes choses égales par ailleurs, cela revient à concevoir un gouvernement en France avec Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.  

        En Grèce, de la lutte contre le nazisme à la dictature des colonels, la gauche radicale et l’extrême droite se sont toujours opposésEn Grèce, de la lutte contre le nazisme à la dictature des colonels, la gauche radicale et l’extrême droite se sont toujours opposés, parfois même très violemment. Entre les deux, il y a eu du sang, hier comme aujourd’hui. Quiconque a mis les pieds à Athènes le sait, sauf à se contenter de rester dans les hôtels où la jet set a ses quartiers de villégiature. Pourtant, dans les médias, ce genre d’allusion a désormais droit de cité. On fait comme si Alexis Tsipras gouvernait avec ses pires ennemis.

        En vérité, il s’agit d’un vieux truc remis au goût du jour. Quiconque ose critiquer l’ordre européen, le diktat de la Troïka, le règne de l’euro, la nécessité de l’austérité, le pouvoir des eurocrates, est d’office classé dans la catégorie infâmante des « extrêmes », de gauche ou de droite. De là, progressivement, on finit par tout mélanger et par dire n’importe quoi, comme Dominique Seux. Et ce dernier n’est pas seul.

        Dans son bloc note du Point, titré « Tchao Tsipras » avant même le résultat du référendum (on ne s’embarrasse pas avec ce genre de détail), BHL reprend le sous-entendu qui fait les délices d’Arnaud Leparmentier dans ses chroniques du Monde. Interrogé l’autre jour sur Europe 1 par Jean-Pierre Elkabbach, l’ex-ministre de l'anncienne UMP François Baroin a lui aussi affirmé que Tsipras gouvernait avec Aube dorée, sans être démenti par son interviewer, visiblement ravi de l’aubaine.

        Dans sa dernière chronique de Libération, Alain Duhamel, qui officiait déjà du temps des colonels grecs, écrit toute honte bue que  Tsipras « n’hésite pas à s’allier avec l’extrême droite nationaliste et xénophobe, comme pour confirmer la thèse lepéniste selon laquelle désormais les clivages entre nationalistes et européens comptent beaucoup plus que les frontières entre gauche et droite ». Et les frontières entre la réalité et le mensonge, entre l’honnêteté intellectuelle et la petite manip, existent-elles encore ?

        Pour couronner le tout, on voit même l’ineffable Jean Quatremer, porte-voix de l’eurocratie dans Libération, se fendre d’un tweet où il qualifie la campagne des nonistes grecs de « pur socialisme national ». Du « socialisme national » au national-socialiste, il n’y a qu’un pas (de l’oie), franchi avec allégresse par un journaliste neutre, objectif, et dénué de tout parti pris.

        On pourrait continuer longtemps, tant les exemples abondent. Comme en 2005 (et ceci explique cela), on se retrouve avec une aristocratie médiatique qui refuse de concevoir qu’on puisse penser autrement qu’elle. Comme en 2005, il est interdit de contester sa doxa. Comme en 2005, les voix alternatives sont balayées, ridiculisées, ignorées, minorées, ou injuriées. Comme en 2005, on n’hésite pas aller jusqu’à professer des propos qui feraient dresser les cheveux sur la tête d’un collégien en âge de passer le brevet.

        Sans doute faut-il y voir une inquiétude grandissante à la veille d’un référendum qui effraie l’élite européenne. Mais ce n’est pas une excuse.

      • Krugman et Stiglitz votent non au plan irresponsable de la Troïka - 01/01/1970
        Sur le blog "Gaulliste libre", Laurent Herblay explique que "ceux qui dénoncent hâtivement l?irresponsabilité de la Grèce" feraient bien d'écouter les arguments de ces deux Prix Nobel qui "ont pris clairement et fermement position en faveur d?Alexis Tsipras et appellent même à voter non dimanche" !

        Quand un tel jugement est porté par deux Prix Nobel d’économie* récents et modérés, cela doit amener à questionner l’histoire racontée par les euro-austéritaires. Paul Krugman pense qu’il vaut mieux que la Grèce quitte l’euro plutôt que de continuer les politiques d’austérité entamées il y a cinq ans. Pour lui, « la dévaluation ne pourrait pas créer beaucoup plus de chaos que ce qui existe déjà et permettrait une éventuelle reprise, comme cela a eu souvent lieu dans bien des endroits », notant que l’histoire ne plaide pas pour un maintien dans la zone euro. Pour lui, « la Troïka a sciemment fait à Tsipras une offre qu’il ne pouvait pas accepter. L’ultimatum était en fait un pas pour remplacer le gouvernement ».

        Pour Stiglitz, « il est surprenant que la Troïka ait refusé d’accepter la responsabilité (de la dépression) ou d’admettre à quel point ses prévisions et ses modèles ont été mauvais. Mais ce qui est encore plus suprenant est que les dirigeants européens n’aient même pas appris. La troïka demande toujours à la Grèce d’atteindre un excédent primaire de 3,5% du PIB en 2008 », soulignant le risque que le pays reste en dépression.

        Lire la suite sur le blog « Gaulliste libre »

        * Prix de la banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, seul « prix Nobel » qui ne vient pas du testament de ce dernier, mais qui est décerné selon les mêmes règles.

         

      • Les souverains poncifs - 01/01/1970
        Nos éditorialistes et nos politiques n'ont de cesse de nous surprendre : à l'annonce du décès de Charles Pasqua, ils ont été capables de saluer le souverainisme de l'ancien ministre de l'Intérieur et de condamner celui du Premier ministre grec, Alexis Tsipras...

        Selon la phrase convenue, nous vivons une époque formidable puisque dans une même journée, le lundi 29 juin, nous avons appris que Charles Pasqua était la quintessence de l'esprit républicain et qu'Alexis Tsipras était le plus abouti des démagogues. On a même vu dans un double salto arrière sémantique des politiques et des éditorialistes saluer le souverainisme de l'ancien ministre de l'Intérieur, voltigeur de la droite rude, et condamner celui du Premier ministre grec qui a l'outrecuidance de rejouer la scène du film 300 : « This is Sparta ! » où l'envoyé emperlousé de l'empereur des Perses et des Mèdes est directement envoyé au fond d'un puits.

        Durant cette semaine, nous avons été abreuvés de souverains poncifs sur l'homme qui voulait terroriser les terroristes et qui n'était, au fond, en politique, qu'un grand méchant mou. Par deux fois, Charles Pasqua a caressé l'idée de se présenter à l'élection suprême, en 1995 puis en 2002. Par deux fois, il aura reculé devant l'obstacle pour se contenter de cette présidentielle du pauvre que sont les élections européennes. Celui qui fut le ministre de l'Intérieur le plus honni de France durant la première cohabitation, après la mort de Malik Oussekine, fut aussi le plus prisé de l'Hexagone quand il officiait avec Edouard Balladur, tout le monde (ou presque) se pressait Place Beauvau pour recueillir avec des grands yeux d'enfant ébahi ses vacheries, dont il avait les poches pleines comme s'il s'agissait de friandises. Il faut dire que bien souvent nos politiques sont grands parce qu'ils ont su trouver leur père Joseph. Celui de Pasqua avait pour nom William Abitbol. Abitbol forma des générations de publicistes qui occupent, aujourd'hui, le haut de l'étal médiatique et acclimata à la politique française un mot, une idée qui allait connaître un certain succès : le « souverainisme ».

        Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. Tantôt corsaire, tantôt pirate ou frère de la Côte (d'Azur). Tantôt sabreur et tantôt spadassin. Tantôt rêvant de renverser la table, tantôt espérant présider le Sénat, cette antichambre des grabataires politiques. On parle ici d'une droite que les moins de 20 ans ne peuvent pas (re)connaître. Pas d'une droite aseptisée, mais d'une droite sentant la chambrée idéologique et qui ne laissait guère d'oxygène à l'extrême droite. Une droite où l'alternative en interne n'était pas entre Pierre Giacometti et Emmanuelle Mignon, mais entre Charles Pasqua et Marie-France Garaud. Cette droite RPF ou RPR, peu importe, était bien celle de Jacques Chirac au temps où il n'était pas encore enveloppé de bandelettes votives et s'adonnait plus au plaisir du bourre-pif qu'à la méditation sur la structure patriarcale des Aïnous.

        Comment résister au flot de cette propagande obscène qui s'abat sur nous dès qu'il s'agit de la Grèce ? Il faut remonter au référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution européenne pour avoir vu une machine à désinformer tourner ainsi à plein rendement. Les pires inepties sur la dette sont répétées en boucle sans (pratiquement) jamais rencontrer de contradicteurs. Si nous avions encore un doute sur le bien-fondé de ce que nous entreprenons à Marianne et sur la nécessité de résister à ces remugles que l'on baptise « air du temps », il serait vite dissipé tant la caricature la plus grossière, la plus outrancière, la plus vulgaire est à l'?uvre.

        L'appel que nous lançons, « Sauver la Grèce, c'est sauver l'Europe », est une réponse immédiate pour dissiper ces mensonges. Il est signé notamment par des personnalités aussi diverses que Claude Bartolone et Henri Guaino, Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Laurent, Jean-Pierre Chevènement et Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et Rama Yade, Nicolas Dupont-Aignan et Thomas Piketty... La diversité des signatures montre combien les clivages politiques sont impuissants à faire ici barrage au réel. Tôt ou tard, ce dernier se venge et se moque bien des souverains poncifs.

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        >>> Retrouvez cet éditorial et notre dossier « L'euro contre la démocratie » dans le numéro de Marianne en vente en kiosques ce vendredi.

        Il est également disponible au format numérique en vous abonnant ou via  et Android app on Google Play

         

         

        >>> Lisez, signez et partagez notre appel « Sauver la Grèce, c'est sauver l'Europe »

         

      • L?EI poursuit son extension du domaine du djihad - 01/01/1970
        Mercredi en Egypte, l'Etat islamique a lancé une violente offensive militaire pour s'emparer d'un territoire du Nord-Sinaï, proche de la bande de Gaza. L'Egypte a déployé son armée de l'air pour repousser les assauts de l'organisation terroriste et l'Etat israélien a immédiatement fermé sa frontière avec Gaza et déployé des troupes le long de celle avec l'Egypte. Dans le même temps, profitant de ses facilités de recrutement, l'EI explore également les terrains Afghans (et Pakistanais) où les talibans n'ont aucunement l'intention de leur céder le "monopole" de la résistance à "l'occupant occidental".

        Les combattants de l’Etat islamique se sont toujours montrés relativement flous quant aux frontières de leur « nouveau califat ». Censées se limiter à l’Irak et au Levant, les récentes attaques (Sinaï, Tunisie, Koweit), leurs implantations (Libye, Caucase, Afrique) et leurs « explorations » (Afghanistan, Pakistan, Asie du Sud-Est) montrent surtout que ses frontières réelles se borneront aux limites de sa puissance. Mercredi 1er juilet, c’est en Egypte que l’EI a frappé par le biais d’une de ses « filiales » : l’Etat islamique au Sinaï.

