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 LA UNE DES JOURNAUX.info


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HEBDOMADAIRES : ACTUALITÉS


Sommaire
  • L'Express :
  • Le Nouvel Observateur :
  • Le Point : A la une
  • Courrier International
  • Marianne

  • L'Express :

    Site : http://www.lexpress.fr





      Le Nouvel Observateur :

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      Le Point : A la une

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      Courrier International

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      Marianne

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      • La PDG de l'INA s'offre 463 tours du périph' aux frais du contribuable - 01/01/1970
        Après le scandale provoqué par la rénovation du bureau de Mathieu Gallet, estimée à 100 000 euros, la nouvelle PDG de l'INA reprend le flambeau avec ses 40 000 euros de notes de frais en taxis au cours des 10 derniers mois ! Une grande exploratrice qui marche sur les platebandes de Dora...

        Il y a quelques temps, la rénovation du bureau de Mathieu Gallet, estimée à 100.000 euros, avait fait grand bruit et provoqué une grève de plusieurs semaines dans les locaux de la radio publique. Agnès Saal, qui lui a succédé au poste de PDG de l'INA, se retrouve à son tour sous le feu des projecteurs – et des critiques. La raison : celle-ci aurait dépensé pas moins de 40.000 euros en factures de taxis, sur une période de 10 mois. Aouch ! Une révélation problématique pour la présidente de l’INA qui promettait une « gestion rigoureuse » lors de son entrée en fonction : « en arrivant, j'ai prévenu les équipes que je suis janséniste, et que les séminaires dans les châteaux, les grands restaurants... ne sont pas mon truc. »

        Non, son truc à elle, ce serait donc plutôt les excursions en taxi, selon un courrier anonyme adressé aux administrateurs de l’INA. Jugez donc : pas moins de 40 000 euros de notes de taxi ont été déclarées ces 10 derniers mois. Une passion qui semble être ancrée dans les gènes, puisque 6700 euros sont à imputer au fils d’Agnès Saal, une « maladresse » qu’elle a fini par rembourser. Sur cette somme, il faut également compter 7000 euros de frais d’abonnement à la compagnie de taxis G7. Ce qui nous laisse 26 300 euros de frais pour les seuls déplacement de la nouvelle présidente janséniste de l'INA. De quoi s’organiser des belles balades… En partant du postulat que le tarif de la course est à chaque fois le plus élevé, soit 1,56 euros par kilomètre, Agnès Saal a vadrouillé sur plus de 16.900 kilomètres. Voici notre best-of des voyages à faire en tacot aux frais du contribuable. Peut-être une idée pour sa prochaine reconversion, les taxis tours d'Agnès...

        La route de la soie

        Vieux de 2000 ans, cet ensemble de routes commerciales reliait la ville de Xi’an, en Chine, à Rome. Un voyage mythique pour une Agnès Saal sur les traces de Marco Polo. Celle-ci aurait pu se payer un aller retour en taxi. 

        Le Transsibérien

        De Moscou à Vladivostok, la distance est peu ou prou la même en voie ferrée (9288 km) ou en bitume (9335 km). Une très longue excursion pour une Agnès Saal sur les traces d'un train de légende.

        La Route 66

        2 voyages aller-retour en Harley Davidson, de Chicago à Santa Monica, pour une Agnès Saal sur les traces de Dennis Hopper et Peter Fonda.

        La Route des Grandes Alpes

        Pas moins de 12 allers-retours sur cette route qui traverse les Alpes françaises du nord au sud en passant par 16 cols de montagne pour une Agnès Saal sur les traces du Touring-Club de France.

        Sinon, dans le triste cas où Agnès Saal ne soit pas la grande exploratrice que l'on imagine et n’ait pas quitté la capitale, le budget taxi représente tout de même 463 tours complets du boulevard périphérique parisien.

      • Pascal Bruckner: « On supprime le latin, le grec et l?allemand pour leur donner du Jamel Debbouze » - 01/01/1970
        Une "reddition", c'est ainsi que Pascal Bruckner qualifie la réforme du collège proposée par Najat Vallaud Belkacem. Le philosophe moque notamment cette école qui institue le cancre comme référence et craint que l'utopie négative de Michel Houellebecq dans son roman Soumission ne devienne notre réalité.

        Dans un entretien au Figaro, le philosophe Pascal Bruckner dit tout le mal qu’il pense de la réforme du collège initiée par Najat Vallaud Belkacem. : « On leur supprime le latin, le grec et l'allemand pour leur donner à la place du Jamel Debbouze. L'école devient le véhicule de l'ignorance et non du savoir ». 

        L’essayiste moque notamment cette école qui institue le «  cancre comme le grand dénominateur commun de la classe » et la novlangue pédagogiste dans laquelle nager devient «se déplacer de façon autonome dans un milieu aquatique profond standardisé». « On touche le fond ! » conclut Pascal Bruckner. 

        Sur le fond, justement, le romancier s’inquiète particulièrement de la mise en place de programmes d’histoire sans chronologie ou encore de l’enseignement de l’islam « obligatoire » quand les lumières deviennent optionnelles : « elles sont au fondement même de la culture laïque contemporaine. Que l'on soit de gauche ou de droite, croyant ou pas, c'est durant cette période que se noue la modernité. Faire l'impasse sur celle-ci me paraît aberrant. Il est vrai que dans certains quartiers, il est désormais impossible d'enseigner la Shoah en raison du conflit israélo-palestinien ou encore Madame Bovary qui soulève la question de l'adultère. La réforme tend à cajoler les éléments les plus rétifs du système éducatif au lieu de les assimiler ».

        Autant de réformes sans doute envisagées comme  des signes d’apaisement après les attentats de janvier mais qui sont selon le philosophe une « reddition ». Et de s’en référer au livre de Michel Houellebecq Soumission « une utopie négative pour que nous n'empruntions pas ce chemin. Mais la réalité pourrait rattraper la fiction beaucoup plus vite que prévu » selon Pascal Bruckner.  

      • Loi sur le renseignement: enfumage parlementaire sur les lanceurs d?alerte - 01/01/1970
        Lors de l'examen de la nouvelle loi sur le renseignement le député PS Jean-Jacques Urvoas, rapporteur du projet de loi, a fait adopter un amendement proclamant la création d'un statut de "lanceur d'alerte" pour les membres des services de renseignement. Revendiquant une filiation avec l'affaire Edward Snowden, du nom de l'ex-analyste de la NSA, le dispositif législatif se révèle surtout être une vaste entreprise de communication.

        Quand les parlementaires se mettent à faire de la communication pour la rédaction d’une loi, cela peut donner lieu à de sacrés imbroglios. A l’image de l’amendement 388 adopté le 13 avril par les députés de l’Assemblée nationale en première lecture du Projet de loi sur le renseignement. Improprement nommé amendement « lanceur d’alerte » par certains médias, l’exposé sommaire – sans valeur juridique – claironne que « l’affaire Snowden a démontré la nécessité de créer les conditions pour que des agents puissent dénoncer des abus commis par les services de renseignement ». L’amendement 388 « crée donc un statut de lanceur d’alerte et lui offre les protections déjà créées par des dispositions législatives du même type ». Rien que ça. Après avoir forcé à faire atterrir à Vienne, le 2 juillet 2013, l’avion du président bolivien Evo Morales. La France aurait-elle décidé de se racheter une conduite, à peu de frais, après avoir fermé son espace aérien, comme d’autres pays de l’UE, simplement parce que les Etats-Unis soupçonnés un président Sud-Américain d’abriter l’ex-analyste en fuite Edward Snowden ?

        « C’est une approximation parlementaire, le terme de lanceur d’alerte est erroné, corrige Eric Denécé directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Même avec cette loi Edward Snowden ne pourrait pas révéler à la presse les dérives de services de renseignements. Cela se fait en interne. » Dépositaires d’informations protégées au titre du secret de la défense nationale, les membres des services secrets ne pourront adresser leurs doléances qu’à la future Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). Difficile d'imaginer, dans ces conditions, un Edward Snowden français décider d'aller exprimer ses doutes sur d'éventuelles dérives intérieures. « On fait reposer des contrôles sur une commission qui n’aura pas les moyens de le faire, déplore Adrienne Charmet, coordinatrice des campagnes de la Quadrature du Net, une association de défense des internautes et de la neutralité du Net. Nous considérons que le contrôle de la CNCTR est trop faible. Leur avis n’est que consultatif. » L’ancien officier des services de renseignement, Eric Denécé, voit lui un progrès incontestable dans l’ouverture de cette possibilité. « Aux Etats-Unis, ce genre de dispositif de signalement des dérives n'existe pas. Toute la notion d’éthique prend pied dans le renseignement intérieur avec cet amendement. C’est une garantie supplémentaire pour la population et les personnels des services, du respect d’une déontologie du renseignement. »

        La future CNCTR sera composée de treize membres : trois députés, trois sénateurs, trois membres du Conseil d’Etat, trois magistrats de la Cour de cassation et une personnalité qualifiée désignée par l’Arcep, le gendarme des télécoms. En outre, la loi protège le fonctionnaire de police contre toute sanction disciplinaire quelle qu’elle soit. A noter que la nouvelle disposition législative n'autorisera que les membres du renseignement intérieur à opérer des signalements. Toute autre personne non-dépositaire de documents relatifs à la défense nationale mais se risquant à les divulguer, sera passible d'une infraction pouvant aller jusqu’à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

        La future commission aura donc fort à faire pour convaincre les opposants au Projet de loi sur le renseignement. Convaincre sur ses capacités réelles d’investigation, et surtout, sur son réel contrôle des techniques de renseignement.

      • Juge Bao, l'incorruptible - 01/01/1970
        Un manhua retrace l'épopée d'un juge inflexible du XIe siècle. Une BD virtuose qui plonge le pinceau là où ça fait mal : dans les jeux de pouvoir et d'argent.

         >>> Article paru dans Marianne du 17 avril

        La BD chinoise, contrairement à la japonaise, l'américaine, la belge ou la française, n'est que balbutiante. Non pas que l'empire du Milieu manque de dessinateurs, il en existe d'excellents, ce serait plutôt les plumes pour raconter des histoires de manhua, l'équivalent chinois du manga japonais mais au format à l'italienne et à la lecture de gauche à droite, qui feraient défaut. C'est pourquoi la jeune Chinoise Ge Fei Xu a créé, en 2009, les éditions Fei, avec l'envie de faire connaître sa culture, en instaurant une synergie entre dessinateurs chinois et scénaristes français. Sa première réalisation, Juge Bao, une BD hors normes présentée au festival d'Angoulême en 2010, a suscité, sans publicité aucune, un engouement encore intact. Des confréries de fans se sont même constituées autour de la recréation de ce personnage illustre, qui a arpenté les comtés corrompus de la Chine médiévale de l'empereur Renzong de la dynastie des Song du Nord, accompagné d'une unité d'élite composée de personnages historiques - Zhan Zhao, expert en arts martiaux, Bao Xing, page, Gongsun Ce, médecin légiste, et Wang Chao et Ma Han, commandants d'une vingtaine de soldats parmi les plus aguerris. Le « GIGN de l'époque », selon le scénariste Patrick Marty.