        La région du Nord-Sinaï n’avait pas connu de combats d’une telle intensité depuis 1973 et la guerre égypto-israélienne. Dix-sept militaires égyptiens et une centaine de djihadistes du groupe EI au Sinaï sont morts durant les affrontements. Selon le porte-parole de l’armée égyptienne, c’est une véritable opération militaire que leurs adversaires ont entrepris : plus de 300 « terroristes », armés de lance-missiles et de mitrailleuses lourdes montées sur des dizaines de 4x4, ont attaqué les positions militaires égyptiennes autour de la ville de Cheikh Zoued près de la frontière avec Gaza.

        Déjà cité par Marianne, un rapport de l’Institute for the study of war affirmait que pour marquer le mois du ramadan l’EI cherchait à consolider sa puissance dans les territoires qu’il contrôlait déjà en Irak et en Syrie et qu’il agirait pour conquérir de nouveaux territoires citant précisément ses ambitions sur le Sinaï : « Le mouvement Wilayat Sinaï, qui a fait allégeance à l’Etat islamique, devrait tenter de capitaliser sur les troubles existants pour recruter au sein de la population locale mais aussi pour lancer une grande offensive terroriste contre les forces de sécurité égyptiennes. Les filiales de l’EI peuvent tenter d’administrer une province ou revendiquer ainsi le contrôle d’un territoire dans le Sinaï — mais aussi en Afghanistan — comme un moyen d’expansion de l’organisation, en vue de se préparer ainsi à de futures opérations militaires ». Cette note publiée le 7 juin, annonçait ainsi précisément l’offensive à venir sur le Sinaï cette semaine.

        L’armée égyptienne a repoussé les assauts par le biais d’hélicoptères Apache et d’avions F16. Mais les affrontements violents se sont poursuivis entre soldats et assaillants, en milieu de journée, empêchant les ambulances de parvenir sur les lieux des attaques. Même si l’EI n’a pas pris le contrôle effectif du territoire, cette attaque massive et soudaine marquera néanmoins une nouvelle étape pour le groupe islamiste en Egypte : « L’Etat islamique a lancé plusieurs attaques contre l’armée égyptienne dans la partie Nord-Est de la péninsule en janvier et octobre dernier. Mais l’EI s’était rapidement retiré après ces agressions alors que mercredi, après l’attaque, le groupe est revenu au combat pour essayer d’avancer » écrit Patrick Kingsley, envoyé spécial du Guardian au Caire.

        L’Egypte ne serait plus confrontée à des "cellules terroristes", mais à un effort d’exportation du modèle militaire de l’EI en Irak et en SyrieLe journaliste croit, par ailleurs, savoir que l’organisation a sans doute réussi à tenir le territoire un certain temps contre les forces militaires égyptiennes. L’Egypte ne serait plus ainsi confrontée à des « cellules terroristes », mais véritablement à un effort d’exportation du modèle militaire mis en place par l’EI en Irak et en Syrie, et à son ambition de contrôler de nouveauxterritoires.

        L’avertissement est clair également pour Israël qui a immédiatement annoncé la fermeture temporaire de ses frontières avec la bande de Gaza et déployé des renforts militaires le long de sa frontière avec l’Egypte, craignant l’installation de l’EI aux portes de Gaza qui lui aurait permis de mener une guerre d’usure prolongée. L’Etat islamique avait d’ailleurs presque désigné sa cible lundi, en annonçant son intention de « renverser Israël », fustigeant dans le même message le laxisme des dirigeants du Hamas dans l’application de la charia dans l’enclave palestinienne qu’ils contrôlent : « Nous renverserons l’État des juifs [Israël]; et vous [le Hamas] et le Fatah [en Cisjordanie], et tous les autres laïques n’êtes rien du tout et vous serez submergés par tous nos guerriers », a déclaré un membre masqué de l’Etat islamique dans un message enregistré à l’adresse des « tyrans du Hamas ».

        Le lendemain, le ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz, déclara lors d’une conférence que, malgré les tensions entre les deux organisations, le Hamas et l’Etat islamique coopéraient dans la péninsule du Sinaï où l’on assistait à une vague de violences inédites depuis 2013. Si les forces de l’EI dans le Sinaï sont significativement plus faibles que celles de l’EI en Syrie, les forces militaires égyptiennes vont sans doute devoir s’habituer à batailler contre des groupuscules de ce type dans la région.

        Et en cette période de Ramadan, l’EI dévoile, par ailleurs, d’autres ambitions territoriales, encore plus surprenantes. Outre le Sinaï, l’EI aurait commencé à « explorer » la possibilité d’une implantation en Afghanistan et au Pakistan selon la revue Foreign affairs. Base historique d’Al-Qaïda, l’Etat islamique disposerait en Afghanistan, de plusieurs centaines de combattants selon l’auteur de l’article, ancien secrétaire adjoint à la Défense, chargé des opérations spéciales en Afghanistan, qui décrit plusieurs accrochages, en juin, entre les membres de l’EI et les talibans afghans dans la province de Nangarhar, à l’Est du pays, une province frontalière du Pakistan.

        En Afghanistan, les idées de l'Etat islamique sont des idées d'importation dont la popularité locale reste à démontrerMalgré la richesse et les facilités de recrutement actuelles de l’EI, l’auteur estime que l’organisation se heurtera à des obstacles importants « en raison d'un champ bondé de groupes djihadistes et d’une idéologie en manque de fortes racines locales. En Afghanistan et au Pakistan, les groupes militants populaires sont généralement proches des interprétations radicales de l’islam établies localement telles que le déobandisme (école sunnite radicale, enseignée dans les madrasas pakistanaises, sur laquelle repose largement la foi talibane, ndlr). Les idées de l’Etat islamique sont des idées d’importation dont la popularité locale reste à démontrer. Surtout, pour s’imposer localement et élargir sa part de marché territoriale, l’EI devra combattre d’autres groupes, parmi lesquels les talibans, ce qui pourrait être sa bataille la plus difficile et avoir des implications profondes sur le niveau de violence dans la région ».

        Pour le moment, face à la multiplication des accrochages, les chefs talibans ont plutôt cherché à faire retomber les tensions, non sans se montrer menaçants, revendiquant en Afghanistan la totale paternité de la résistance contre les forces occidentales. Dans un courrier, le mollah Mansour, numéro deux des talibans a ainsi prévenu le chef de l’EI que « le djihad contre les Américains et leurs alliés doit être mené sous une bannière et une direction uniques. Que Dieu nous en préserve, si vous veniez à prendre des décisions à distance, vous perdriez le soutien des érudits, des moudjahidines et de sympathisants » avant de menacer que les talibans « seraient forcés de réagir afin de défendre leur acquis » si jamais l’EI poursuivait ses ambitions de s’implanter durablement sur le territoire afghan. 

      • "Nous ne pouvons attendre que des effets destructeurs" - 01/01/1970
        Au sein de Public Citizen, Melinda Saint Louis est directrice des campagnes internationales du service chargé d'observer le commerce mondial. Cette organisation, qui est pour ainsi dire l'équivalent américain de 60 millions de consommateurs, est devenue en 44 ans d'existence l?un des plus grands groupes de défense des droits des consommateurs du pays et a fait de la lutte contre le traité transatlantique son cheval de bataille.

        Marianne : Les Etats-Unis ont déjà fait l’expérience d’un grand accord commercial, l’Accord de libre-échange nord-américain (l'Alena baptisé aussi Nafta en anglais). Depuis son entrée en vigueur en 1994, les effets pervers de cet accord au Mexique comme aux Etats-Unis sont régulièrement dénoncés. Craignez-vous, à terme, des effets similaires aux Etats-Unis et en Europe avec le Tafta ?
        Melinda St. Louis :
        Nous faisons depuis plus de vingt ans l’expérience de l’Alena. Quand cet accord a été présenté à l’opinion publique, ses promoteurs arguaient qu’il allait créer des emplois et élever le niveau de vie dans les trois pays concernés (les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ndlr). Au final, il s’est avéré que l’accord a produit l’effet inverse. Le secteur industriel s’en est trouvé ravagé, ce qui a conduit à un grand nombre de licenciements et à une dépression générale des salaires. Les économistes sont tous d’accord pour dire que la politique commerciale américaine instaurée par l’Alena a considérablement creusé les inégalités. Quelle que soit la richesse créée par cet accord, elle n’est allée qu’aux 10 %, sinon les 1 % des citoyens les plus riches.
        Au lieu de retenir les leçons du passé, nous craignons que le Tafta ne soit bâti sur le même modèle. Tout nous indique une similarité avec l'Alena : la manière dont se déroule les négociations, leur contenu tenu secret. Aux Etats-Unis, près de 500 conseillers d’entreprises ont un accès direct au contenu des négociations alors que l’opinion publique en a été écartée. Nous ne pouvons donc attendre du Tafta que les mêmes effets destructeurs que ceux provoqués par les anciens traités dont il s’inspire.

        A l'approche de l'élection présidentielle de 2016 pensez-vous que les candidats à la Maison-Blanche vont s’emparer du Tafta comme d’un objet de campagne ?
        En effet, nous nous attendons à ce que la colère générée par les différents accords (Tafta, TPP...) ait des conséquences sur l'élection présidentielle de 2016. L’accent sera tout d’abord mis sur les dangers du Transpacific partnership (qui concerne les Etats-Unis et l’Asie, ndlr) du fait de son échéance toute proche. Il envisage d'instaurer, lui aussi, des tribunaux d’arbitrage privés (ISDS), des changements en matière de sécurité alimentaire, de la dérégulation financière, etc. De plus, Hillary Clinton a été forcée de s’allier avec des démocrates opposés à Barack Obama sur la question du « fast track trade authority », qui permet au président de déposer un accord international devant le Parlement sans que celui-ci puisse l’amender : il peut juste y opposer ou non son véto. Enfin, plusieurs républicains candidats à la Maison-Blanche se sont opposés à cette mesure et aux accords internationaux passés par Obama.

        En France et en Europe, de nombreuses organisations et hommes politiques réclament un arrêt pur et simple des négociations, plus encore depuis l’affaire des écoutes de l’Elysée par la NSA. Assiste-t-on à la même chose aux Etats-Unis ?
        Les syndicats, les groupes de consommateurs, les organisations environnementales, les « fermes familiales », les défenseurs de la sécurité alimentaire, les féministes, les religieux et même les retraités, qui n’ont pas l’habitude de manifester, se sont mobilisés pour s’opposer au programme d’accords négociés par l’administration Obama. Et même si le TPP, par sa proche échéance, reste le plus discuté en ce moment, le Tafta reste un grand sujet de débats. Ensemble, nous avons appelé à la fin du secret qui l’entoure et pour un changement des négociateurs.