        Thriller politique et social

        Des fans, aujourd'hui tristes de devoir laisser partir, avec la parution du sixième, brillant et dernier volume, ce magistrat du XIe siècle, incorruptible et implacable, véritable héros national, qui a traversé les siècles grâce à la tradition orale, le théâtre et l'opéra, aux pages calibrées des livres d'histoire. L'originalité de la vision de l'habile scénariste Patrick Marty, qui pense, à présent, donner un prequel à son humaniste juge Bao, est de faire de chaque épisode un thriller politique et social, en entremêlant sombres et violentes intrigues à tiroirs et problématiques toujours actuelles - trafic d'influence, détournement de fonds publics, spéculation immobilière, potentats locaux autocrates... - dans lesquelles le petit peuple, écrasé de taxes, ne cherche qu'à subsister face à l'avidité des puissants.

        L'originalité tient aussi au dessin virtuose, impressionnant et hyperréaliste en noir et blanc du Chinois Chongrui Nie. Il utilise une technique ancestrale, celle de la gravure type carte à gratter, qu'il réactualise à la plume numérique et au pinceau ; elle lui permet de réaliser des planches d'une grande précision, riches en détails.

        L'originalité, enfin, de cette série à succès, qui s'est vendue à plus de 50 000 exemplaires, tient au petit prix de chaque volume : 8,90 €. Ce qui, dans la situation actuelle du marché de la BD, dénote une réelle volonté de placer à la portée du plus grand nombre une ?uvre de qualité tout autant que de transmettre l'image dépoussiérée d'un symbole de cette justice inflexible, qui a tant de mal à s'incarner à notre époque.

        Juge Bao, l'impératrice oubliée, de Patrick Marty et Chongrui Nie, éditions Fei, t. 6, 155 p., 8,90 €.
        Coffrets collector t. 1 à 3 et t. 4 à 6, 45 € chacun.

      • Campagne, provence et gourmandise - 01/01/1970
        Un bistrot déjà fameux qui donne toute leur mesure aux ingrédients régionaux, sublimant des recettes classiques sans flonflons ni grosse addition.

        > > > Article paru dans Marianne, daté du 17 avril

        Après une année d'ouverture et quelques essuyages de plâtre, la petite paysanne de Flassan a gagné son pari, le bistrot de campagne posé entre vigne et garrigue est devenu la meilleure table des environs de Carpentras. On s'étonnera toujours que cette partie si charmante du Comtat Venaissin, pourtant bien dotée en producteurs de qualité et en paysages gustatifs, ne compte pas davantage de bonnes auberges. L'arrivée de ce jeune cordon-bleu fut donc accueillie comme une bonne nouvelle pour cette cité victime d'amalgames politiques et de médisances d'un temps révolu. Forte d'un passé historique encore gravé dans sa pierre, Carpentras est une ville où il fait bon vivre, bien lotie en artisans de qualité et toujours prête à dévoiler son âme provençale à ceux qui prennent le temps de l'investir. Installés dans une maison lumineuse et fleurie, Camille Stabholz et son compagnon Richard Biju font souffler un mistral de gourmandise sur leur coin de paradis. Elle aux fourneaux et lui en salle, ce couple affable et souriant joue la carte d'une prestation tournée vers le local, la saison et l'authenticité en veillant à ne présenter que des additions soucieuses d'embellir la fin du repas.

        Formée par de bons maîtres, la patronne sait choisir le produit qu'il faut au moment où il le faut, et, avec mesure et sagesse, en faire ressortir l'excellence sans jamais forcer sur l'ego du chef, comme on le constate trop souvent chez certains gâte-sauce très pressés de marquer leur passage ici-bas. Trop sûre d'elle pour dévoyer son talent avec des subterfuges, Camille écoute son marché du jour lui donnant le bon tempo, la juste nuance, l'exacte combinaison, le cadre verdoyant de ce cabanon rural ajoutant une dose de quiétude aux douceurs de l'instant. Le printemps s'installant sur ce terroir béni, la cuisinière aime jongler avec le potager, la basse-cour et la mer. L'influence d'une maman d'origine italienne se manifestera au travers d'une burrata au pistou, cresson et pain à l'ail, ou de subtils gnocchis à la tomate et au parmesan. Sa main alerte et précise déposera dans l'assiette d'exquis artichauts farcis à la provençale ou une véritable salade niçoise apprise sur les bords de la baie des Anges.

        GRÂCE ET DÉLICATESSE

        Marquée par son pays, acquise aux traditions qui ont nourri ce peuple jovial et hospitalier, Camille excelle dans la préparation de l'aïoli de cabillaud, tout en ferveur, et de cette merveille que sont les pieds et paquets à la provençale, à peine réajustés par une nuance de grâce pour en faire ressortir la délicatesse. Mais elle sait aussi affirmer son goût personnel avec des spécialités telles que son foie gras mi-cuit en bocal au chutney de fruits secs et brioche maison, bel instant de gastronomie, ou son loup bio des îles du Frioul, issu d'une ferme aquacole modèle au large de Marseille, simplement cuit au four. Nul ne peut résister en épilogue à son « baba'rhum » et carpaccio d'ananas aux épices et glace à l'ananas rôti. Toujours prompt à exaucer les désirs d'une clientèle portée à l'assiduité et à bichonner les gourmets, Richard a toujours en réserve le flacon donnant la plus judicieuse réplique aux mets de sa tendre épouse. Une histoire d'amour qui se raconte au c?ur de l'assiette.

        Camille, 2598, chemin de la Lègue, 84200 Carpentras. Tél. : 04 90 66 87 80. Menus à 31 et 36 €. Carte : 40-60 €. Fermé le dimanche soir, le mardi soir et le mercredi.

      • L'oreiller de la belle aurore - 01/01/1970
        Chef-d'?uvre bicentenaire de notre patrimoine gastronomique, cette spécialité lyonnaise consacre le triomphe de la cuisine classique dans la pérennité historique tandis que les émulsions contemporaines s'évanouissent comme une promesse électorale.

        >>> Article paru dans Marianne du 17 avril

        En faisant inscrire «A toutes les gloires de la France» sur le fronton du château de Versailles après avoir offert ce symbole de la monarchie au pays pour en faire un musée, le roi Louis-Philippe Ier décidait, par ce geste de réconciliation nationale, de rendre hommage à tout ce qui justifie que l'on soit fier d'être français. D'autres monuments, toutes disciplines et époques confondues, justifient que l'on soit fier d'être français. Dans un désordre bien venu : le Mont-Saint-Michel, la basilique de Vézelay, le château de Chambord, le Pantagruel de Rabelais, les Essais de Montaigne, la Comédie humaine de Balzac, les Misérables de Victor Hugo, A la recherche du temps perdu de Proust, la Symphonie fantastique de Berlioz, le Boléro de Ravel, Cyrano de Bergerac de Rostand, la Grande Illusion de Jean Renoir, les Tontons flingueurs de Georges Lautner, Sous le soleil de Satan de Pialat, la Traction avant Citroën, le Concorde, le TGV, l'Institut Pasteur, l'Inao, Médecins du monde.

        On citera aussi l'édit de Nantes, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, le «J'accuse... !» de Zola, l'appel du 18 Juin. Et puis ce qui relève de notre patrimoine alimentaire et sensoriel, à commencer par le camembert, le comté, le roquefort, Château d'Yquem à Sauternes, le grand cru Musigny en Bourgogne, le champagne Salon au Mesnil-sur-Oger, mais aussi Antonin Carême, Auguste Escoffier, Fernand Point et Paul Bocuse. C'est ici qu'il convient de citer le plus glorieux de tous les plats du répertoire gastronomiques français : l'oreiller de la belle Aurore. Un authentique monument culinaire, né à Belley, dans le Bugey, charmante contrée située entre la Bresse et la Savoie, dont la capitale, Nantua, a donné son nom à une sauce réputée, mais aussi patrie d'Anthelme Brillat-Savarin, auteur d'un traité fondateur sur la physiologie du goût édité en 1825, et, plus récemment, de notre éditorialiste Jacques Julliard. L'oreiller de la belle Aurore relève à la fois de la légende et de l'histoire, à ceci près qu'il existe en chair et en os, on ne peut mieux dire, et que de grands chefs continuent à le préparer avec la dévotion d'un prélat pour une relique sacrée.

        D'une complexité et d'une richesse inouïes, cette recette semble avoir été conçue par un architecte médiéval tant sa composition évoque les étapes de l'édification d'une cathédrale. Bien qu'il y ait eu quelques adaptations depuis le XIXe siècle, ce mets consiste en un immense pâté en croûte, en forme d'oreiller, terme qui n'est pas déplacé, dans lequel intervenait au départ un incroyable panel de gibiers nobles comme la caille, le ramier, le faisan, le perdreau, le canard colvert, le lapin de garenne, le lièvre, le chevreuil, la biche, le marcassin, auxquels il convient d'ajouter du foie gras d'oie, de la volaille de Bresse, du canard mulard, du ris de veau et de la truffe. N'en jetez plus, Gargantua n'aurait pas dit mieux. C'est dire le savoir-faire dont doit faire preuve l'artisan qui se risque à relever ce défi, les différences de textures des ingrédients impliquant une maîtrise parfaite des modes et temps de cuisson, des assemblages et des assaisonnements de chacun. Ainsi, selon le talent du préparateur, les résultats sont des plus variés. Mais quel fou a inventé une telle merveille ? Il n'y a qu'en France que l'on trouve une passion aussi pugnace ! Une légende vivante, relatée par Lucien Tendret, avocat et gastronome belleysan, neveu de Brillat-Savarin, qui s'intéressa à la genèse de ce plat. Tendret nous raconte que l'oreiller de la belle Aurore fut un message d'amour adressé par le cuisinier d'Anthelme Brillat-Savarin à la mère de ce dernier, Claudine Aurore Récamier, pour lui faire comprendre, au travers des délices de poil et de plume que suggère ce philtre gustatif, qu'il aurait bien partagé un coin d'oreiller avec elle. On savait la femme fort belle et friande de petits oiseaux sauvages. Ne pouvant déclarer sa flamme verbalement, l'amoureux le fit savoir en saveurs. L'intitulé poétique du mets participe de la trilogie culinaire des pâtés du Bugey, avec le chapeau de Mgr Gabriel Cortois de Quincey et la toque du président Adolphe Clerc. Il faut être inspiré de la toque pour introduire autant de lyrisme dans le nom d'une charcuterie. L'oreiller de la belle Aurore est actuellement préparé à partir de deux farces, l'une de foies de volaille, de chair de perdreau, de champignons et de truffes, l'autre de tendron de veau et d'échine de porc, auxquelles on ajoute des filets de noix de veau marinés, des blancs de poulet, des ris de veau blanchis, des aiguillettes de perdrix et de canard et un râble de lièvre. C'est par excellence un plat de saison puisqu'il dépend de la chasse. La tradition lyonnaise, où il demeure un emblème, veut qu'il soit servi durant les repas de fin d'année. Son apparition sur les tables constitue un événement majeur.

        UN OPÉRA DE GOURMANDISE

        Ce plat qui fascine gastronomes et cuisiniers depuis près de deux siècles est un chef-d'?uvre absolu. Quel mets peut-il rivaliser, en ancienneté et en notoriété, avec l'oreiller de la belle Aurore, en suscitant un tel engouement ? Aucun. Celui que Paul Bocuse sert dans son auberge de Collonges-au-Mont-d'Or est un moment d'anthologie, un tableau aromatique assorti d'un joyau saucier. Le phénomène mérite que l'on fasse le pèlerinage une fois dans sa vie pour ne jamais l'oublier. Outre sa présentation et son dressage, qui relèvent du rituel magistral, surtout si officie François Pipala, premier maître d'hôtel de Bocuse et dernier des chorégraphes virtuoses du service de salle, l'esprit, le contenu et la conception de l'oreiller en font une institution politique dans l'univers culinaire français. Ils renvoient au statut de nains furieux et de clowns agités les saltimbanques du prévomi moléculaire et du salmigondis techno-branché, encensés par un Guide Michelin ayant remplacé la sole Bernard Pivot par le surimi Cyril Hanouna.

        Comme en littérature, il y a les mixtures qui passent et les ?uvres qui perdurent. Celle-ci régale cette nation depuis six générations. Aussi la savoure-t-on en trinquant à toutes les gloires de la France.

      • Tapie : « Sarkozy n'a pas mis un petit doigt dans mes affaires » - 01/01/1970
        Invité du grand rendez-vous d'Europe 1, Bernard Tapie a encore pesté contre tous ceux qui cherchent à éliminer Sarko, mais en épargnant très prudemment de taper sur François Hollande qu'il n'a pourtant jamais épargné. C'est que Tapie est convoqué par la justice dans quelques jours dans l'affaire de l'arbitrage qui lui a permis d'obtenir 403 millions d'euros.

        Peyrelevade, un « escroc », son nouvel avocat, un virtuose de l'arbitrage qui va lui permettre de garder son magot, sa nouvelle passion pour la presse, sa famille, ses envies de suicide et toujours un peu de politique.

        Si son chouchou reste Nicolas Sarkozy, cela n'a rien à voir -non de non !- avec des services prétendument rendus : « Sarkozy n'a pas mis un petit doigt dans mes affaires » a tonné Bernard Tapie, beaucoup plus calme qu'à l'accoutumée.

        L'ancien ministre l'a d'ailleurs joué très prudent avec l'exécutif en place: « Depuis le début de l'année, j'ai l'impression qu'on a un président de la République et avec Valls on a enfin un premier ministre à Matignon, ce qui n'était pas le cas avec Ayrault ». D'ordinaire beaucoup plus virulent avec l'équipe Hollande, désormais Tapie est fan des deux candidats susceptibles de représenter leurs camps en 2017 à gauche et à droite. Bernard Tapie a, par ailleurs, révélé qu'il avait été convoqué par la justice dans quelques jours l'affaire de l'arbitrage annulé suite à la vente d'adidas. Peut-être y-a-t-il là un rapport de cause à effet ?  

      • La générosité low-cost - 01/01/1970
        Choisir un cadeau d'anniversaire, s'engager en faveur des bébés phoques ou passer plus de temps avec Mamie : on aimerait bien... Mais ça prend trop de temps, et puis franchement, ce n'est pas glamour. Grâce à une ribambelle d'innovations technologiques, nous pouvons enfin faire semblant d'être sympa, sans avoir trop d'efforts à fournir. Chronique de la modernitude des choses.

        Ce n’est pas que nous sommes opposés au concept de gentillesse. Par définition, tout le monde trouve que c’est sympa d’être sympa. Ce serait plutôt que nous avons autre chose à foutre. Car être sympa, ça prend du temps, et le temps, tout le monde en manque. Heureusement, les innovations technologiques nous permettent de simuler la générosité, tout en nous dispensant de ses inconvénients.

        Faire un cadeau à un ami pour son anniversaire, par exemple, voilà une attention délicate. Sauf qu’en pratique, c’est un authentique chemin de croix. Il faut anticiper la date de l’anniversaire, réfléchir à ce qui pourrait faire plaisir, noter des options, consulter d’autres personnes pour éviter le doublon ou la faute de goût, repérer les lieux d’achats potentiels, insérer le déplacement dans son calendrier, et enfin, ne pas oublier ledit cadeau le jour de la célébration. Dans ces conditions, on a vite fait de conclure que l’ami en question ne mérite pas tant d’efforts. On ne cherche plus de cadeau, on renonce aux fêtes d’anniversaires, on s’isole, et on finit aussi triste et désabusé qu’un personnage de Michel Houellebecq. Funeste destinée.

        Mais à tout problème, la modernitude a une solution. Pour s’épargner le calvaire du cadeau d’anniversaire, il existe désormais la cagnotte Leetchi. Le principe est simple, il s’agit d’un appel aux dons que vous recevez par mail ou via Facebook. Comme pour acheter un billet de train en ligne, vous n'avez qu'à dégainer votre carte bleue. Vous choisissez le montant de votre contribution, et astuce, vous pouvez même en cacher le montant pour que personne ne sache que vous êtes une pince. Le jour de son anniversaire, l’heureux bénéficiaire récupère la totalité de l’argent versé par virement bancaire. Ce n’est certes pas très chaleureux (concept obsolète), mais c’est propre et efficace.

        Autre exemple. Sauver les bébés phoques, c’est vraiment sympa. Mais c’est compliqué. Comme toute implication dans une cause environnementale ou philanthropique, le sauvetage de bébé phoque nécessite du temps, de l’investissement personnel, voire de la passion (concept obsolète bis).

        La modernitude voudrait au contraire que l’on puisse afficher son soutien à toutes les bonnes causes de la terre sans bouger de son siège de bureau. Et ce serait encore mieux si on pouvait le faire sans débourser un centime, tant qu’à faire. Et bien c’est désormais possible, grâce à Change.org, qui propose aux citoyens une sorte d’engagement politique et humanitaire low-cost. Autobaptisé « la plateforme mondiale pour le changement », le site vous envoie dix pétitions par semaine que vous pouvez signer en deux temps trois clics. Pour ou contre les morts en Méditerranée ? Contre, bien sûr. Hop, deux clics. Pour ou contre une condamnation à mort pour un message publié sur Facebook ? Mmmmh, contre ! Deux clics. On doute que ça change quoi que ce soit aux problèmes des bébés phoques ou des migrants en Méditerranée… Mais comme c’est l’occasion d’avoir bonne conscience à peu de frais, on aurait tort de s’en priver.

        Jouer avec son enfant, ou passer du temps avec Mamie qui ne reconnaît plus personne, c’est sympa aussi. Mais là encore, c’est vraiment trop contraignant. Bonne nouvelle, des robots peuvent endosser ces corvées à notre place ! Nos camarades japonais ont développé un robot en forme de phoque (animal décidément sympa) qui par sa seule présence aurait la capacité d’apaiser les angoisses et de réduire l'agressivité des malades d'Alzheimer. Et pour les enfants, la poupée connectée Cayla répond aux questions idiotes qui font regretter le temps béni du stérilet. « C'est quoi un reptile ? »« Les reptiles sont des animaux terrestres à température variable et au corps recouvert d'écailles ». Implacable, et tellement pratique.

        Et avec tout ce temps que ces inventions nous ont fait gagner, on peut enfin s’appliquer sérieusement à exploser les scores au Candycrush. Vive le progrès.

         

      • Contre le nouvel ordre moral - 01/01/1970
        Chaque époque se fait une idée qui lui est propre du bien et du mal, et surtout du mal radical. La tâche des partisans de la liberté est de s'opposer à la transformation de la morale dominante en un ordre moral qui la soumet toute entière à un arsenal légal. Dans un pays démocratique, le mal lui-même, ou plutôt ses auteurs, ont droit à des garanties juridiques.

        La République marche sur la tête et le gouvernement aussi. C'est se moquer de « l'esprit du 11 janvier » que de réduire, au nom de l'antiracisme, la liberté de la presse. C'est se moquer de Charlie Hebdo que de préparer une loi qui enverra plus souvent que naguère Charlie Hebdo devant les tribunaux. C'est un peu fort de café : je n'ai pas défilé le 11 janvier dernier pour remettre en cause la grande loi républicaine de 1881 sur la presse et la liberté d'expression ! Cela s'appelle l'ordre moral. Et c'est la gauche qui prétend nous ramener à l'ordre moral !

        De quoi s'agit-il ? En raison de la multiplication des actes racistes et antisémites, le gouvernement veut exclure de la loi sur la presse de 1881, pour les incorporer directement dans le code pénal, les délits de provocation à la haine ou à la violence, d'injure ou de diffamation « à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, à une nation, une race ou une religion ». Il serait même question d'élargir la mesure aux propos sexistes et homophobes. Cela signifie en clair que ce genre de délit ne bénéficierait plus des garanties que la République, succédant au régime de censure et de répression du second Empire avait, dans un esprit authentiquement libéral, accordé à la presse : pas de comparution immédiate, pas de détention préalable, délais de prescription raccourcis. Imaginez un instant les mêmes mesures annoncées par Sarkozy : tout ce que la France compte d'esprits libres serait aujourd'hui vent debout !

        On dira que le racisme et l'antisémitisme ne sont pas des opinions, mais des délits. Sans doute. Mais, dans les faits, la distinction entre les deux n'est pas aussi claire. Quand on sait tout l'effort de l'islamisme depuis des années, en France, à l'étranger, à l'ONU, pour créer un délit de blasphème et de sacrilège envers les religions, on ne peut qu'être inquiet. Surtout si l'on ajoute que le président de la République lui-même s'est mis à employer le terme incongru et liberticide d' « islamophobie », concession majeure au cléricalisme islamiste.

        A plus forte raison quand le Premier ministre, intervenant dans un domaine qui n'est pas le sien, désigne à la réprobation publique des livres et des auteurs soupçonnés arbitrairement d'hostilité aux musulmans. On pense à Michel Onfray, et plus encore à Michel Houellebecq, qui au lendemain des attentats de janvier fit l'objet d'attaques hystériques dans la presse bien-pensante. Etrange, tout de même : au moment où la tentative islamiste de soumission de la France par la terreur se faisait jour, l'hypothèse romanesque d'une séduction par la douceur était jugée absurde, voire raciste ! S'il y eut jamais amalgame, c'est là qu'il faut le rechercher. Et dans le succès colossal du livre de Houellebecq (plus de 500 000 exemplaires vendus en trois mois !) s'exprime sans conteste la résistance silencieuse de la population, gauche et droite confondues, au conformisme des élites, qui n'ont en vérité qu'un programme : capituler en douce devant les pressions communautaristes.

        On dira encore que, depuis quelques années, les actes racistes contre les juifs et les musulmans se sont multipliés, émanant parfois de ceux-là mêmes qui par ailleurs s'en proclament les victimes... C'est vrai. Mais la répression de la parole, fût-elle déviante, fût-elle haineuse, est une arme à double tranchant. En essayant de faire taire Dieudonné et de mettre un terme à ses odieuses provocations, on en a fait un martyr chez les jeunes musulmans. Seuls en vérité les régimes totalitaires ou dictatoriaux s'imaginent que, pour juguler une idée, un préjugé, une idéologie, il suffit d'en empêcher l'expression.

        Chaque époque se fait une idée qui lui est propre du bien et du mal, et surtout du mal radical. Sous la Révolution française, le mal radical était représenté par la trahison de la nation incarnant l'idéal révolutionnaire. D'où les guillotinades, la répression impitoyable de la Vendée. Sous la Restauration, c'est le sacrilège envers la religion qui est visé et que l'on voudra un moment punir de mort. Avec l'avènement de la bourgeoisie louis-philipparde, c'est le vol et les atteintes à la propriété qui sont le plus sévèrement poursuivis : c'est la trame majeure des Misérables de Victor Hugo. Sous Vichy, c'est l'avortement qui est puni de mort. Les gens de l'époque ne s'imaginaient pas qu'il serait, moins d'un demi-siècle plus tard, remboursé par la Sécurité sociale. Aujourd'hui, c'est le racisme qui est regardé comme le péché radical.