        La question des tribunaux d’arbitrage privés inquiète beaucoup les opposants européens au traité, notamment en raison du grand nombre de multinationales américaines prêtes à l’utiliser. Est-il autant redouté aux Etats-Unis qu’en Europe selon vous ?
        Les inquiétudes à propos de l’ISDS se sont démultipliées ces derniers mois aux Etats-Unis. Elles ne sont plus seulement l’apanage des syndicats, mais désormais aussi de toutes les organisations que j’ai citées précédemment, sans compter les citoyens eux-mêmes. Tous appellent à la fin de ce système d’arbitrage. La sénatrice Elizabeth Warren, une grande figure progressiste qualifiée de « faiseuse d’opinion », a écrit un pamphlet contre les dangers de l’ISDS qui a permis aux gens de mieux en comprendre les enjeux. Il existe aujourd’hui tout un panel de leaders politiques, de juristes, de membres du Congrès, d’experts et de mouvements populaires, venus de droite comme de gauche, qui se sont unis pour s’opposer aux traités.  

      • Nicholas Winton : mort d'un héros vraiment très discret - 01/01/1970
        Il avait sauvé 669 enfants juifs de Tchécoslovaquie. C'était en 1939. Mais il garda le silence sur cet acte jusqu'en 1988. Sir Nicholas Winton est mort ce mercredi 1er juillet, à l'âge de 106 ans.

        Improprement surnommé « le Schindler britannique », par Tony Blair, Sir Nicholas Winton, qui a sauvé 669 enfants juifs de Tchécoslovaquie, en 1939, s’est paisiblement éteint pendant son sommeil, le 1er juillet à Slough, à l’Ouest de Londres, non loin de Windsor, à l’âge de 106 ans. Contrairement au héros du film de Steven Spielberg, en effet, Winton, né Nicholas Wertheim à Hampstead, un quartier huppé de Londres, dans une famille de juifs allemands émigrés en Angleterre, n’a jamais eu d’illusion sur les nazis. « Notre famille avait recueilli des amis juifs qui fuyaient l’Allemagne nazie, et savait quel sort leur était réservé », explique sa fille Barbara Winton.

        Dans une interview au Guardian accordée l’an dernier, à 105 ans, il se défendait lui-même de toute analogie avec Schindler et y faisait preuve d’une grande modestie : « Je n’ai jamais été héroïque, car je n’ai jamais été en danger », lâchait-il. Or, si sa vie n’a en effet jamais été menacée, il est indéniable que Winton a été extraordinairement clairvoyant, généreux et déterminé.

        Ayant renoncé aux vacances de ski en Suisse qu’il avait programmées, à la fin de l’année 1938, Nicholas Winton, alors âgé de 29 ans, suit un ami socialiste à Prague, Martin Blake, engagé dans le sauvetage des juifs. Ils y passeront trois semaines. Lui aussi membre du Labour, Nicholas Winton, alors jeune courtier à la City, était opposé à la politique d’« appeasement » qui avait conduit aux accords de Munich, signés par Londres et Paris avec Mussolini et Hitler, conduisant à l’annexion des Sudètes, en octobre 1938. Quand les deux jeunes gens arrivent à Prague, la capitale tchécoslovaque était envahie de réfugiés des Sudètes, région frontalière avec l’Allemagne.

        Winton profite alors d’une loi britannique autorisant l’immigration d’enfants de moins de 17 ans, si une caution est déposée et des familles s’engagent à les accueillir. Il ouvre un bureau à Prague, recueille les demandes, obtient les papiers du Foreign office, et organise le départ de centaines d’entre eux dans huit trains. Le neuvième, prévu le 1er septembre, date de l’invasion de la Pologne par Hitler, ne partira jamais, et les deux cents enfants qu’il aurait dû transporter meurent en déportation. De retour à Londres, Winton s’engage comme pilote dans la Royal air force et combat dans ses rangs. Après guerre, il travaille pour la Croix-Rouge et reste toute sa vie actif dans l’humanitaire.

        Le plus étonnant dans l’histoire de ce grand homme et résistant au nazisme est le silence qu’il garda sur ses actes. Ce n’est qu’en 1988 que sa femme Grete, depuis décédée, tomba par hasard sur un dossier contenant les listes et les photos des enfants évacués. Elle contacte la femme du magnat de la presse Robert Maxwell (né juif tchèque), Elisabeth, spécialiste de la Shoah, qui s’empare du dossier. Suite à ses recherches, une émission de télévision organise la rencontre de Winton avec certains des enfants qu’il avait contribué à sauver. L’émotion est immense. Alors septuagénaire, Winton, que l’on n’avait pas prévenu des retrouvailles, minimise son rôle dans ce sauvetage, faisant même mine de l’avoir oublié…

        Anobli par la reine Elisabeth en 2002, décoré par Vaclav Havel, Winton a ensuite fait l’objet de plusieurs documentaires. Voici dix ans, dans un cinéma parisien où l’un d’eux était projeté, le nonagénaire avait conquis la salle par son humour très britannique, sa simplicité et sa modestie.

      • Thomas Thévenoud : la "bête de foire" (cool et sexy) est de retour - 01/01/1970
        Thomas Thévenoud, le très éphémère secrétaire d?Etat au Commerce extérieur, victime de "phobie administrative" l'empêchant de payer ses impôts regrette d'être devenu une "bête de foire". Un malheur qui ne l'empêche pas de s'exposer lui-même dans la presse depuis plus d'un mois dans une opération reconquête avec en ligne de mire les élections législatives...

        « Avant je ne payais pas mon stationnement ». Mais ça, c’était avant. quand il était en cavale (fiscale), pour paraphraser le spot publicitaire pour les lunettes Krys. Parce que maintenant, non seulement Thomas Thévenoud, le très éphémère secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, paie ses factures, mais en plus il le fait savoir. En l’occurrence, sur trois pleines pages de L’Express de cette semaine (photo ci-dessus). L’opération reconquête a commencé. Quitte à piquer deux ou trois concepts aux « marketeux ». Et d’abord celui qui consiste à raconter une histoire.

        C’était dans Libération le mois dernier. Il était une fois Thomas. Thomas a perdu ses copains. Alors il joue tout seul dans les couloirs de l'Assemblée. Il écarte les jambes, en équilibre, les pieds reposant sur des plinthes. Un peu comme dans la pub des jus de fruits Banga, quand un gamin baroudeur fait le grand écart pour échapper aux « crocrodiles » qui s’amassent sous ses pieds. Puis, après sifflé un verre de jus, le danger (comme la soif) disparaît.

        Pour Thévenoud en revanche, la pilule a du mal à passer. Il use d'une autre stratégie, toujours dans Libé. Alors que le fisc a porté plainte pour fraude contre lui, Thomas enlève ses bottes d’aventurier et choisit de revêtir la toge immaculée de la victime : « J’ai-payé-je-continue-à-payer-tous-les-jours-mais-je-refuse-de-payer-pour-les-autres. » Et puis même qu’il a retenu la leçon Thomas. Il a expliqué à sa fille de 7 ans tout plein de trucs : à quoi ça sert les impôts, à payer les routes, les hôpitaux, tout ça. C’est beau la repentance.

        On croyait en avoir fini, que l’intéressé, élu de la République, referait ensuite parler de lui pour son travail. C'est la règle d'habitude pour les parias de la politique : disparaître, revenir par une « interview vérité » et puis montrer que l'on a fait des efforts, qu'on a bossé dur, etc. On nous avait d'ailleurs promis un retour de Thévenoud par la crise des taxis, lui qui avait planché sur le sujet. On y croyait (un peu), mais voilà Thévenoud est donc dans L’Express de cette semaine. Et l'histoire recommence.

        Il était une fois Thomas Thévenoud. Thomas a (toujours) perdu ses copains. Mais son téléphone est à nouveau « assailli » d’appels. Des journalistes qui veulent parler taxis... Alors Thomas est content. Avec ses nouveaux habits politiques, tout propres, Thomas essaye de se faire de nouveaux amis. A la campagne, parce qu’en ville c’est toujours compliqué d'être « une bête de foire » et les copains sont encore fâchés. Justement, les amis des champs ont besoin de réparer le toit de l’église de leur village. Ça tombe bien : Thomas, en tant que député de Sâone-et-Loire, il a une sacrée cagnotte parlementaire. Tout le monde est content et se balade dans le village.

        Et les journalistes de L’Express sont là pour prendre des photos. Et recueillir un nouveau mea culpa de Thomas qui, de son propre aveu, a « été con ». Thomas, il a « déconné », et surtout il dit « qu’il s’excuse » « Je vous présente mes excuses. » Parce que Thomas, il est guéri. Il n’a plus la « phobie administrative », un bobo magique qui a subitement disparu le jour où il a été révélé.

        Alors voilà, Thomas « n’exclut pas de se représenter aux prochaines législatives ». Maintenant qu’il a demandé pardon, qu’il se rachète dans L’Express et Libération, il lui manque quelque chose à Thomas. La pénitence et la rédemption, c’est bien, mais il voulait aussi être cool et sexy Thomas. Alors il va dans L’Obs et il dit (peu ou prou) : « Hey salut les gars ! Vous voulez connaître ma playlist ? » Et L’Obs dit (peu ou prou) : « Ouais, carrément c’est trop super chouette comme idée ! » Alors Thomas, il est content d'avoir accès aux pages « Culture » de l'hebdo. Tellement content qu'il fait cohabiter Serge Reggiani avec George Michael et son sulfureux « I want your sex… » C'est qu'à l'évidence, Thomas, lui, il want your vote !

      • Je suis un Athénien - 01/01/1970
        Pour le Mariannaute Edmond Harlé, "si nous ne faisons rien pour les Grecs, notre lâcheté signera la défaite du progrès social" et "après les Espagnols et les Italiens viendra le tour des Français et même des Allemands". Et puisqu'il n'y a plus "hélas, aujourd?hui, ni un Kennedy ni un de Gaulle pour dire non", "il appartient aux peuples européens de se lever pour dire ensemble au monde : ?Nous sommes tous des Athéniens?".

        Il y a cinquante-deux ans, le 26 juin 1963, face au mur de Berlin, il y eut un Kennedy pour lancer au monde « Ich bine ein Berliner » marquant ainsi la solidarité du monde dit « libre » face à la volonté soviétique d’enfermer les peuples d’Europe de l’Est derrière un mur visant à maintenir leur asservissement. Ce jour-là, la chute du Mur, accélérée par les politiques d’ouvertures de Charles de Gaulle et de Willy Brandt et le charisme de Jean Paul II, était inscrite dans l’histoire.

        Hélas, depuis l'effondrement du bloc communiste, les capitalistes se sont dit qu’ils peuvent maintenant, librement, asservir tous les peuples du monde. Pour cela, il leur faut d’abord détruire les systèmes de justice et de solidarité sociale édifiés en Europe depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Ils ont choisi aujourd'hui de faire un exemple en mettant les Grecs à genoux, en leur imposant de se mutiler eux-mêmes. Hélas, aujourd’hui, il n’y a plus ni un Kennedy ni un de Gaulle pour dire nonComme le peuple grec a courageusement décidé de dire non, malgré la trahison de la classe politique traditionnelle, il va être puni afin de montrer aux autres peuples qu’ils sont obligés de se soumettre à cette régression sociale sans précédent dans l’histoire en dehors des périodes de guerre.

        Hélas, aujourd’hui, il n’y a plus ni un Kennedy ni un de Gaulle pour dire non. Aucun chef d’Etat n’a le courage de dire « Je suis un Athénien ! » à cette ville berceau de la démocratie. Tous les gouvernants européens, derrière Merkel, ont trahi le peuple, l’histoire et les valeurs de l’Europe. Puisqu’aucun chef d’Etat ne le dit, il appartient aux peuples européens de se lever pour dire ensemble au monde : « Nous sommes tous des Athéniens », nous sommes tous pour la justice et la protection sociale. Si nous le voulons, cela est possible. Car ne nous y trompons pas, si nous ne faisons rien pour les Grecs, notre lâcheté signera la défaite du progrès social. Après les Espagnols et les Italiens viendra le tour des Français et même des Allemands et tout espoir de progrès social sera anéanti dans le reste du monde. Face à la lâcheté et à la trahison de nos dirigeants, seul le courage des peuples peut sauver le monde d’un chaos inégalitaire sans précédent dans l’histoire ! Puisque c’est difficile alors, ensemble, faisons-le ! Oui, je suis un Athénien !

      • Alstom vendu aux Américains : retour sur les dessous d'un scandale - 01/01/1970
        L?assemblée générale des actionnaires d?Alstom qui s'est réunie une nouvelle fois mardi a statué sur la rémunération annuelle de son PDG Patrick Kron, mais pas sur la prime de 4 millions d'euros (déjà accordée) que ce dernier entend bien percevoir au titre de ses loyaux services. Entre autres, la vente de la branche Energie d'Alstom au géant américain General Electric. Retour sur une transaction controversée aux allures de scandale d'Etat.
        Patrick Kron donne de sa personne pour défendre un projet dont il est « fier » et qu’il juge formidable : la vente de la branche d’Energie d’Alstom au géant américain General Electrique (GE) pour 12 milliards d'euros, qui s’apparente pour l’intéressé à une perspective « d’avenir » mais qui s'avère être en fait, comme l’écrivait Marianne cet hiver, une très mauvaise opération. Longuement cuisiné, ce mardi 30 juin, dans une interview parue dans le Figaro, Patrick Kron reste ainsi, malgré les critiques, sur des positions qu’il a déjà eues l’occasion d’exposer, en avril dernier, devant la Commission des Affaires économiques, à l’Assemblée nationale. Des positions qui n’ont pas même réussi à convaincre le Figaro, intrigué par « les soupçons qui pèse encore » sur le PDG du groupe en poste depuis 2003… Passage en revue de l'interview et d'un coup de pocker qui conduit la France à perdre l'un de ses derniers fleurons.
         
        Le Figaro : « Des soupçons pèsent encore, en lien avec l’enquête américaine pour des faits de corruption et qui s’est soldée fin 2014 par une amende de 720 millions d’euros. Le premier c’est que cette enquête vous aurait poussé à négocier avec GE parce que vous auriez craint qu’elle ne vous rattrape personnellement… »
        Patrick Kron : « Je suis choqué par [les] insinuations infondées, par [les] sous-entendus grotesques. L’idée selon laquelle il y aurait un lien entre l’enquête du DoJ (le département de la Justice des Etats-Unis, ndlr) sur des faits anciens et l’opération industrielle élaborée avec GE est absurde. (…) J’ai pris une décision courageuse parce qu’Alstom, s’il restait seul, mettait à terme en danger ses salariés. Est-ce que j’en suis heureux ? Non… »

        >>> Ce qu'en pense Marianne : Pourquoi le lien entre l’enquête du DoJ « sur des faits anciens et l’opération industrielle élaborée avec GE » n’est pas « absurde ». D’abord, parce que, sous couvert d’anonymat, « certains cadres » d’Alstom, notamment interrogés par France Inter, affirment l’inverse. « Au sein de l’état-major d’Alstom, je peux vous dire que tout le monde sait parfaitement que les poursuites américaines ont joué un rôle déterminant dans le choix de vendre la branche énergie » explique l’un d’eux, qui poursuit : « Lors des négociations secrètes [ayant conduit à la vente de la branche Energie d’Alstom à GE], curieusement, une personne a été associée tout de suite à la discussion. Il s’agit de Keith Carr, le directeur des affaires juridiques. C’est étrange car normalement sa principale mission c’est de traiter le règlement des affaires de corruption. »

        Outre le rôle trouble du directeur juridique, les arrestations conduites par la justice américaine touchent de très proches de Patrick Kron, notamment celle de Frédéric Pierucci, cadre dirigeant du groupe, l'un des seuls à avoir plaidé coupable pour le contrat de construction de la centrale à charbon de Tarahan en Indonésie (qui a donné lieu aux versements de pots de vin jusqu’en 2009 à travers la filiale américaine d’Alstom), affaire pour laquelle la société Alstom a été condamnée à une amende record de 772 millions de dollars. Arrêté le 15 avril 2013 à l’aéroport JFK, à New York, Pierucci a ainsi été incarcéré pendant quatorze mois aux Etats-Unis dans une prison de haute sécurité avant d’être libéré sous caution. Le JDD qui dresse son portrait à l’été 2014 évoque alors la trajectoire d’un patron « maudit » qui risque gros pour avoir violé le Foreign corrupt practices act (FCPA) qui permet de poursuivre des groupes ou dirigeants étrangers pour corruption : jusqu’à dix ans de prison et une amende pouvant aller « jusqu'à 500 000 dollars par fait reproché. »

        Or, Alstom n’a plaidé coupable qu’à la suite de cette mise en examen, qui en laissait présager d’autres, plus haut dans la hiérarchie. Parmi elles, comme l'a révélé La Lettre A, celle de l'ancien supérieur de Frédéric Pierucci à la direction commerciale d'Alstom Power, un certain Denis Cochet. Le même Denis Cochet qui deviendra le représentant France du Groupe Alstom et qui prendra de ce fait place juste derrière Patrick Kron lors des auditions de la direction d'Alstom à l'Assemblée, devant la commission des Affaires économiques, évoquée en introduction.

        Dans le sillage de Pierucci et Cochet, apparaît également Jean-Daniel Lainé, directeur Ethique et Conformité du groupe de 2006 à 2013, nommé auparavant directeur Conformité pour le secteur Power de 2004 à 2006. Si l’intéressé a échappé à la justice américaine, il vient d’être rattrapé par le Serious Fraud Office britannique comme l’indique une note récemment publiée par l’ONG Sherpa. Selon la dite note, non seulement l’autorité britannique reproche à Jean-Daniel Lainé, en charge de l'éthique du groupe, « des faits de corruption en rapport avec le contrat de tramway de Budapest entre le 1er janvier 2006 et le 18 octobre 2007 » mais les « secteurs visés par le département de la justice américain » et les « périodes » correspondent à celles durant lesquelles Lainé officiait. Autre précision importante apportée par Sherpa : jusqu’à l'année 2013, la direction Ethique dirigée par Jean-Daniel Lainé était directement incorporée au Comité exécutif où trône Patrick Tron depuis 2003. Patrick Kron pouvait-il alors ignorer les affaires de corruption ?

        Comme l’a révélé Mediapart, la direction Alstom n’ignorait néanmoins rien des risques judiciaires encourus aux Etats-Unis puisqu’elle a elle-même fait parvenir à plusieurs dizaines de ses cadres une mise en garde, dès mars 2013, soit un mois avant l’arrestation de Pierucci. L’hypothèse selon laquelle Patrick Kron aurait voulu sauver sa peau et celle de ses camarades, toujours poursuivis, en vendant la branche Energie d’Alstom aux Américains n’est donc pas à exclure. D'autant qu'Alstom a déjà obtenu plusieurs reports du paiement de l'amende de 772 millions de dollars, paiement « exceptionnellement différé de six mois » puis « renvoyé » au 25 septembre 2015 écrit Sherpa et qui n'interviendra en réalité qu'une fois la vente du pôle Energie effective. Rapellons « qu'en principe » l'amende aurait dû être payée dans les « dix jours ouvrés. » Une générosité inattendue outre-Atlantique qui, pour Sherpa, « sème le doute ».

        Surtout, contrairement à ce qu'indique Patrick Kron, l'accord à l'amiable avec la justice américaine a bien mis fin dans les faits aux poursuites pénales contre de nouveaux cadres, Jean-Daniel Lainé en particulier. Et curieusement cet accord à l'amiable avait été signé au lendemain de la validation de la vente à GE en Assemblée générale...

        Côté français enfin, en mars 2015, ainsi que le rappelle l'Obs, toujours devant la commission des Affaires économiques, Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, a publiquement avoué avoir lui-même eu « des doutes » quant aux motifs de la vente  : « A titre personnel, j'étais persuadé du lien de cause à effet entre cette enquête (américaine) et la décision de Kron de vendre, mais nous n'avons aucune preuve » conclut-il. Ont-ils seulement cherché à en trouver ? Certains acteurs du dossier relèvent la présence de Stéphane Fouks, grand ami du Premier ministre Manuel Valls, devenu conseiller en influence et en communication du PDG de GE sur cette acquisition. Tout comme ils notent la nomination de l'ancien directeur général de l'Agence des participations de l'Etat, David Azéma, chez Bank of America - Merril Lynch, c'est-à-dire la banque d'affaires qui conseilla Patrick Kron sur la vente de la branche Energie d'Alstom à GE...

         

        Le Figaro : « L’enquête américaine a-t-elle pu faciliter les choses pour GE, un géant industriel… américain ? »
        Patrick Kron : « Mais comment y aurait-il pu y avoir un complot, alors que les autorités américaines ont appris les négociations entre Alstom et GE par la presse en même temps que tout le monde ? Ces théories conspirationnistes sont absurdes et scandaleuses. »

        >>> Ce qu'en pense Marianne : Patrick Kron, patron emblématique du CAC 40, unanimement salué pour ses immenses qualités joue, ici, la partition du grand naïf. Il n’y a qu’à se rapporter au premier « rapport de contrôle » de la Délégation parlementaire au renseignement (DPR), en 2014, chapeauté par le député PS du Finistère Jean-Jacques Urvoas, pour lire sur le sujet un paragraphe fort instructif, intitulé Un espionnage paré des vertus de la légalité.  On y trouve, la confirmation, s’il en fallait une, du « puissant instrument de prédation » qu’est devenue la justice américaine, véritable arme économique. « La législation américaine, notamment en raison de son caractère extraterritorial, apporte une illustration particulièrement éloquente de cette ambivalence par le biais de la procédure de discovery ainsi que l’existence du deal of justice » expliquent en effet longuement les parlementaires.