        Toutes ces formes de la morale sociale sont inexplicables en dehors de leur contexte historique. La tâche des partisans de la liberté peut être dans certains cas de combattre l'aveuglement de leur époque. Mais, dans tous les cas, elle est de s'opposer à la transformation de la morale dominante en un ordre moral qui la soumet toute entière à un arsenal légal. Dans un pays démocratique, le mal lui-même, ou plutôt ses auteurs, ont droit à des garanties juridiques. La loi que l'on nous présente n'est pas conforme à la tradition républicaine. J'appelle tous les républicains à la combattre.

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        >>> Retrouvez cet éditorial dans le numéro de Marianne actuellement en kiosques et disponible également au format numérique.

      • Velazquez, un peintre d'une troublante modernité - 01/01/1970
        Le Grand Palais consacre pour la première fois une rétrospective à Diego Velazquez, figure majeure de l'âge d'or espagnol et maître sans conteste de l'art du portrait.

         >>> Article paru dans Marianne du 17 avril

        Le Grand Palais offre aujourd'hui l'occasion de remettre en perspective l'évolution artistique de Velazquez, le grand apôtre de l'âge d'or espagnol, dont l'importance dans l'histoire de l'art est inversement proportionnelle au nombre des tableaux. Combien ? A peine plus d'une centaine, concentrée principalement au Prado, à Madrid, ce qui n'avait pas permis, jusqu'ici, de rétrospective exhaustive hors d'Espagne. Cerise sur le gâteau, grâce aux découvertes récentes, on a pu attribuer au peintre de nouvelles ?uvres, en en redessinant le corpus : l'Immaculée Conception, Sainte Rufine, Saint Jean-Baptiste au désert, Portrait de Sebastian de Huerta, Jeune paysanne.

        Variations de styles

        A l'inverse, certaines ont pu être écartées, comme le Portrait de l'infante Marguerite du Louvre, que l'on doit en réalité au gendre de Velazquez (et son meilleur disciple), Juan Bautista Martinez del Mazo. Une salle consacrée à cet « artiste-tiroir », à qui on a pris l'habitude d'attribuer tout ce qui n'était pas assez virtuose pour être du Velazquez, lui redonne ses lettres de noblesse.

        Pas à pas, les notices didactiques inscrivent chaque tableau dans une continuité. On suit le peintre depuis ses années de formation à Séville, dans l'atelier du lettré Francisco Pacheco, où il peint l'Education de la Vierge, abandonnant la rhétorique maniériste de ses prédécesseurs pour une veine naturaliste : scènes de taverne, natures mortes (bodegones) où les objets semblent se décrocher du premier plan, tel ce pain qu'on jurerait en 3D.

        La réalité, vécue et ressentie, s'exprime dans toute sa vraisemblance. Le peintre densifie les volumes, leur imprime relief et matérialité, teintant les textures d'une intensité cuivrée, opaque. Velazquez est engagé à la cour de Madrid en qualité de portraitiste, pour restaurer l'image en berne de la monarchie, fragilisée par la guerre de Trente Ans. Il renouvelle le genre du portrait, réduisant à la portion congrue les attributs du pouvoir pour faire ressortir la carnation, les traits du visage et des mains. A travers la liberté de ton des fous, des nains, des comédiens, il expérimente de nouvelles formes et, petit à petit, s'essaie aux représentations en extérieur. Les échanges avec Rubens et un premier voyage en Italie (1629-1631) révolutionnent sa manière : il s'approprie le clair-obscur du caravagisme (la Forge de Vulcain) ; sur une couche de blanc, le contour se fait plus fluide, presque transparent. Un nouveau rapport à la lumière est né, une structuration neuve de l'espace.

        Le réalisme s'imprègne de transcendance, de hiératisme, jusqu'à faire vibrer la quintessence du pouvoir, tel ce Portrait de l'infant Baltasar Carlos avec un nain. Une période dite impressionniste, qui restitue avant l'heure la perception brute dans une simplification picturale, vers un style plus schématique : portrait du pape Innocent X, des infantes Marie-Thérèse, future reine de France, dotée d'une perruque constellée de papillons, et Marguerite.

        Si elle n'inclut pas les Ménines, fausse représentation classique où le peintre nous coince dans un espace qui n'existe pas, l'exposition rend compte à merveille de la troublante modernité d'une ?uvre qui rend visible ses retouches, faisant du geste de l'artiste un élément constitutif du tableau. Velazquez, à la fin, ne peignait pas « une chose définie », mais « errait autour des objets » (Elie Faure), captant magnifiquement les ombres et les intonations.

        « Velazquez », galeries nationales du Grand Palais, Paris VIIIe.
        Jusqu'au 13 juillet.
        grandpalais.fr

      • Jean-Claude Milner: "Harry Potter est un roman d'éducation politique" - 01/01/1970
        A l'occasion de la nouvelle exposition Harry Potter à la Cité du cinéma, "Marianne" s'est interrogé non pas sur les décors mais sur l'importance littéraire et politique de l'oeuvre, loin d'être une simple lecture de jeunesse. Le philosophe et linguiste Jean-Claude Milner, auteur de "Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques", nous en explique les enjeux fondamentaux.

        Marianne: Vous êtes un normalien qui a étudié la philosophie classique et la littérature antique. Pourquoi vous êtes-vous penché sur Harry Potter  ?

        Jean-Claude Milner: Tout a commencé lorsque j’ai vu Le Prisonnier d’Azkaban : la tante Marge me paraissait la caricature de Margaret Thatcher. J’ai reconnu dans les moldus la représentation de la bourgeoisie tchatchérienne, vivant dans des petits faubourgs avec des petits jardins, stéréotypes d'une Angleterre telle que Tchatcher l’avait rêvé. Mon intuition m’a poussé à développer. 

        Vous comparez souvent Harry au héros flaubertien, peut-on faire le parallèle avec le héros stendhalien ?

        J-C.M: Il y a bien une tentation type Julien Sorel dans Le Rouge et le noir, celle de la grandeur. Comme Harry a un fragment de l’âme de Voldemort en lui, il est intrinsèquement lié au sorcier le plus puissant qui soit, il comprend sa langue (le Fourchelangue) et pourrait devenir un de ses plus brillants serviteurs. De la même manière, le Choixpeau magique lui dit qu’il peut faire de grandes choses s’il allait dans la maison des Serpentards. Ce refus naturel de la tentation de la grandeur s’explique par un trait de caractère que Harry a reçu de sa mère: la compassion.

        Selon votre analyse, ce n’est pas la magie des sorciers qui compte mais la magie des mots et de l’?uvre en elle-même. En quoi le langage est-il magique ?

        J-C.M: Les dernières paroles de Dumbledore sont « la magie la plus forte est celle des mots ». Tous les êtres doués de paroles ont accès à une forme de sorcellerie, donc les moldus aussi, le pouvoir des mots peut servir au pire et au meilleur. L’assimilation de l’art de la parole à une magie est quelque chose de fondamental.

        La question du sous-texte ne se fait-elle pas de plus en plus nette au fur et à mesure que Harry grandit et développe une psychologie ?

        J-C.M: Oui, ça évolue car la complexité des personnages et les relations s’accentuent. La figure de Dumbledore est de plus en plus ambivalente : du statut de gentil grand-père protecteur, on découvre un homme plus sombre poursuivant une route vers la grandeur. Cette complexification fait donc apparaître un sous-texte dans une perspective humaniste. La sorcellerie inclut de manière secondaire un rapport à la culture humaniste au latin au grec, car les sortilèges sont empreints de latin. L’?uvre toute entière montre que les libertés individuelles dans un pays comme l’Angleterre sont liées aux études humanistes. Parmi les réformateurs, J.K Rowling est d’ailleurs pour l’enseignement du latin et du grec.

        Dans quelle mesure assiste-t-on à la critique de la société anglaise contemporaine au profit d’une société plus traditionnelle sans que cela passe pour un éloge nationaliste ?

        J-C.M: En Angleterre, il y a toujours eu une union assez forte entre la volonté de conserver des valeurs anciennes et des valeurs de type libertaire, donc à la fois une protestation sociale et l’admiration pour un passé médiéval. En France elle se relie à un passé de la Révolution française et pas du tout au monde médiéval, considéré comme péjoratif. Les perceptions ne sont pas les mêmes selon les lecteurs.

        Est-ce ce caractère altermondialiste voire anarchiste du monde des sorciers qui attire inconsciemment les lecteurs de tous les horizons ?

        J-C.M: La production n’existe pas chez les sorciers : dans une veine anti industrielle et anti capitaliste, la monnaie existe à peine. Les sorciers sont donc puissants mais pas riches, ils se dispensent de tout travail manuel en le confiant à des elfes. Cela attire les lecteurs de toutes les générations et toutes les origines : il y a quelque chose d’extraordinairement british qui séduit les britanniques par un pan de leur passé mais séduit aussi les autres par l’étrangeté. La dimension exotique l’emporte sur la familiarité.

        Comment résumer la réflexion sur le pouvoir dans Harry Potter, et en quoi s’applique-t-elle à la politique actuelle ?

        J-C.M: J.K. Rowling demande qu’on lise son ?uvre comme une initiation à la tolérance : des mariages mixtes, la liberté des choix sexuels, Poudlard l'école égalitaire qu’on peut rapprocher avec l’école de la Troisième République etc. Par ailleurs, l’Etat ne joue aucun rôle : il n’y a pas de Constitution dans le monde des sorciers et la figure de la Reine n’apparaît pas dans le monde moldu. L’idéologie britannique dirait que la tolérance est une chose trop sérieuse pour l’Etat et doit être confiée aux individus. Les Français, à l’inverse, considèrent que la tolérance est garantie par l’Etat. L’absence de l’Etat est donc une caractérisation extrêmement dépaysante pour un lecteur français qui projette l’idéal de tolérance dans la politique.

        "Voldemort est une figure de conquête de pouvoir sur le mode de la captation des esprits et au service d’un impérialisme"

        La figure de Voldemort, au-delà de son aspect hitlérien, peut-elle être assimilée à des figures tyranniques contemporaines ou encore celles de la communication politique ?

        J-C.M: La perception de Voldemort comme tyran totalitaire est une perception immédiate, convaincante, mais insuffisante. Voldemort est un des plus grands sorciers du monde et un brillant élève, il séduit ses profs par son éclat intellectuel. Pour reprendre la formule de Foucault, la sorcellerie est un « savoir-pouvoir » que Voldemort utilise. Il est une figure de conquête de pouvoir sur le mode de la captation des esprits et au service d’un impérialisme. Dans les figures actuelles, je pense aux agents de la CIA mais surtout aux communicants politiques actuels (ou spin doctors) : le néo-conservateur Karl Rove, ancien conseiller de G.W. Bush, en est un symbole fort. Dans un autre registre, il y a fort à parier que Daesh est aussi constitué d’esprits très brillants et très froids qui rappellent Voldemort.

        Comme vous l’expliquez, Dumbledore reconnaît du génie aux moldus, ce qui le rend plus sage que les autres. Cela montre-t-il qu’il faut avoir un côté moldu en soi pour être un bon sorcier et que les deux mondes sont intrinsèquement liés ?

        J-C.M: Cette liaison des deux mondes est la leçon fondamentale à retenir de Harry Potter. Dumbledore considère que le monde des sorciers a beaucoup à apprendre du monde des moldus, car eux développent une sagesse politique : le système parlementaire avec la séparation des pouvoirs qui n’existe pas dans le monde des sorciers. Dans Les Reliques de la mort, Voldemort a pour but de prendre le pouvoir sur l’ensemble de l’humanité, y compris des moldus. Dumbledore comprend que pour l’en empêcher, la solution serait de se mettre politiquement à l’école des moldus. Au début du film, il y a une attaque dans le Londres des moldus. Dans le livre, la première image de Londres est le Parlement et certains sorciers sont chargés de la protection de ministres moldus.

        Pourquoi peut-on parler d’éducation politique d’Harry ?

        J-C.M: Harry vit dans le monde de moldus de rancune et d’avidité à l’image de son oncle et sa tante. Par opposition le monde de la sorcellerie est un monde idéal. Peu à peu cette représentation binaire du Bien et du Mal se complique, Harry comprend la force de ce que Hagrid lui dit dès le premier volet : « tous les sorciers ne sont pas bons », certains sont même foncièrement mauvais. La sorcellerie sécrète ses propres méfaits, elle regorge d'inégalités scandaleuses notamment par la figure des elfes esclaves. L’éducation politique de Harry passe par sa prise de conscience que la structure sociale du monde des sorciers est injuste. Dans un effet de renversement, les valeurs des moldus méritent davantage de considération.

        Concernant ces valeurs, vous expliquez que le monde des moldus est celui de la culture et de la création, contrairement au monde « déviant » de la sorcellerie, or chaque lecteur de Harry Potter y voit un monde beaucoup plus attrayant, comment sort-on de ce paradoxe ?

        J-C.M: Le monde des sorciers est terrifiant et sombre, dans Les Reliques de la mort, tout n’est que brouillard, dangers et trahisons. L’expérience finale du monde de la sorcellerie est absolument tragique, c’est une lutte sans merci qui conduit à la destruction. Harry Potter jette à l’eau la baguette du pouvoir absolu, car il refuse cet absolutisme menaçant le monde des sorciers. Il y a une sagesse cachée des moldus, qui sont confrontés à des horreurs, face à la nature sans aucun recours sinon la puissance de leur travail. Dans le dernier film, on entend la chanson de Nick Cave « O Children » qui traite du goulag, dans une scène de désespoir où Harry et Hermione sont livrés à eux-mêmes. Dans Le Prince de sang-mêlé, il y a une scène de marivaudage entre Harry et une serveuse qu’il trouve belle, pour la première fois il regrette de quitter le monde des moldus. Chacun des deux mondes peut tirer une leçon de l’autre, l'espoir passe par le mariage possible entre moldus et sorciers.   

        Harry Potter va-t-il devenir le futur bildungsroman (roman d’apprentissage) enseigné dans l’enseignement secondaire ?

        J-C.M: Harry Potter pourra devenir une lecture pédagogique et je suis sûr que les lecteurs qui ont grandi avec Harry Potter ont fait leur éducation politique et morale grâce à lui. Par exemple, beaucoup de jeunes étaient présents à la manifestation du 11 janvier en réponse aux attentats à Charlie Hebdo. Il n’y a pas de doute que nombre d’entre eux sont lecteurs de Harry Potter. Le parcours potterien a pu avoir des conséquences sur leur conception politique : ils se sont construits en même temps que Harry, ils ont reçu sa sagesse.

      • Pierre Pascal, biographie d'un premier de classe - 01/01/1970
        Sophie Coeuré raconte le cheminement de Pierre Pascal, esprit brillant qui a adhéré au communisme. Celui-ci raconte dans son "Journal de Russie" avoir rejoint le régime soviétique au nom de sa foi chrétienne. L'histoire ne s'encombre pas de simplicité...

        >>> Article paru dans Marianne daté du 17 avril

        Si vous aimez l'histoire et sa complexité, il faut lire ces deux livres. Le premier est la biographie de Pierre Pascal et le second, la traduction d'une partie de ses carnets (1928-1929). Ils permettent de comprendre la complexité de ce court XXe siècle, cet « âge des extrêmes », et de réfléchir sur le cheminement des élites. Comment comprendre la révolution russe et sa dérive si l'on a comme seule référence le totalitarisme ?

        Avec cette lecture, impossible de comprendre pourquoi certains esprits parmi les plus brillants ont pu adhérer au communisme. Ici Sophie Coeuré raconte le cheminement d'un premier de classe. Reçu major à Ulm, deuxième de l'agrégation de français. A moins que ce ne soit l'inverse, mais qu'importe ! A ce niveau, ce n'est qu'un détail. Deux fois blessé au début de la Première Guerre mondiale, il se retrouve membre de la mission militaire française en Russie juste avant la révolution. Jusque-là, le seul acte de rébellion de ce jeune homme, et sa singularité, est d'être un catholique fervent contre une famille et une institution athées et très républicaines. Au nom de cet engagement, Pierre Pascal va rejoindre le régime soviétique. « Mon communisme était... tout inspiré par le christianisme. » Toujours premier de classe, un peu indicateur, très zélé, il met du temps à se rendre compte de la barbarie du stalinisme et rentre en France au début des années 30. Toute ressemblance avec d'autres premiers de classe qui défendent aujourd'hui avec le même zèle le néolibéralisme et la mondialisation est complètement fortuite, évidemment.

        Pierre Pascal. La Russie entre christianisme et communisme, de Sophie Coeuré, Noir sur blanc, 512 p., 25 €.

        Journal de Russie, 1928-1929, de Pierre Pascal, Noir sur blanc, 880 p., 30 €.

      • Condamnation de Serge Atlaoui: "le président Widodo veut apparaître comme un nationaliste" - 01/01/1970
        Accusé de trafic de drogue, le français Serge Atlaoui, 51 ans, a été condamné, en Indonésie, à la peine de mort. Une peine confirmée cette semaine par la Cour Suprême du pays, ultime recours. Malgré les pressions internationales, le président Joko Widodo ne fléchit pas. Une décision motivée par des enjeux de politique intérieure. Sur le plan national, ce dernier veut apparaître comme un authentique nationaliste et pour cela doit justement résister aux pressions interntaionales, explique l'historien Rémy Madinier, chercheur au centre Asie du sud du CNRS et à l?Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales...

        Marianne : Condamné à la peine de mort pour trafic de drogue, Serge Atlaoui, vient d'épuiser tous les recours. Comment expliquer l'intransigeance de l'Indonésie dans ce type d'affaire?
        Rémy Madinier : Ce n'est pas particulier à l'Indonésie, la plupart des autres pays d'Asie du Sud-Est ont des législations extrêmement sévères en la matière et appliquent la peine de mort pour les personnes impliquées dans les affaires de drogue. La nouveauté en Indonésie est qu'elle était rarement appliquée et ne l'avait pas été depuis longtemps à des ressortissants occidentaux, c'est-à-dire à des pays capables d'apporter une aide judiciaire et diplomatique aux prévenus. En 2008 par contre deux Nigerians avaient été exécutés ainsi, en 2004, deux Thaïlandais et un Indien.

        En Indonésie, le trafic de drogue est qualifié de « fléau » par le président Widodo, récemment élu. Quelle est l'ampleur de ce fléau, l'Indonésie est-elle une plaque tournante, un producteur ou un marché destinataire? 
        Les chiffres avancés par le président Jokowi (nom usuel de Joko Widodo) qui a évoqué plusieurs dizaines de morts par jour sont très largement exagérés. Selon l'OMS environ 2% de la population aurait déjà consommé de la drogue (toutes drogues confondues) contre 25% en France. 

        Comment expliquer la popularité de la peine de mort au sein de la population indonésienne, notamment la peine de mort appliquée aux trafiquants ?
        Les réponses seraient sans doute les mêmes pour tout ce que la population considère comme un fléau social, comme la corruption ou la criminalité organisée. La violence extrême que constitue la peine de mort est - ici comme ailleurs, y compris aux Etats-Unis ou en France avant 1981 - perçue comme une solution simple à des problèmes complexes. Il n'y a pas ici de particularisme culturel, hormis une intolérance très marquée à l'injustice et la violence sociale qui peut l'accompagner en situation de troubles.

        Quels sont les enjeux de politique intérieure qui motivent une telle fermeté et expliquent cette décision ?
        Jokowi est un réformiste, élu en 2014 pour relancer le processus de transition démocratique inauguré en 2008 avec la chute de la dictature du général Suharto. Malgré des progrès réels (l'Indonésie est incontestablement le pays le plus démocratique d'Asie du Sud-Est) une partie des réseaux et des pratiques politiques de l'Ordre nouveau (le nom du régime Suharto) ont survécu, particulièrement au sein de la justice et la police. Ces dernières se sont employées depuis plusieurs années à saboter le combat contre la corruption qui mine le développement du pays. Un ancien président de la Commission anti-corruption, très efficace, est ainsi en prison depuis 2008, condamné à 20 ans de prison pour un meurtre monté de toute pièces. Le président Jokowi veut se forger une image de fermeté dans son combat contre les délinquances pour rompre avec l'indécision qui a caractérisé les deux mandats successifs de son prédécesseur. Il veut apparaître comme un authentique nationaliste (un thème central dans la campagne de 2014 où il a affronté un ultra-nationaliste symbole d'un retour au régime autoritaire de l'Ordre nouveau). Sa fermeté par rapport aux pressions internationales doit se comprendre dans ce contexte. Et on peut imaginer que ses puissants ennemis politiques (majoritaires au parlement) guettent le moindre faux pas en ce domaine.

        Y a-t-il par ailleurs un enjeu régional? Singapour semble avoir par exemple infléchi, à l'inverse, sa politique répressive...
        Non à priori, l'enjeu est avant tout national.

        La France a-t-elle vraiment les moyens de faire pression sur l'Indonésie, membre du G20, principale économie de la région? Qu'en est-il de leur relation commerciale et quel pourrait être l'impact sur cette dernière?
        Le paradoxe de cette affaire est que et la France (qui soutient par ailleurs les efforts de Jokowi) et ce dernier ont tout à perdre. Les gouvernements des deux pays respectifs sont sous pression de leur opinion publique. La France pourrait sans doute apporter un soutien plus important aux organisations des droits de l'homme qui après avoir ardemment soutenu Jokowi sont très largement déçues de ses premiers mois à la présidence. Quant à des mesures de rétorsion économiques elles pénaliseraient sans doute avant tout les entreprises françaises très attirées par ce marché prometteur mais où s'implanter demande d'importants efforts.

        Peut-on se passer enfin d'un partenaire comme l'Indonésie à l'heure du djihad global et au moment où les attentats perpétrés par des cellules aux ramifications internationales se multiplient, y compris en France?
        C'est bien sûr l'un des enjeux de la question. Le premier pays d'islam au monde est à ce jour l'une des rares démocraties du monde musulman dans lequel on est parvenu à sortir du piège que constitue ailleurs le face à face mortifère entre un islamisme borné et un autoritarisme liberticide.

      • Tirer au sort les élus, l'avenir d'une illusion - 01/01/1970
        Cette idée subversive que certaines formations politiques reprennent à leur compte, pourrait se révéler dangereuse pour l'idéal républicain. Explications.

        Alors que les deux tiers des Français jugent les institutions de la Ve République dépassées*, l'approfondissement de la crise démocratique semble aujour-d'hui inéluctable, car la République est en crise. Alors, que faire ? Et si la solution consistait à introduire du tirage au sort (TAS) en politique ? C'est en tout cas ce que prétendent des universitaires comme Loïc Blondiaux ou Yves Sintomer, l'essayiste à succès David Van Reybrouck (Contre les élections, Babel, 2014) ou encore le blogueur Etienne Chouard. Avec succès puisque cette idée subversive fait aujourd'hui pleinement partie du débat public, à tel point que certaines formations politiques, à l'image de Nouvelle Donne, la reprennent à leur compte.