        Et de poursuivre : « Dans les faits, une entreprise (dans 90 % des cas, il s’agit d’entreprises étrangères, dont certains grands groupes français à l’image de la récente affaire impliquant la BNP-Paribas) se voit incriminée par le DoJ pour infraction à la loi étasunienne. Cela permet à l’administration d’agiter le spectre de lourdes amendes et de condamnations pénales pour les membres dirigeants de l’entreprise. Pour autant, en dépit de la « lourdeur » des fautes reprochées, elle propose opportunément une transaction avec les autorités administratives compétentes (à l’image de la Securities and exchanges commission, ou de l’Office of foreign asset control). L’entreprise doit alors reconnaître sa culpabilité et négocie le montant de l’amende infligée. En contrepartie, le DoJ renonce aux poursuites  pour une période de trois ans, période pendant laquelle l’entreprise doit faire preuve d’un comportement exemplaire. Pour prouver sa bonne foi, et là réside le principal problème, elle doit accepter la mise en place d’un moniteur en son sein, moniteur qu’elle choisit mais dont la désignation définitive est soumise à l’approbation des États-Unis… »

        Dans le cas d’Alstom la solution a été plus radicale, puisque la branche Energie du groupe a été complètement cédée à son rival General Electric, qui n’a donc plus besoin ni de « moniteur » ni des grandes oreilles de la NSA pour surveiller ses activités. Il n’est pas inutile de préciser par ailleurs que sur l’affaire Tarahan en Indonésie pour laquelle Alstom a été condamné à 772 millions de dollars d’amende, lors de l’appel d’offre, Alstom était en concurrence avec un autre groupe… américain : Foster Wheeler. Le groupe deviendra d'ailleurs partenaire de GE quelques années plus tard dans l'industrie minière.

         

        Le Figaro : « Les enquêtes sur des faits de corruption semblent se multiplier et jettent une lumière trouble sur les pratiques passées d’Alstom. »
        Patrick Kron : « Il y a un certain nombre d’enquêtes en cours, pas une multiplication. (…) Mais les cas soulevés sont très peu nombreux et ne permettent en rien de parler d’un système généralisé ! C’est tout l’inverse. »

        >>> Ce qu'en pense Marianne : Patrick Kron sait jouer au naïf et au comique aussi, mais cela n'a toutefois pas fait rire le vice-procureur général américain chargé de statuer sur l’affaire de corruption indonésienne. Car pour le magistrat, il s’agit bien d’un « système de corruption » et même que ce système « s’étendait sur plus d’une décennie et à travers plusieurs continents. » Un système « singulier de par son ampleur, son audace et ses conséquences dans le monde entier » détaille le vice-procureur.

        Une définition que pourraient reprendre à leur compte les fédéraux brésiliens qui jugent actuellement Alstom pour une autre affaire de corruption de grande envergure, celle du métro de São Paulo, auquel le groupe français a fourni à la fin des années 90 l’équipement énergétique grâce au versement de juteux pots-de-vin, le tout sous couvert de faux contrats de consultants.

        Au Brésil, ces consultants, chargés d’approcher et de soudoyer les décideurs politiques, étaient méthodiquement dirigés par une direction spécifique d’Alstom, « la direction commerciale étranger », comme l'expliquait Marianne. Ou bien encore par « l’International Network », département qui selon l’ONG Sherpa « aidait les filiales à sécuriser des contrats dans le monde » et dont la direction « à partir de 2000 a centralisé les procédures d’approbation des contrats relatifs à l’embauche de consultants. »

        Ainsi le « système » que réfute Patrick Kron n’était-il pas « généralisé » mais quasi institutionnalisé. Malgré les efforts en matière d’éthique d’Alstom, la corruption a par conséquent continué bien après l’arrivée de Patrick Kron en 2003. En témoigne l'affaire de corruption en Indonésie mais aussi l’affaire brésilienne, puisqu’Alstom a continué à distribuer le bakchich à la société off-shore chargée de payer les pots-de-vin au Brésil, après la loi anti-corruption de 2001, selon un extrait bancaire révélé par Marianne. On ne sait d’ailleurs toujours pas, à ce jour, ce que sont devenus les 10 millions de dollars qui dormaient tranquillement dans cette caisse noire brésilienne vidée en 2001 et 2002 via seize transactions...

         

        Le Figaro : « La cession des activités énergie n’est pas précisément une victoire et l’amende américaine a coûté cher. Ne devriez-vous pas renoncer à votre prime de 4 millions d’euros ? »
        Patrick Kron : « Je répète que je suis fier de donner un avenir à l’ensemble de nos activités, même si c’est, pour certaines, à l’extérieur du groupe. Et le conseil d’administration semble le penser aussi puisqu’il a considéré que l’élaboration de ce projet et sa mise en ?uvre justifiaient cette rémunération exceptionnelle. Ce n’est pas à moi de le commenter. Mais je n’entends pas y renoncer dès lors qu’en mon âme et conscience, je considère que c’est légitime. »

        >>> Ce qu'en pense Marianne : Sur la prime de 4 millions d’euros que Patrick Kron entend bien percevoir « légitimement », en son « âme et conscience », à chacun de juger de la qualité du « projet » de revente de la branche Energie d'Alstom à GE, en ayant en tête les quelques éléments que nous venons d'avancer. Notons que Kron n'évoque pas le fait que vingt-et-un autres dirigeants d’Alstom se partageront avec lui un bonus additionnel de 30 millions d’euros (dont 4 millions d'euros sont donc destinés donc à Patrick Kron) et que les actionnaires percevront en dividendes autour de 3,5 milliards d’euros. Chacun se nourrit ainsi sur la bête, quasi morte, qui est promise, estime quant à lui Patrick Kron à un bel « avenir ».

        Le Canard enchaîné de la semaine détaille justement cet avenir lumineux et nous apprend qu’Alstom, dans l’attente de la signature « formelle » de la vente de la branche Energie à GE a commencé à « dégraisser à grand train. » Après la signature de la vente « prévue pour octobre » prochain, les effectifs devront en effet rester stables durant trois ans. En un an, Alstom en a ainsi profité pour réduire de « 5% ses effectifs français » résume le Canard. Pas du tout répond le groupe il s’agit de « départs volontaires. » Une source proche du dossier affirme néanmoins à Marianne qu’en réalité le volontariat ne serait pas toujours de mise : « En interne, c’est la débandade... » 

      • Affaire PIP : l?organisme allemand qui certifiait les prothèses ne paiera pas - 01/01/1970
        Ce jeudi, la cour d'appel d'Aix-en-Provence n'a pas reconnu la responsabilité de TÜV, le certificateur qui a donné son aval à la commercialisation des implants mammaires PIP. En première instance, le géant allemand avait été condamné à indemniser 1 700 victimes.

        Dans le scandale, il est passé presque inaperçu... Et pourtant, c'est bien lui qui apposa le tampon « CE » (pour « conforme aux exigences européennes ») sur les prothèses mammaires PIP durant plus d'une décennie. C'est encore lui qui, ce faisant, autorisa les produits défaillants de Jean-Claude Mas à traverser les frontières, contaminant le marché international jusqu'en Amérique latine. Lui, c'est TÜV Rheinland, le certificateur allemand, une véritable institution outre-Rhin, incarnation de la deutsche qualität qui labellise jusqu'aux centrales nucléaires et aux éléments de certaines éoliennes d’Areva. Une citadelle à l'indépendance jalousement gardée.

        Personne ne s'y attendait mais le 14 novembre 2013, le modeste tribunal de commerce de Toulon, a décidé que TÜV avait « manqué à ses obligations de contrôle, de prudence et de vigilance » condamnant l'entreprise à payer 3 000 euros à chacune des 1 700 victimes (plus de 5 millions d'euros au total). La cour d’Aix-en-Provence vient de rendre sa décision ce jeudi matin : la demande de réparation des victimes est finalement rejetée.

        Mais d'autres procédures sont en cours et selon plusieurs sources, la Caisse nationale d’assurance maladie — qui avait évalué à 60 millions d'euros le coût maximal lié aux retraits des prothèses, qu'elle s’était engagée à rembourser aux Françaises — pourrait elle aussi se retourner contre TÜV. « C'est la plus grande class action internationale de l'histoire ! », se réjouissait pourtant Olivier Aumaître, l'avocat qui a eu l'idée d'attaquer l’organisme allemand devant le tribunal de commerce. La société PIP étant insolvable, TÜV et ses milliards sont donc les seuls à pouvoir payer pour les dommages causés. « Nous sommes confiants, affirmait, avant la décision de la cour d'appel d'Aix, Cécile Derycke, l'avocate de TÜV interrogée par Marianne, pour le moment toutes les juridictions, hormis le tribunal de commerce de Toulon, qui ont analysé le dossier ont statué en notre faveur. Nous sommes les victimes de l'escroquerie de PIP dans cette affaire. »

        "Que sont supposés vérifier les auditeurs quand ils exécutent un audit ? S'il y a une seule erreur dans cette description, je suis mort !"D’après les éléments recueillis par Marianne, le géant allemand avait tout de même du souci à se faire...Dans un e-mail saisi par les gendarmes daté de janvier 2011 (voir document ci-dessus), alors que le scandale a déjà éclaté, le responsable « activité médicale » de TÜV France, visiblement stressé, interroge son supérieur allemand : « J'apprécierais vraiment si vous pouviez répondre précisément à mes questions (…) avant que ce ne soit trop tard pour moi. Que sont supposés vérifier les auditeurs quand ils exécutent un audit ? » Après avoir attribué le label « CE »  pendant plus de dix ans aux implants frelatés, un haut cadre demande encore à sa hiérarchie ce qui doit être contrôlé… Curieux. L'homme a d’ailleurs bien conscience de l'incongruité de la situation, puisqu’il ajoute : « Cela peut sembler étrange, qu'après presque 600 audits, je doive vous poser cette question !! ». A dire vrai, il n'a pas le choix. M. X. sort d'une réunion avec les avocats de TÜV, il lui faut préparer sa défense : « Dans la plainte qui sera déposée dans les prochains jours par TÜV Rheinland contre PIP, le rôle des auditeurs sera décrit en détail (…) y compris ce que j'ai accompli pendant l'audit en 2009 et je crois qu'il y a déjà plusieurs erreurs significatives. S'il y a une seule erreur dans cette description, je SUIS MORT !!! ».

        Un e-mail qui n'inquiètait pourtant pas l'organisme. « C'est plutôt sain et rassurant que l'auditeur se pose la question, nous rétorquait Me Cécile Derycke. C'était un questionnement légitime avant la découverte des détails de la fraude de PIP. » La liste des « fautes et négligences » soulevées par les avocats des victimes était pourtant longue : absence d'audits inopinés et de tests des produits, incompétences des auditeurs qui n'avaient pas connaissance du dossier de conception… A la lecture du dossier d’instruction, on se rend assez vite compte que c'est aussi la question de l'indépendance de TÜV qui était posée.

        Mais les magistrats d'Aix-en-Provence se sont seulement prononcés sur l'obligation de contrôle qui incombait à TÜV. Pas sur les éventuels conflits d'intérêts qui auraient pu naître avec PIP. Il y aurait pourtant eu à matière à s’interroger. Comme tout organisme d’homologation, TÜV était rémunéré par son client pour effectuer les audits. Mais à en croire Deborah Roilette, avocate de plusieurs? centaines de victimes argentines, « dans cette affaire, la distance entre un client et un certificateur semble n'avoir pas été respectée ». L'analyse de la comptabilité révèle ainsi que TÜV faisait payer d'autres prestations que les audits à PIP, notamment des formations techniques destinées aux cadres de la société française. « C'est irrégulier, TÜV n'avait pas le droit de facturer d'autres prestations, il a une obligation d'indépendance et de distance, argumente Me Laurent Gaudon, avocat de plusieurs centaines de victimes, en citant différents textes européens concernant les organismes notifiés. C'est comme si le moniteur d'auto-école était également inspecteur du permis de conduire. Tout un chacun comprendra aisément le conflit d'intérêt dans lequel s'est englué TÜV Rheinland France ». L'organisme se défend par la voix de son avocate : « S'il y avait eu le moindre problème d'indépendance, TÜV ne serait plus aujourd'hui un organisme notifié (qui est agrée pour décerner le label « CE », entre autres, ndlr) ».