        De prime abord, l'idée ne manque pas de susciter l'intérêt : avec le tirage au sort, c'en est fini en effet de la reproduction sociale d'élites détachées du peuple, c'en est fini aussi de l'endogamie politique et de la cooptation, c'en est fini enfin de la surreprésentation des catégories supérieures dans les sphères du pouvoir. En suivant l'arithmétique de la loi des grands nombres, il serait possible par tirage au sort de composer une assemblée parfaitement représentative de la population, dans toute sa diversité. Mieux : le tirage au sort prononcerait une égalité définitive de tous les citoyens devant l'exercice des charges publiques. « Des idéaux classiques tels que l'égalité de tous les citoyens devant la sélection aléatoire ou l'idée que chacun peut apporter une contribution utile à la solution des problèmes collectifs retrouvent une seconde jeunesse avec les expérimentations actuelles », écrit le sociologue Yves Sintomer. En Islande, par exemple, cette procédure a été remise au goût du jour à la suite de la crise de 2008. Pourtant, à y regarder de plus près, le TAS pose quand même quelques problèmes à l'idéal républicain et pourrait de plus se révéler parfaitement contre-productif.

        L'ARGUMENT HISTORIQUE : LA RÉFÉRENCE À ATHÈNES

        Dans les tiroirs des partisans du TAS, on trouve souvent Aristote et la référence à la Grèce antique de Périclès : « On admet qu'est démocratique le fait que les magistratures sont attribuées par tirage au sort, oligarchiques le fait qu'elles sont pourvues par l'élection » écrit le philosophe (Politique, IV.9, 1294 b 8). Ou encore : « Voici le genre de mesures qui sont démocratiques : que tous choisissent les magistratures parmi tous, que tous soient magistrats de chacun, et chacun à tour de rôle de tous, que les magistratures soient tirées au sort, ou bien toutes, ou bien celles qui ne demandent ni expérience ni compétence » (Politique, VI.2, 1317 b 17-21).

        Cependant, l'historien Paul Demont nous invite à relativiser le constat d'Aristote : il nous rappelle notamment qu'à l'origine le tirage au sort avait des soubassements aristocratiques (il s'agissait de départager les héritiers des familles riches) aussi bien que religieux : derrière le sort, les Grecs voyaient en effet la volonté des dieux. Ainsi, « concernant la démocratie, dans sa version de la Grèce antique, ce n'est que progressivement [...] que le tirage au sort lui a été identifié ». Pas d'homologie de nature donc, entre TAS et démocratie.

        Par ailleurs, comme le rappelle Vincent Azoulay, spécialiste d'histoire ancienne, si, « de fait, à Athènes, la plupart des magistratures sont tirées au sort, de même les tribunaux populaires, et également le conseil (qui prépare les lois votées à l'Assemblée), le TAS vaut pour un système d'une tout autre taille, autour de 40 000 citoyens (les femmes sont exclues du TAS, même si certaines prêtrises féminines étaient, au Ve siècle, tirées au sort entre toutes les Athéniennes). Surtout, Il ne peut fonctionner que sur une autre "anthropologie" : le citoyen-soldat actif et engagé ». En effet, la citoyenneté était pensée « comme participation à la communauté, et non comme un ensemble de droits et d'obligations ». Mais participation restreinte : les femmes, les métèques et les esclaves étaient exclus de la citoyenneté, vaquant plutôt aux nécessités laborieuses de la vie quotidienne. Une dichotomie qui semble pour le moins surannée.

        LE FAUX EXEMPLE DES JURYS D'ASSISES

        Les partisans du tirage au sort invoquent également l'exemple des jurys populaires. Mais juger n'est pas légiférer, comme le rappelle la juriste Charlotte Girard : « L'encadrement par des magistrats professionnels est décisif. L'origine historique des jurés d'assises est d'ailleurs plus l'histoire d'une méfiance à l'égard des magistrats que celle d'une confiance à l'égard des jurys populaires. »

        Juges et jurés ordonnent le passé quand le législateur dessine l'avenir. Entre ces deux attributions délibératives bien différentes : la question de la légitimité. Si des tirés au sort peuvent en effet sociologiquement être représentatifs de la population, cet argument revient néanmoins à réduire la légitimité politique à des caractéristiques socio-économiques arbitraires et figées : on serait désigné parce que boulanger ou banquier, c'est-à-dire sur la base d'une identité productive passive et non sur la base d'une revendication politique engagée. C'est oublier que la légitimité républicaine repose sur le logos où s'expriment des raisonnements. En fait, la représentativité sociologique revient à fonder la légitimité du pouvoir sur ces mêmes déterminismes dont elle critique par ailleurs le poids, et court ainsi le risque d'établir une démocratie corporative.

        Les représentants politiques sont dépositaires d'une idée, d'un programme, d'un suffrage et donc d'un exercice de conviction qui suppose une mise en relation, en accord, avec le grand nombre - par où le peuple s'intègre à la cité. Ou alors ils ne représentent rien, si ce n'est eux-mêmes, et encore : quelqu'un qui n'a jamais fait de lui-même aucune démarche politique serait-il capable de se représenter politiquement ?

        Contrairement à ce que prétend la rhétorique populiste d'un Etienne Chouard, les élus de la République ne sont pas des « maîtres », mais des mandataires.

        LA QUESTION DE LA RESPONSABILITÉ

        Le tirage au sort met donc à mal un autre principe pourtant essentiel à la démocratie : celui de la responsabilité. Un élu est responsable, d'une part, devant les militants qui l'ont investi d'une candidature, d'autre part, devant les électeurs qui lui ont donné un mandat qui l'oblige. Car, contrairement à ce que prétend la rhétorique populiste d'un Etienne Chouard, les élus de la République ne sont pas des « maîtres », mais des mandataires. Or, devant qui pourraient bien être responsables des législateurs tirés au sort ? En outre, il y a fort à parier que, n'appartenant à aucun collectif, les individus portés au pouvoir sans la moindre connaissance des rapports de force inhérents à la politique feraient des proies de premier choix pour les trafics d'influence des lobbies : quoi de plus facile en effet à acheter que quelqu'un qui n'a pas d'image à défendre ? Dans la Res publica, le principe de publicité est une garantie contre la corruption. En consacrant des inconnus sans démarche, le TAS ne peut que limiter dangereusement ce principe.

        LE MYTHE ROUSSEAUISTE DU BON SAUVAGE

        Mais, pour les partisans du TAS, les personnes engagées politiquement, dans un parti par exemple, ne seraient pas à même d'écrire les règles institutionnelles ou les lois, dans la mesure où, ambitionnant elles-mêmes de gouverner, intéressées donc au pouvoir, elles n'auraient pas en quelque sorte la neutralité attendue. Dans cette perspective, militants et élus actuels sont ainsi réduits à leur fonction ou aspiration d'« hommes de pouvoir » et donc prédestinés à commettre des «abus de pouvoir», comme le prétend encore Etienne Chouard. Pour éviter le conflit d'intérêts, il faudrait donc mettre au pouvoir des hommes qui ne cherchent pas le pouvoir. Mais c'est oublier, d'une part, qu'un homme en position de pouvoir devient de fait un « homme de pouvoir » placé dans une position hiérarchique, celle de l'arbitrage. Oublier, d'autre part, que la « position 0 » (le « voile d'ignorance » dont parle John Rawls) n'existe pas : tous les citoyens occupent dans la structure sociale capitaliste des positions différentes qui influencent leurs façons d'agir ou de penser.

        Le TAS nourrit en fin de compte une sorte d'illusion naturaliste. « Les partisans du TAS croient que l'homme du peuple ne serait pas corrompu alors que le politique, l'intellectuel ou le riche, c'est-à-dire tout ce qui appartient à une élite, le serait tout simplement parce qu'il aurait intérêt à maintenir un système qui l'avantage. [...] Il ne faudrait pas s'étonner que le vote majoritaire d'une assemblée tirée au sort soutienne des politiques xénophobes », explique Pierre Crétois, philosophe et spécialiste de l'auteur du Contrat social.

        DU CONSENSUALISME À L'AUTORITARISME

        L'engouement pour le TAS relève enfin d'une vision consensualiste du bien commun : une assemblée sociologiquement représentative de la population trouverait forcément la solution pragmatique à chaque problème, comme si la rivalité des modèles de société et des aspirations contradictoires n'existait pas. Mais la politique ne consiste-t-elle pas au contraire à arbitrer entre des choix contraires en fonction des forces en présence d'une part, de finalités idéologiques, d'autre part ? Le TAS formant le miroir exact d'un peuple monolithique et homogène - dans la mesure où la société n'est plus diversifiée en courants politiques distincts, alors il ne semble plus n'y avoir qu'une politique possible. Fermez le ban.

        Le TAS désamorce alors la possibilité d'une opposition organisée - et l'histoire nous rappelle assez quelles dérives funestes en résultent. Comme l'écrit le théoricien grec Nicos Poulantzas (auquel se réfèrent de nombreux responsables de Syriza) : « Les fascismes, les dictatures militaires ou les bonapartismes n'ont pas simplement supprimé les seuls partis ouvriers ou révolutionnaires, mais l'ensemble des partis démocratiques traditionnels, bourgeois et petits-bourgeois compris, dans la mesure où ceux-ci [...] exprimaient la présence en leur sein de certaines revendications des masses populaires dont il fallait bien tenir compte. »

        Contre la vogue du « tous pourris », rappelons que les partis ne sont pas que des machines électorales ou des écuries : ce sont aussi des écoles de l'action collective et de la démocratie. C'est d'ailleurs à ce titre que « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la nation » (article 4 de la Constitution).

        LE CALQUE DU NÉOLIBÉRALISME

        Pour Paul Alliès, professeur de science politique et spécialiste des questions institutionnelles et démocratiques au Parti socialiste (et président de la Convention pour la VIe République, C6R), « la loyauté politique se construit dans un rapport matériel et de principe que seule l'élection autorise. [...] Depuis la victoire de Syriza et le vaste mouvement de politisation qu'elle a provoqué, Juncker et les commissaires européens préféreraient sans doute une assemblée tirée au sort à Athènes qu'une Vouli avec 300 députés élus à la proportionnelle corrigée. »

        Ainsi, en supprimant les élections, le TAS ne court-il pas le risque d'éteindre les moments d'effervescence et d'éducation populaire que constituent les campagnes électorales ? Plutôt que d'accompagner l'individualisme du sujet néolibéral, n'est-il pas au contraire plus urgent d'encourager le plus possible la création de collectifs, de rassemblements, d'équipées ?

         
        * Sondage Yougov pour 20 minutes du 6 octobre 2014.
      • Le jeunisme des imbéciles - 01/01/1970
        Dans l'art de l'improvisation, l'exécutif est assurément passé maître. Nul ne conteste plus son aptitude à caboter au plus près de la politique comme un Optimist le long de la Côte de Granit rose. Pour autant, est-il nécessaire de faire de cette habileté force d'enseignement dans les écoles ?

        Le socialisme n'est plus socialiste. Il est jeuniste. Et c'est toujours un signe inquiétant quand on place les jeunes au premier plan de ses discours si ce n'est de ses préoccupations. Car il s'agit bien de paroles puisque les actes se font attendre. Les jeunes de ce pays se trouvent, en effet, logés à la même enseigne que leurs aînés qui furent abreuvés de promesses inconsidérées et bavardes lors de la dernière élection présidentielle. Jeunisme donc. Cette passion triste, dont Kundera a bien montré dans des satires drolatiques qu'elle n'annonce rien de bon, est révélée, ces derniers jours, par toute une série de petits faits vrais, outre l'épisode Canal historique dont nous parlons dans l'événement de ce numéro.

        Dans l'art de l'improvisation, cet exécutif est assurément passé maître. Nul ne conteste plus son aptitude à caboter au plus près de la politique comme un Optimist le long de la Côte de Granit rose. Pour autant, est-il nécessaire de faire de cette habileté force d'enseignement dans les écoles ? Dans l'OEil , une revue d'art mensuelle, Manuel Valls parle de culture mais s'interroge également sur la possibilité « d'intégrer dans nos écoles l'art de l'improvisation que porte Jamel Debbouze ». Il est vrai que le chef de l'Etat s'est rendu, l'année dernière, à Trappes, à un match d'improvisation. Nous aurions pu en rester là, mais c'était compter sans la fougue ministérielle de Najat Vallaud-Belkacem. Les méchantes langues diront que cette fougue est renforcée par les rumeurs de remaniement gouvernemental avant l'été. Toujours est-il que la ministre de l'Education nationale n'a pas hésité un seul instant pour enfourcher ce vieux canasson, louant l'improvisation comme « une activité extrêmement intéressante » pour maîtriser la langue française, « une façon d'apprendre à vivre ensemble ». Najat Comedy Club.

        Faut-il vraiment que le divorce soit consommé entre le PS et le monde de l'éducation pour en arriver à de tels gadgets ? Quand on connaît la raison profonde de la crise de l'école en France, on se pince. Quand on sait le mépris des savoirs érigés en règle de fonctionnement, mépris qu'un philosophe comme Jean-Claude Milner a pointé dès 1984, on s'insurge. Et peu importe, au fond, si ces annonces déroutantes sont marquées, encore une fois, du sceau de l'improvisation, c'est toujours la même petite musique qui est déversée dans les têtes.

        Après le latin et le grec, l'allemand se retrouve dans le viseur des grands simplificateurs, des grands équarrisseurs de programme. Nous avons dit ici même tout ce qu'il fallait penser de « l'aversion latine », de cette reddition sans condition à une vision ringarde et passéiste d'une peudo-modernité de bazar. Apparemment, la réforme du collège pour 2016 prévoit de supprimer les classes bilangues où actuellement des collégiens apprennent deux langues dès la sixième. Cette proposition a suscité un vif émoi parmi les enseignants d'allemand (leur pétition a déjà recueilli 30 000 signatures) et la colère de l'ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien professeur d'allemand.

        Quoi de plus « logique », après tout, à l'heure de la tyrannie du « fast learning » : pourquoi infiger aux élèves des collèges l'apprentissage d'une langue qui risque de les dépayser, de les sortir d'eux-mêmes ? En outre, la contrainte syntaxique de l'allemand n'est-elle pas étonnamment suspecte ? Cette « manie » de rejeter le verbe à la fin de la phrase impose au locuteur l'obligation de réfléchir à l'énoncé qu'il est en train de produire. Quelle hérésie à l'heure du spontanéisme communicationnel ou des émissions de flux ! Quelle horreur à l'heure où il est hautement recommandé de dire ce qui vous passe à l'esprit sous peine d'être accusé de « prise de tête » !

        Nous avions un prince de la langue et nous ne le savions pas. C'est ce qu'affirme Libé du 19 avril, en comparant le rappeur Booba, présenté comme un « aède », à... Mallarmé. Rien de moins. La richesse des rimes et des images frappe comme des uppercuts. Et là je ne résiste pas à citer : « son rap est un rap pour le rap, un rap au carré, comme il y eut un art pour l'art ». De lard et du cochon, aurait dit Gotlib, mais l'humour et le rap ne sont que de très lointains parents. Résumons : improviser à partir des textes de Booba est quand même plus « cool ». C'est surtout l'assurance de maintenir un système où les plus humbles seront dépossédés du seul outil leur permettant de s'en sortir : l'école. Dans ce cas, je crains que le « vivre-ensemble » soit, d'abord, un cauchemar fait à plusieurs. Comme aurait pu dire l'autre poète, s'il était revenu ivre des soirées de Médan : « Jamais un coup de dés n'abolira ce bazar. »

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        >>> Retrouvez cet éditorial dans le numéro de Marianne actuellement en kiosques et disponible également au format numérique.

      • Frédéric Mitterrand: "Le plus mitterrandien c'est Bruno Le Maire" - 01/01/1970
        L'ancien ministre de la Culture sous Nicolas Sarkozy évoque la postérité et l'héritage de son oncle François, homme d'Etat et de lettres.

        Marianne : Vingt ans après sa mort, François Mitterrand semble un horizon indépassable pour les politiques...

        Frédéric Mitterrand : Ses opposants ont commis la grande erreur de s'en tenir aux artifices, à l'habileté, à la ruse du personnage. Négligeant qu'il y avait chez lui un socle moral très solide. Ses alliés continuent à porter un jugement sur lui ambivalent, voire négatif, sans bien admettre qu'il a marqué la vie politique d'une empreinte indélébile. Prenons l'exemple des institutions. François Mitterrand les a sauvées en appliquant la Constitution jusque dans ses moindres recoins. C'est ainsi que la cohabitation a fonctionné : le président de la République ne s'occupe pas de la vie quotidienne, c'est le travail du Premier ministre. Ces institutions gaulliennes préservées permettent aujourd'hui à François Hollande de continuer à gouverner alors qu'il est à 17 % de popularité. Ce sont d'autres qui ont abîmé la Constitution. En passant au quinquennat, par exemple, hystérisant ainsi la vie politique. Cela laisse moins de temps au président pour être ce qu'il doit être.

        Que retrouvez-vous de François Mitterrand en François Hollande ?

        F.M. : Dans sa pratique des institutions, François Hollande est très mitterrandien : il se comporte en quinquennat comme s'il était en septennat. Il travaille dans la durée. Ensuite, il réfléchit, et c'est le seul avec Valls, à ce qu'est devenue la France et à l'histoire. Les autres s'intéressent aux Français et au quotidien.

        Autre point commun avec mon oncle, Hollande est indifférent aux quolibets dont on l'accable. C'est un animal politique incroyable.

        Enfin, le chef de l'Etat fait confiance aux jeunes, en choisissant par exemple Valls et Macron comme têtes de gondole. Ses petits chéris qui se rêvent un destin national. C'est très mitterrandien de faire naître des ambitions autour de soi.

        Qui, selon vous, dans la classe politique est aujourd'hui le plus proche de François Mitterrand ?

        F.M. : Bruno Le Maire. C'est le seul lettré. C'est une dimension que les autres n'ont pas. Pour faire de la politique, il faut être un artiste. Churchill et de Gaulle l'étaient. Bruno Le Maire les rejoint dans ses origines sociales et sa pratique de l'Etat. Il est en train de blanchir sous le harnois : il est tout à fait capable d'exercer des fonctions très importantes, mais il va devoir patienter, comme Mitterrand avant lui. Attendre que Nicolas Sarkozy ait assassiné tous ses copains.

         

         

        >>> Retrouvez la suite de l'entretien dans le numéro de Marianne en vente en kiosques, ce vendredi, et au format numérique, dès ce jeudi.

         

         

      • L'Arménie, une histoire française - 01/01/1970
        A l'occasion de la célébration du centenaire du génocide arménien, Marianne a réalisé un hors- série "les Arméniens, une histoire française" dont nous publions l'éditorial.

        Il existe un pacte multiséculaire entre la France et l’Arménie, sans doute parce qu’il s’agit là de deux nations qui dérangent le grand désordre du monde et qui refusent de sortir de l’Histoire. Dès le XIe siècle, cette alliance est scellée entre les premiers capétiens et les descendants des bagratides qui régnèrent sur le royaume arménien de Cilicie.

        Il y a sept ans, je me souviens avoir reçu par erreur de l’éditeur qui était Payot, une monumentale Histoire de l’Arménie – près de 700 pages - de René Grousset, cet immense historien, spécialiste de l’Asie. J’ai toujours gardé cet ouvrage et il m’arrive encore de le reprendre et de m’y plonger pour être étourdi par ces batailles antiques, ces noms de rois merveilleux, ces épopées sanglantes et cet Etat qui connut la nuit ottomane et qui devint une nationalité. Car ce qui tisse des liens si étroits entre l’Arménie et la France, c’est sans nul doute cet esprit de résistance. Une église du christianisme des origines, un peuple debout et un alphabet d’une mystérieuse beauté, pieusement conservé dans le couvent de San Lazzaro au large de Venise. C’est sans doute parce que nous avons en commun cet esprit de résistance que, de tous temps, les Arméniens venus de Syrie, du Liban, de Turquie, d’Iran ou de Russie ont tout de suite habité le cours le plus intérieur de ce qui constitue la France au point que l’on peut écrire, aujourd’hui, que, sans leur présence, notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Oui, les Arméniens sont bien une histoire française. Parfois même au point de devoir se réinventer une place comme le montre le magnifique roman de Nelly Kapriélian, Le manteau de Greta Garbo (Grasset).

        Mais outre cette intégration exemplaire, il y a deux raisons supplémentaires de nous intéresser à ces compatriotes. La première est, bien sûr, le centenaire du génocide arménien. Un crime perpétré sur le territoire de l’empire turc et ourdi depuis plusieurs décennies. Un crime longtemps nié – l’histoire est faite toujours par les vainqueurs et parfois par les assassins – puis minoré, escamoté avant d’être reconnu depuis dix ans par une partie de la société civile turque, cette société menacée actuellement par les menées identitaristes d’un Erdogan. Menacée car la reconnaissance du génocide arménien a ouvert bien d’autres passes d’armes sur les Alévis, les Kurdes, la place de l’islam et la laïcité. C’est dire si cette question embrasse celle de l’humanité tout entière.

        La deuxième s’est invitée, plus récemment, même s’il s’agit, là encore, d’un martyr très ancien. Ceux qui ont eu la curiosité de pousser les portes de l’église de la rue Jean Goujon, à Paris, saisis par la beauté des chants liturgiques, enivrés par les volutes d’encens, savent que les Arméniens sont des chrétiens orientaux. Ces mêmes chrétiens, cibles privilégiées, des islamistes. Préfaçant les témoignages de trois dominicains sur le génocide (*), Jean-François Colosimo écrit : «la machine à tuer s’est remise à fonctionner, multipliant les morts sans sépulture ». Avec eux, grâce à eux, résonnent dans nos c?urs la grande épreuve de l’Orient chrétien.

        (*) Nous avons vu l’enfer, Marie-Dominique Berré, Hyacinthe Simon, Jacques Rhétoré, éditions du Cerf.

         

         

        >>> Ce numéro est en vente au prix de 6,90 euros dans la boutique de Marianne. 

         

      • Le service de la correspondance présidentielle [Episode 13] - 01/01/1970
        Mitterrand l'éternel retour, Hollande qui s'exprime même surtout quand il n'a rien à dire quand Wauquiez ne parle que pour doubler sur la droite le Front National, c'est le menu du treizième épisode du « service de la correspondance présidentielle ». Et c'est dans Marianne en kiosques cette semaine.
         