        "Nous n'avions pas les mêmes relations avec TÜV et les agences de santé. Nous déjeunions avec les auditeurs systématiquement"Interrogé par le juge d'instruction, l'ancien directeur de production chez PIP a tout de même confessé une proximité évidente avec les auditeurs de TÜV : « Que ce soit l'AFSSAPS (l’Agence française de sécurité sanitaire, devenue l’Agence du médicament, ndlr), la FDA (La Food & drug administration, aux Etats-Unis) ou le TGA (La Therapeutic goods administration, en Australie), ils ont tous trouvé des anomalies notables. Seul TÜV n'a jamais rien découvert d'important ou de grave. Les autres agences ne sont pas rémunérées par PIP. Nous n'avions pas les mêmes relations avec TÜV et les agences de santé. Nous déjeunions avec les auditeurs systématiquement, ce n'était pas le cas avec les inspecteurs des agences. »

        Les liens d'amitié avec les dirigeants de PIP — dont une partie a été condamnée pour escroquerie — perdureront jusqu'après le scandale. En effet, après que la fraude fut mise au jour, un certain nombre d’entre eux songèrent à créer une nouvelle société... d'implants mammaires ! Baptisée Silkare, elle devait être dirigée par le « meilleur ami » de Jean-Claude Mas. Et c’est tout naturellement qu’une ancienne cadre de PIP alla voir un responsable de TÜV France pour que l'organisme certifie les nouvelles prothèses. « Je peux vous dire que pour le projet de reprise il fallait que le TÜV accepte de retravailler avec nous, déclare-t-elle sur procès-verbal. En fait, ils ont accepté. (…) En revanche, il fallait que la direction change. » Malgré le scandale, TÜV était donc prêt à repartir pour un nouveau tour d’audits !

        L'organisme allemand, qui certifie des milliers de marchandises ou de services dans le monde (produits médicaux et financiers, banques, jouets, huile de palme...), a déjà été pris en défaut à plusieurs reprises. Comme l’a rappelé le Monde, « en 2010, une association allemande de consommateurs avait mis en question le sérieux de l'organisme après qu'un étudiant en informatique eut obtenu l'accès à des millions de données personnelles de membres de SchülerVZ, un réseau social pour mineurs dont la sécurité était pourtant “vérifiée par TÜV” ». Deux journalistes allemands du Spiegel ont également listé les défaillances du certificateur dans le contrôle de certains produits financiers, d'un jouet (test de sécurité) et même d'une centrale nucléaire. Mais avec la décision de la cour d'appel d'Aix, PIP ne rejoint finalement pas le lot des objets cassés de TÜV.

         

        Article réactualisé jeudi 2 juillet à 9h40.

      • Soutenons le peuple grec : OXI ! - 01/01/1970
        Sur le blog des Economistes atterrés, Sébastien Villemot salue la décision d'Alexis Tsipras d'inviter son peuple à la table des négociations, rappelant que "jusqu?au bout les négociateurs grecs auront tenté de trouver un accord". Il pointe l'"intransigeance des créanciers" et décrypte leurs man?uvres pour pousser Tsipras à la faute. Surtout, il rappelle une évidence que les éditorialistes français semblent avoir oublié : le "vote oui ne garantit aucunement le sauvetage du pays ni même son maintien dans la zone euro. Les milliards prétendument versés seront immédiatement engloutis dans le remboursement des échéances de dette." Ce qui le pousse à espérer un "non" franc et massif de la Grèce.

        Constatant l’impossibilité d’arriver à un compromis acceptable avec les institutions de l’ex-Troïka, Alexis Tsipras et le gouvernement grec ont annoncé l’organisation d’un référendum le 5 juillet prochain.

        Jusqu’au bout les négociateurs grecs auront tenté de trouver un accord, acceptant de faire de douloureuses concessions sur les objectifs d’excédent budgétaire, les privatisations, la TVA, les retraites… Mais ils ont dû faire face à l’intransigeance des créanciers, qui n’auront rien cédé durant les cinq derniers mois, à tel point qu’il est difficile de parler de négociation pour ce qui fut en réalité un processus à sens unique. Les créanciers ont prétendu imposer ligne à ligne la politique que devait suivre la Grèce ; ils ont refusé de s’engager à négocier un plan de restructuration de la dette grecque ; ils ont refusé de tenir compte de l’échec des politiques qu’ils avaient imposées aux gouvernements grecs précédents.

        Il est dorénavant clair que, depuis le début, le but des créanciers n’était pas de trouver un accord bénéfique pour la Grèce et le reste de la zone euro, mais plutôt de contraindre Alexis Tsipras et Syriza à la capitulation, afin de tuer toute possibilité d’une politique économique alternative en Europe.

        Lire la suite sur le blog des Economistes atterrés

      • Grèce : les vertus de la banqueroute - 01/01/1970
        Faute d?accord avec ses créanciers, la Grèce est aujourd'hui en défaut de paiement. Son système bancaire pourrait s?effondrer dans les jours à venir. C?est peut-être une sacrée occasion à saisir. Déprivatisation des banques, sortie de l?euro, à ce stade, toutes les options, toutes les ruptures sont possibles. Formidable ?

        Jusqu'ici, c'était un scénario fiction. Mais la banqueroute grecque est advenue. Mardi 30 juin à minuit, la Grèce a fait défaut, en outrepassant le délai de paiement de sa dette vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI). Tout le système bancaire grec est désormais suspendu au guichet d'urgence du Emergency Liquidity Assistance (ELA), un robinet de liquidités que la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de maintenir, mais sans en augmenter le volume, et qui pourrait fermer dans les jours à venir.

        Rien ne dit, toutefois, que la banqueroute grecque est vouée à la catastrophe.

        La banqueroute, une tradition française

        « Une faillite d’Etat est finalement assez banale et l’on sait comment gérer le problème de restructuration », témoigne un ancien chief economist du FMI, dans l’essai Vive la banqueroute (2013), copiloté par François Ruffin. « Entre 1500 et 1800, la France a répudié ses dettes en huit occasions », renchérit-il. Depuis le XIXe siècle l’histoire bancaire recense pas moins de… 250 défauts sur la dette ! Et d’ordinaire, après une forte houle, les économies finissent par s'en remettre. Suivant les cas, le recul du PIB s’effacerait trois ans après. Et la période d'austérité, elle, termine froissée, en boule, dans les poubelles de l’histoire économique nationale.

        En France, l’histoire regorge d’exemples allant en ce sens. « La banqueroute est nécessaire une fois tous les siècles, afin de mettre l’État au pair », déclarait par exemple l’abbé Terray, qui n’était pas un fou furieux mais le contrôleur général des finances de Louis XV. Sully, le conseiller d’Henri IV, envoya valser les « dettes illégitimes », en opérant une banqueroute pour assainir les finances du royaume. Mirabeau, à l’Assemblée nationale, choisit de combler le « gouffre effroyable » de la dette publique en « confisquant le patrimoine de l’Eglise ». Et Philippe le Bel, qui ne versait pas dans la demi-mesure, « chassa d’abord ses créanciers du royaume avant de saisir, de condamner, de brûler “les banquiers de l’Occident”… plus radical dans ses actes que Jean-Luc Mélenchon dans ses discours ! », écrit Ruffin. 

        La banqueroute, l’impensé des néolibéraux

        La banqueroute, en règle générale, ce n'est pas une faillite. « C’est la défaillance d’un Etat qui n’exécute pas les contrats d’emprunts qu’il a conclu. » Au moins, c’est limpide. Elle est toujours partielle, ne concerne qu'un type d’actif ou de créanciers, comme le FMI. Mais quelle que soit sa forme, la banqueroute horripile de façon congénitale les tenants de la doxa néolibérale, pour laquelle la répudiation de la dette est en fait un tabou, un mot introuvable dans leur dictionnaire, un non-scénario, un impensé.

        Il faut tout l’?il affuté des économistes hétérodoxes, comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir, pour scruter en profondeur les angles morts de la myopie néolibérale, et envisager les vertus d’un défaut de paiement. Le tout assorti, si possible, à une certaine forme de pugnacité. Car ce sont de sacrés vents contraires qu’il s’agit d’affronter. L’ouragan des éditocrates de tout poil d’abord, dont l’écume matinale s’évanouit avec indifférence et incompréhension sur des options économiques comme la « banqueroute ». Le typhon des créanciers ensuite, qui, derrière le verbiage fait de « solidarité internationale » et de « respect des engagements », masque la misère des peuples et la violence des rapports économiques. Et bien entendu, la bise matinale des toutous économistes, qui répètent à longueur d’émissions qu’il n’y a « pas d’alternative au désendettement », que « la rigueur n’est pas un choix ».

        Comment, face à tant d'épreuves, laisser les écoutilles de son entendement ouvertes au scénario du défaut ? « Doit-on respecter nos “engagements à l’égard des créanciers” ? Ou avons-nous des engagements plus sacrés, à l’égard des trois millions de chômeurs, par exemple, avec le “droit d’obtenir un emploi” inscrit dans le préambule de notre Constitution ? », questionne François Ruffin.

        Dans la configuration européenne, où le système monétaire et économique est gravé, voire fossilisé, dans le marbre des traités, la banqueroute présente de sacrées vertus. Bizarrement, Vive la banqueroute est l’un des rares à se faire l’écho de cette joyeuse nouvelle. « Le défaut, c’est une bonne idée », y lâche Frédéric Lordon, qui aime bien lancer des pavés subversifs dans la platitude de la mare. « Elle a même d’excellentes propriétés si elle s’inscrit dans une stratégie économique globale. » Machiavel est à l’?uvre : après un défaut de paiement, le système bancaire et financier est par terre. L’heure, pour l’Etat, de ramasser les débris de ces institutions en ruine, par la nationalisation complète du système bancaire. Une man?uvre facile, puisqu’en chutant, la valeur financière des banques est tombée à zéro. Avec cette reprise en main, la porte est ouverte à la dévaluation, la refonte du système de crédit…

        Scénario fictif : la banqueroute grecque et le crash bancaire

        Quid de la Grèce ? Lordon s’est livré ce lundi, sur son blog « La Pompe à phynances », hébergé sur le site du Monde diplomatique, à un petit exercice d'économie fiction. Qu’advient-il à l’issue de la banqueroute grecque, si la BCE ferme, comme c’est prévu, ses robinets de prêts d’urgence, les seuls à même de refinancer les banques grecques ? « La fermeture du refinancement auprès de la BCE (via le guichet de l’ELA, ndlr), effondrera le système bancaire grec dans la journée, et forcera, de fait, au réarmement de la Banque centrale grecque », écrit-il. Après la déconfiture du crash bancaire, c’est la Banque de Grèce qui prend le relai du robinet monétaire. Celle-ci émettra ainsi une drachme, non reconnue par la nomenclature européenne, ayant l’apparence de l’euro mais qui n’en sera pas. Voilà qui actera physiquement la sortie de la Grèce de la zone euro, « vouée à s’opérer dans les plus mauvaises conditions », reconnaît l'économiste. 

        Dans cette situation d’urgence, il est possible de limiter les dégâts. De s’épargner la capilotade, à condition de se saisir des leviers économiques. Déjà, la Grèce a mis en place un contrôle draconien des capitaux, en imposant depuis dimanche un bank holiday, qui limite les retraits aux guichets. Le contrôle des mouvements de capitaux devrait être très vite consolidé. Par la suite, « avec la dévaluation carabinée de la drachme qui suivra sa réintroduction, les Grecs y perdront du pouvoir d’achat international. » Devraient s’ensuivre des mesures protectionnistes ciblées, tout en laissant les entreprises grecques avoir accès aux équipements étrangers. Inutile de se voiler la face : les premiers temps devraient « être une épreuve ».

        Le crash consécutif à la banqueroute installera un monde bizarre, où un vrai euro cohabitera avec un euro-drachme, et dont personne ne saura faire la différence. Tout un tas d’ajustements seront à faire, et la période sera rude. Mais, libérée de l’étau institutionnel européen, la Grèce pourra recouvrir immédiatement des marges de man?uvre sur le plan monétaire et économique. Soulagée des 26 milliards d’euros dus d’ici la fin 2015 à ses créanciers, la Grèce en termine avec la cure d’austérité. Elle envoie aussi bouler sa dette publique qui, grâce aux remèdes miraculeux de la Troïka, était passée de 100 % à 176 % du PIB entre 2008 et 2014… Voilà pour la théorie. Dans quelques jours, les Grecs goûteront peut-être à la pratique.

      • Grèce, Libye : les amnésies de Sarkozy - 01/01/1970
        Avant de longues vacances estivales, Nicolas Sarkozy donne un ultime entretien au "Monde" où il délivre, comme souvent, nombre de contre-vérités. Sur la Grèce, en décrétant que ce pays a suspendu son appartenance à la zone euro. Un point sur lequel, Manuel Valls l'a immédiatement repris. L'ancien président assène également ses approximations sur le dossier libyen dont il affirme qu'il y régnait une paix des plus tranquilles après l'intervention française et ne se reconnaît aucune responsabilité dans la déstabilisation du pays.

        Nicolas Sarkozy est un binôme politique à lui tout seul. Le premier mot de l’entretien qu’il accorde au Monde ne trompe pas : « Avec Angela Merkel nous avons beaucoup fait pour que la Grèce reste dans l'euro ». Le ton est donné. En 2017, Sarko nous refera peut-être le même coup, qui a échoué en 2012, du couple franco-allemand. Pour assumer son bilan européen, l’ancien président préfère ainsi se placer sous la tutelle de la chancelière toujours au pouvoir et lui laisser les clés de la maison euro. 

        Plus rapide que son ombre, ou emporté par l’enthousiasme de ses intervieweurs du Monde dont faisait partie le très « syrizophobe » Arnaud Leparmentier, Sarko croit même opportun de décréter prématurément que « la Grèce a suspendu, de fait, son appartenance à la zone euro ». Nous n’en sommes pas là. Jusqu’à preuve du contraire, c’est bien l’Eurogroupe qui a très symboliquement exclu la Grèce de la zone euro en se réunissant en l'absence du ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis.

        Devant les députés, mercredi, Manuel Valls a d’ailleurs accusé Nicolas Sarkozy de jeter de l'huile sur le feu en pleine crise grecque : « En ces heures très délicates de négociation, les choses, reconnaissons-le, restent fragiles. Chaque déclaration compte, surtout quand elle vient de la France », laissant entendre que les propos tenus par l'ancien président n'étaient « pas responsables ». Le chef du gouvernement a en revanche salué les déclarations de trois anciens Premiers ministres, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon qui « savent que dans ces moments-là se joue aussi le destin de l'Europe ». 

        Nicolas Sarkozy devrait, au passage, profiter de ses vacances estivales pour réviser son histoire politique grecque récente. L’ancien président attribue tous les déboires hellènes à l’arrivée de Syriza au pouvoir : « Jusqu'à l'arrivée de Monsieur Tsipras, nous avions des gouvernements grecs qui coopéraient plus ou moins efficacement avec leurs partenaires européens. Depuis, nous avons un gouvernement grec qui refuse toute attitude raisonnable. » L’ancien président fait ainsi très peu de cas des dizaines d’années d’errements politiques passés par la Grèce sous la kleptocratie du Pasok et la dynastie Papandréou.

        C'est que Nicolas Sarkozy a une mémoire très sélective. Pas seulement en ce qui concerne la Grèce. Le temps où Sarko, Cameron et BHL plastronnaient à Benghazi en libérateurs du peuple libyen est bien loin. Aujourd’hui, face à l’afflux des migrants, la porosité des frontières libyennes, le chaos politique dans lequel a sombré le pays, l’ancien président français, doit se justifier sur son ardeur de plus en plus suspecte à faire tomber le Guide Kadhafi.

        "Qui pourrait regretter la présence de M. Kadhafi à la tête de la Libye, un dictateur parmi les plus cruels que cette région ait connus ?"Sarkozy revient ainsi sur les conséquences de cette intervention militaire et revendique sa décision en affirmant que l’immigration n’a pas commencé avec la chute de  Mouammar Kadhafi. « Qui d'ailleurs pourrait regretter la présence de M. Kadhafi à la tête de la Libye, un dictateur parmi les plus cruels que cette région ait connus ? » interroge faussement candide le président des ex-UMP

        Ce que fait mine d’ignorer Nicolas Sarkozy, c’est que le « cruel dictateur Kadhafi » utilisait l'immigration comme un moyen de pression sur l'Europe, ouvrant et fermant le robinet des départs au gré de l'état de ses relations avec l'Italie, ancienne puissance coloniale, réclamant des aides sous la menace d’ouvrir les frontières. Entre 2008 et 2011, le flux des immigrés vers l'Europe a ainsi très sensiblement baissé après la signature d'un traité entre Rome et Tripoli. Par ailleurs, Kadhafi maintenait à flot les institutions et par là même les voies de dialogue. Depuis la chute du régime Kadhafi et, avec elle l'écroulement de toutes les institutions de l'Etat, la Libye est devenue la plaque tournante des trafiquants et milices qui opèrent et en toute impunité. 

        Perfide, un journaliste du Monde glisse néanmoins à l’ancien président de la République : « On ne regrette pas de ne plus le voir dans les jardins de l'Elysée », allusion à peine voilée à la tente de bédouin plantée par Kadhafi dans le parc de l’hôtel Marigny en 2007, quand celui-ci était alors le meilleur ami de Nicolas Sarkozy. Mais Sarko élude : « Vous savez bien que cette visite était une condition mise à la libération d'un médecin palestinien et d'infirmières bulgares qui ont été violées, battues et torturées pendant huit ans dans les geôles de Monsieur Kadhafi. Peut-on me reprocher d'avoir tout fait pour les libérer ? »

        Là encore, la couleuvre est un peu grosse. La libération des infirmières bulgares avait surtout servi de gloriole diplomatico-humanitaire pour Cécilia Sarkozy. A l’époque, l’épouse du président s’ennuie ferme à l’Elysée et se cherche un rôle actif à côté de son président de mari. L’essentiel du travail de libération des infirmières bulgares fut, en fait, « abattu dans l'ombre par la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner » comme l’expliquera l’Express quelques années plus tard.

        En 2007, la France sort surtout le grand jeu pour le Guide en espérant le voir déployer son carnet de chèques. L’entourage de Sarkozy « prédit la vente de 14 Rafale, inexportable joyau de chez Dassault, de 35 hélicoptères, de patrouilleurs, de radars, d'une vingtaine d'Airbus, d'un ou plusieurs réacteurs nucléaires de dessalement d'eau de mer... Autant de marchés de dupes : en fait de Rafale, ce sont des mirages qu'écoule la France. Devant une commission d'enquête parlementaire ou dans les médias, les acteurs de cette mascarade enfilent les à-peu-près, la palme revenant à Hervé Morin, alors ministre de la Défense, pour cette esquive d'anthologie:  “Les contrats militaires n'ont pas été signés en tant que tels.” » On comprend surtout qu'à défaut d'acquérir des Rafale, Kadhafi devait détenir de très nombreux secrets d’Etat...

      • Sortie de l?euro : pour la Grèce, le pire a déjà eu lieu ! - 01/01/1970
        Sur son blog "Gaulliste libre", Laurent Herblay, qui est favorable à la sortie de l'euro, explique que "ce qui est frappant avec le recul du temps, c?est que ce qui était prévu comme apocalyptique en cas de fin de l?union monétaire a été dépassé par ce qui s?est passé avec le maintien de la Grèce : une baisse du PIB de 25 %, un recul du pouvoir d?achat de 30 % et un taux de chômage de 25 % pour Athènes."

        C’est un vieux débat, qui existe depuis que la question de la sortie de l’union monétaire européenne d’un pays est devenue une possibilité. Cette perspective s’étant brutalement rapprochée pour la Grèce, nous avons de nouveau droit à des prévisions dignes des sept plaies d’Egypte. Ridicule.

        Fin 2010, la banque ING s’était essayée à une estimation des conséquences de la fin de l’euro. En France, sur trois ans, le PIB baissait de 10 % et le taux de chômage atteignait 14 %. ING prévoyait une « pression à la baisse des prix et des salaires mais aussi une détente très marquée sur les taux d’intérêt à 10 ans (…) en deça de 1 % ». En Espagne, le chômage atteignait 25,5 %, Jean Quatremer parlant de « coût apocalyptique de l’éclatement de la zone euro ». Dans un cas où seule la Grèce sortait, ING prévoyait une baisse de son PIB de 7,5 %. Sur trois ans, le PIB grec reculait de 10 %, le chômage atteignant 18 %. Ce qui est frappant avec le recul du temps, c’est que ce qui était prévu comme apocalyptique en cas de fin de l’union monétaire a été dépassé par ce qui s’est passé avec le maintien. Les mêmes qui nous disaient qu’une sortie de la monnaie unique serait une calamité pour la Grèce il y a cinq ans nous disent que ce serait à nouveau une erreur aujourd’hui. Mais de même qu’on les contredisait en 2010, le temps a parlé contre eux puisque le maintien dans la zone euro a produit des conséquences bien pires, avec une baisse du PIB de 25 %, un recul du pouvoir d’achat de 30 % et un taux de chômage de 25 % pour Athènes.

        Lire la suite sur le blog « Gaulliste libre »

         

      • Raffarin : "C?est choquant que le FMI impose des comportements qui impactent l?UE" - 01/01/1970
        Raffarin touché par la grâce ! Invité ce matin sur les ondes de France Inter, le sénateur s'est démarqué de certains de ses petits camarades de jeu de l'ex-UMP, appelant notamment à la "solidarité" européenne avec la Grèce. Plus surprenant encore, l'ancien Premier ministre, tenant du "yes" contre le "no" lors du référendum sur le TCE, s'est dit choqué que le FMI, "une force extérieure", impose ses choix à l'intérieur de l'UE. Une redécouverte inopinée de la notion de souveraineté !

        Dans cet exercice de ball-trap sur ce « vilain petit canard » de Tsipras qui, pour les négociateurs de l’ex-Troïka, réalise une triple faute — se rabaisser à tenir ses promesses de campagne, avoir le culot de s’opposer avec vigueur aux injonctions de casse sociale et, pour finir, péché suprême parmi les péchés, demander par référendum ce qu’en pense au juste le peuple grec —, il arrive que certains soient soudainement touchés par la grâce. C’est ce qui semble s’être passé ce matin, sur les ondes de France Inter, avec Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne et ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

        Rassurons-nous, il n'a pas pris sa carte à Syriza, ne s'est pas transformé non plus en tribun appelant le peuple grec à voter contre le plan de « sauvetage » proposé par les créanciers à la Grèce. On le sait depuis le référendum de 2005 sur le TCE et son fameux « Win, the “yes” needs the “no” to win against the “no” » (sur lequel des traducteurs planchent encore), Raffarin est plutôt du grenre à voter « yes » et « re-yes ». En revanche, sa réaction au traitement qui a été infligé à la Grèce est une (heureuse) surprise. Rappelant que « les Grecs ont fait plus d’efforts que les Français » (Thomas Piketty faisait le même constat hier face à Jean-Jacques Bourdin), Jean-Pierre Raffarin s’est nettement démarqué de certains de ses petits camarades de l’ex-UMP qui ne voient dans la Grèce qu'un pays de dangereux « ir-res-pon-sa-bles ». Le sénateur considère d'ailleurs que bouter la Grèce hors de la zone euro « serait une catastrophe » car, explique-t-il, « nous rentrerions dans la spirale de l’échec de la construction européenne. »

        Mais il y a mieux. Réagissant à une question d’un auditeur sur l’intransigeance du FMI face aux demandes grecques, Raffarin, dans une prise de position à laquelle on ne s’attendait pas, a expliqué qu'« une force, aussi légitimite soit-elle que le FMI, extérieure à l’Europe, pourrait pouvoir agir sur les règles intérieures de l’Europe. Ça me choque. » Et de se répéter, au cas où : « C’est toujours un peu choquant de se dire que c’est une force extérieure qui va imposer des comportements qui impactent l’intérieur de l’UE ». Une critique, toute en diplomatie certes, du chantage qu’impose le FMI à chaque fois qu’il intervient dans un pays, un chantage que l'on pourrait résumer ainsi : « Vous voulez de l'argent ? Nous voulons des “réformes structurelles” ! »

        Espérons que Jean-Pierre Raffarin passera le message à sa camarade... Christine Lagarde. Espérons également que, dans sa redécouverte de la notion de souveraineté, il ne participera pas au concert de critiques acerbes qui ne manqueront pas de s’abattre sur la Grèce en cas de victoire du non. Car ce serait alors bafouer, pour le coup, une autre souveraineté : la souverainté populaire grecque.

      • L'Europe est morte, vive l'Europe ! - 01/01/1970
        "Même si l?on colmate la brèche grecque cette fois-ci, personne n?est dupe, c?est fini", écrit Périco Légasse sur son blog. "Le moment est donc venu, selon lui, de se détourner des soins palliatifs qui prolongent artificiellement Eurokenstein pour envisager autre chose. Les perdants laisseront-ils la place ou vont-t-ils s?enfermer un peu plus dans la Bastille de leurs échecs cumulés ?

        Un simple instant de recul et deux doses de hauteur, au vu et au su des causes de la crise grecque, indiquent manifestement que cette Europe-là est morte. Cette Europe des marchés, si chère à Jacques Delors, à José Manuel Barroso, à Jean-Claude Junker (spécialiste de l’évasion fiscale des multinationales installées au Luxembourg), et à tous ceux qui ont affirmé que le dogme monétarisme devait apporter l’équilibre économique à une opération aussi complexe que l’union de près de 20 Etats européens soumis aux aléas d’une devise unique, n’est plus.

        Malgré les colmatages, les rafistolages, les bas de contention et autres extincteurs imaginés par la Commission européenne pour convaincre les opinions publiques que l’UE est un processus irréversible et infaillible, la grande idée de Jean Monnet et Robert Schumann fait penser à ces fusées saturées de technologies dernier cri dont le lancement en grandes pompes finit par un feu d’artifice retentissant sous les applaudissements d’une foule ne pouvant imaginer que le bijou interstellaire vient en fait d’exploser.

        Lire la suite sur le blog de Périco Légasse

      • Sauver la Grèce, c'est sauver l'Europe - 01/01/1970
        "Marianne" lance un appel, signé par une quarantaine de personnalités politiques et intellectuelles, à l'attention des gouvernements et des dirigeants des institutions européennes. Car si nous n'y prenons pas garde, il faudra peut-être bientôt ramasser deux cadavres : celui de la Grèce mais aussi celui de l?idée européenne. Lisez-le, signez-le et partagez-le.
        La Grèce : onze millions d’habitants, 2 % du PIB européen, 4,8 millions de chèvres, une destination de vacances rêvée... Et, depuis le week-end dernier : l’objet d’une vive émotion, d’une solidarité. À table en famille, dans les discussions impromptues au kiosque à journaux, dans les digressions de machine à café : on parle des Grecs et, souvent, on soutient les Grecs. On les soutient contre une Europe qui persiste et signe dans une politique d’airain, qui n’a jusqu’à maintenant pas porté ses fruits et qui semble devenue sourde à l’expression des peuples.
         
        La France a connu cela en 2005. Consultés par la voie d’un référendum, les citoyens avaient rejeté le traité constitutionnel européen. Et pourtant, à Bruxelles, on avait fait peu de cas de cette expression souveraine. C’était il y a dix ans. Depuis, nous n’avons cessé d’en payer le prix. Quelle est la part de ce passage en force dans l’étiolement de l’idée européenne, dans nos niveaux d’abstention électorale historiques ou dans la désaffection amère à l’égard nos représentants politiques ?
         
        Aujourd’hui, avec le cas grec, l’Europe est devant son heure de vérité : elle ne se relèverait pas d’un tel déni de démocratie. C’est ce que ressentent beaucoup d’Européens, quoi qu’ils pensent de la responsabilité des dirigeants grecs et de la nécessité de mettre en place des réformes structurelles. C’est une émotion qui transcende les clivages, et les signataires de notre appel le prouvent.
         
        Bien sûr, nous avons essuyé quelques refus – certains, qui sont pour la fin de l’euro, trouvaient notre texte « petit bras » ; d’autres l’approuvaient en off  mais ne voulaient pas publiquement s’éloigner de la ligne du parti... Mais beaucoup, donc, ont répondu présent : ils ne pensent la même chose ni d’Alexis Tsipras, ni de l’euro, ni des politiques économiques à mener, mais tous se retrouvent autour de la défense de l’expression démocratique sans laquelle il n’y aura plus d’idéal européen.
        Anne Rosencher
         
         
        L'appel de "Marianne"
        SAUVER LA GRÈCE, C'EST SAUVER L'EUROPE

        Qu’on y prenne garde : au-delà du cas grec, de la responsabilité des dirigeants de ce pays et de la nécessité d’y mettre en place des solutions structurelles, c’est l’idéal européen même qui est aujourd’hui en question.

        Si les opinions retiennent de cette crise que l’expression démocratique d’un peuple ne compte pour rien et que des institutions aveugles sont seules habilitées à imposer, par-dessus la tête du citoyen, des solutions quasiment non négociables même si elles ont échoué dans le passé, l’image de l’Europe n’y survivra pas. Et il faudra ramasser deux cadavres : celui de la Grèce et celui de l’idée européenne…

         

        >>> Les premiers signataires :

        Michel Aglietta, économiste, professeur à l’université Paris-X
        Guillaume Balas, eurodéputé PS
        Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale
        Jean-Luc Bennahmias, président du Front démocrate
        Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes
        Dominique Besnehard, comédien et producteur
        Philippe Besson, écrivain
        Jean de Boishue, ancien ministre, ancien conseiller de François Fillon à Matignon
        David Cayla, économiste
        Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, député de Paris
        Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, président de République moderne
        Benjamin Coriat, économiste, professeur à l’université Paris-XIII
        Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, vice-présidente de la région d’Ile-de-France
        Philippe Doucet, député PS du Val-d'Oise
        Julien Dray, vice-président PS de la région Ile-de-France
        Cécile Duflot, ancienne ministre, députée EELV de Paris
        Nicolas Dupont-Aignan, député, président de Debout la France
        Aurélie Filippetti, ancienne ministre, députée PS de Moselle
        Cynthia Fleury, philosophe
        Jacques Généreux, économiste et essayiste
        Henri Guaino, député LR des Yvelines
        Jérôme Guedj, conseiller départemental PS de l’Essonne
        Benoît Hamon, ancien ministre, député PS des Yvelines
        Yannick Jadot, député européen EELV
        Jean-François Kahn, journaliste, cofondateur de Marianne
        Daniel Keller, grand maître du Grand Orient de France
        Chaynesse Khirouni, députée PS de Meurthe-et-Moselle
        Catherine Kintzler, philosophe
        François Lamy, député PS de l'Essonne
        Pierre Larrouturou, conseiller régional d’Ile-de-France, fondateur du parti Nouvelle Donne
        Pierre Laurent, secrétaire national du PCF
        Anne Lauvergeon, PDG d'ALP
        Corinne Lepage, présidente de Cap 21 le Rassemblement citoyen, ancienne députée européenne
        Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris
        Joseph Macé-Scaron, directeur de la rédaction de Marianne
        Dominique Méda, philosophe
        Jean-Pierre Mignard, avocat au barreau de Paris
        Arnaud Montebourg, ancien ministre, vice-président d’Habitat
        Pierre-Alain Muet, député PS du Rhône
        Christian Paul, député PS de la Nièvre
        Jean-Vincent Placé, sénateur de l’Essonne, président du groupe écologiste au Sénat
        Barbara Pompili, députée de la Somme, coprésidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale
        Roberto Romero, vice-président PS de la région Ile-de-France
        François de Rugy, député de Loire-Atlantique, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale
        Danièle Sallenave, écrivain, membre de l’Académie française
        Thomas Piketty, économiste, professeur à l’Ecole d’économie de Paris
        Rama Yade, ancien ministre, conseillère régionale UDI d’Ile-de-France

        >>> Vous souhaitez signer cet appel ? Cliquez ici.

         

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        >>> Retrouvez ce texte et notre dossier « L'euro contre la démocratie » dans le numéro de Marianne en vente en kiosques ce vendredi.

        Il est également disponible au format numérique en vous abonnant ou via  et Android app on Google Play







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      Dernière mise à jour : 11/08/2007