        Ce numéro sera en vente du 24 au 30 avril 2015 inclus au prix de 3 €. Vous pouvez le consulter sur notre liseuse Web et Android app on Google Play grâce à nos offres d'abonnement numérique et intégral.

         

      • Des satellites espions déguisés en débris spatiaux ? - 01/01/1970
        Avec l'augmentation croissante des tensions entre les États-Unis et la Russie, les déclarations offensives et de mises en garde ne cessent d'être échangées entre les deux pays. Récemment, le haut commandement spatial russe a déclaré avoir repéré des satellites espions "ennemis" déguisés en débris de l'espace. Assiste-t-on au grand retour de la guerre des étoiles initiée en son temps par le président Ronald Reagan ?

        Les russes sont ils atteints d'un gros délire paranoïaque ou les américains ont-ils relancé une "guerre des étoiles" beaucoup plus discrète que celle imaginée dans les années 80 par Ronald Reagan ? Difficile à dire après les récentes déclarations du chef du Commandement spatial russe, Oleg Maïdanovitch, qui affirmait dimanche 12 avril dans un documentaire d’une télévision russe avoir détecté un réseau de satellites espions « ennemis » dont certains étaient déguisés en débris de l’espace. Actuellement, des centaines de milliers d'objets gravitent en orbite autour de la Terre. Du plus infime, un éclat de peinture, au plus gros, le deuxième étage d’une fusée… Une véritable poubelle de l’espace, vestige des 58 années d’exploration spatiale commencées avec le satellite soviétique Spoutnik en 1957. Dissimuler des satellites espions parmi les poubelles, si l’information était confirmée, ce serait une première.

        Chez le fabricant franco-italien de satellites civils et militaires, Thalès Alenia Space, l’annonce laisse perplexe. « Cela me semble loufoque comme information », répond même le service de communication. Même son de cloche au ministère de la Défense où l’on découvre l’information. Pourtant, selon les dires du haut-gradé russe, la dissimulation de satellites espions en débris de l’espace serait une pratique commune. De quoi nourrir les fantasmes avec les 20 000 objets de plus de 10 centimètres actuellement en orbite autour de la Terre.

        Dépendance vis-à-vis des USA

        En France, la surveillance de ces débris de l’espace est assurée par le Centre national d’études spatiales (CNES) via le Centre d’orbitographie opérationnelle (COO). « Sur l’année 2014, nous avons procédé à 17 man?uvres sur les seize satellites dont nous avons la responsabilité », confie Christian Cazaux responsable de la Loi sur les opérations spatiales (LOS) au Centre d'orbitographie de Toulouse du CNES. Une expertise française néanmoins très dépendante du ministère de la Défense américain. Avec ses multiples radars, le Pentagone américain surveille en permanence plus de 22 000 objets en orbite autour de la Terre. « Leurs moyens sont sans commune mesure avec ceux des autres pays », constate, résigné, un scientifique du CNES. Les scientifiques français ont en effet d’abord besoin des informations du United States Space Command, dépendant du ministère de la Défense, avant de pouvoir calculer les probabilités de collisions des satellites français avec des débris de l’espace.

        En France, la politique spatiale dépend du ministère de l'éducation nationale...

        « Honnêtement, je dois dire que le matériel du Centre d’orbitographie français ne fait pas rêver », lâche Julien Watelet, le responsable de la communication du CNES. « A l'échelle européenne nous avons du très bon matériel, corrige Christian Cazaux tout en avouant qu'à l'heure actuelle : Nous ne suivons que les objets passant au-dessus du territoire français métropolitain. » Un véritable gâchis alors qu'avec ses territoires d'outre-mer présents dans tous les océans du monde, la France pourrait largement augmenter ses capacités spatiales sans avoir à demander l'avis de personne mais le domaine spatial est loin de faire partie des priorités politiques. Actuellement son ministère de tutelle se trouve être, contre toute attente, celui de l'Education nationale... Une vraie différence de culture avec les Américains où, depuis 2002, le centre de suivi des débris spatiaux a été intégré au haut commandement militaire états-unien, gérant entre autres, les armes nucléaires. Avec son budget militaire actuel, la France ne peut espérer rivaliser. Surtout si les pays européens ne daignent pas investir dans une indépendance spatiale et militaire.

        Des satellites adeptes de la simulation

        A l’inverse de la France, la Russie possède des installations conséquentes chargées de suivre tous les satellites et débris spatiaux passant au-dessus de la Russie. Outil principal de reconnaissance, les six télescopes de surveillance spatiale à 2.200 mètres d’altitude, situés sur la base de Okno au Tadjikistan. Ajouté à cela, selon la chaîne de télévision Russia Today, la présence de tout un réseau de laser et d’appareils optiques se chargeant de brouiller et/ou d’aveugler les satellites militaires ennemis jusqu’à 40 000 kilomètres dans l’espace. Déployés de Moscou jusqu’en Extrême-Orient, ils doivent théoriquement empêcher les regards indiscrets de pays de l’Otan, principalement ceux des Etats-Unis. Mais alors si les satellites espions commencent à se déguiser… « Cela change complètement la donne parce que cela permet de se rapprocher discrètement pour voir de plus près des cibles potentielles », en convient le responsable communication du CNES. Pour lui, la dissimulation de satellites en débris de l’espace ne pose pas « de grosses difficultés techniques. Il faut écouter les russes quand ils disent quelque chose sur le spatial. Ils ont une très grosse expérience dans ce domaine et dans l’espionnage en particulier. »

        Savoir reconnaître les satellites espions de simples débris relève donc de la plus haute importance pour la sécurité des Etats. Mais encore faut-il savoir reconnaître un matériel hors-service d'un dispositif espion. « Le qualificatif de débris n'est peut-être pas le plus approprié, selon Pierre Omaly, responsable de la surveillance de l'espace et des débris au CNES. Un débris c’est quelque chose qui est soumis aux lois de la gravité spatiale dérivant sans aucune intervention. Dès qu'un objet ne suit plus ces lois spatiales c’est un satellite guidé. » D'où la possibilité pour un Etat indiscret de simuler une fin de vie sur l'un de ses satellites pour se rapprocher ensuite le plus discrètement possible. D'après The Moscow Times, le commandant russe Maïdanovitch a affirmé de son côté que des satellites pouvaient rester désactivés et flotter dans l'espace pendant des années avant de « se réveiller » au bon moment.

        Situés en orbite basse, entre 0 et 2 000 kilomètres, ces satellites d'observation peuvent alors prendre des photos haute résolution de sites sensibles. « Personnellement, je ne sais pas si ça se fait ou pas mais il peut y avoir des techniques de brouillage, dévoile Christian Cazaux. Pour les satellites d’observation c’est de l’optique, il faudrait donc suivre le même principe qu'un appareil photo en rendant les photos illisibles avec de la surexposition ou de la sous-exposition. » Pour les autres satellites en haute altitude, 36 000 kilomètres, des signaux radios électriques peuvent également étourdir la cible, afin qu'ils ne puissent plus recevoir la moindre donnée. Sachant que les Etats-Unis possèdent également plusieurs satellites de type KH12, des versions militarisées du plus célèbre et inoffensif Hubble, lancés dans les années 90, circulant en orbite basse et qui permettent d'obtenir des images de très haute résolution (la capacité du téléscope est inconnue) en temps réel.  

        Cette annonce semble révéler surtout un regain de tensions entre les deux anciennes super puissances de la Guerre froide, toujours promptes à marquer leur territoire et à exagérer la menace ennemie pour mieux mobiliser les exécutifs politiques toujours un peu pingres en temps de crise. 

        Existe-t-il un droit de l’espace ?

        En France, la législation spatiale est définie par la Loi relative aux opérations spatiales (LOS) dans sa version réactualisée du 3 juin 2008. Cette loi découle elle-même du traité relatif à l’espace extra-atmosphérique de l’ONU signé la première fois à Washington en 1967. Il précise que l’espace vide n’appartient à personne. Tous les Etats peuvent librement explorer et utiliser l’espace. Pour les corps célestes comme la Lune ou la planète Mars, ils appartiennent à tout le monde. Empêchant ainsi toute revendication territoriale. Enfin, les Etats sont invités à coopérer entre eux et à s’assister mutuellement en toute circonstance. L’utilisation de l’espace devant rester à des fins pacifiques.

      • Réforme du collège: "construire des cabanes ne va pas apporter aux élèves une culture solide" - 01/01/1970
        Pour Véronique Marchais, professeur de lettres, la réforme des collèges est loin d'être à l'image de la communication ministérielle: démagogique, idéologique, elle favoriserait la déstructuration des apprentissages et augmenterait les inégalités entre les établissements scolaires eu lieu de les gommer...

        Marianne : Le projet de réforme du collège de Najat Vallaud Belkacem, adopté par le COnseil supérieur de l'Education, concerne simultanément les programmes, les pratiques d'enseignement et l’organisation pédagogique. Quel est votre avis sur cette réforme  ?
        Véronique Marchais : ce qui me gêne énormément, c’est qu’on recommence ce que l’on a déjà fait en 2002 avec la création des Itinéraires De Découverte par Jack Lang. C’est-à-dire, au nom des vertus supposées de l’interdisciplinarité, qui restent pourtant à démontrer, prendre sur les horaires des disciplines pour financer les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI).

        Vous ne voyez pas d’un bon ?il l’interdisciplinarité ?
        C’est très bien, l’interdisciplinarité, mais en tant que complément des apprentissages. Et c’est quelque chose que beaucoup de professeurs pratiquent déjà, nous n’avons pas besoin qu’on nous force la main avec un cadre institutionnel comme celui-là. Je crois que je n’ai jamais vu un établissement scolaire qui n’ait pas quelques projets interdisciplinaires. Mais c’est en fonction de la volonté des professeurs, et également des opportunités qui se présentent. Cela fonctionne parce que c’est un lieu de réinvestissement des apprentissages. Là où c’est dévalué, c’est quand on imagine que ça peut être un lieu d’apprentissage des fondamentaux. Pour reprendre des exemples cités par le ministère, filmer un match de handball ou construire une cabane dans la cour de récréation, ce n’est pas ce qui va apporter aux élèves une culture solide ou leur permettre de développer une réflexion méthodique sur la langue.

        Quels sont les autres autres points que vous rejetez dans cette réforme ?
        Ce qui me met très en colère, c’est que la communication ministérielle est fondée sur un mensonge énorme. Depuis le début, on les entend répéter « On ne touche pas aux horaires disciplinaires. » une simple addition du nombre d'heures disciplinaires par niveau, à partir des chiffres publiés par le Ministère lui-même, vous montrera que le compte n'y est pas : Le total ferait 26 heures en Sixième, or, il n'est fait mention que de 23 heures + 3 heures d'EPI. Celles-ci sont donc bel et bien retirées aux disciplines. La communication, qui s'ingénie à faire croire le contraire, relève d'un tour de passe-passe digne des plus vils bonimenteurs.

        Ce qui caractérise ces programmes, c’est une complète déstructuration des apprentissages, notamment avec ces histoires de « cycles» 

        Quelles seront matières qui se retrouveront amputées d’heures de cours ?
        Toutes les disciplines vont souffrir de ces coupes, en particulier les disciplines dites fondamentales, car elles sont les seules à disposer d'assez d'heures -ce qui est déjà relatif...- pour en « donner » aux EPI. Et l'on va s'étonner ensuite de nouveaux effondrements... Le collectif « Sauver les Lettres » a fait depuis longtemps le compte des heures de cours de Français : c'est substantiel. Et l'on va continuer de creuser... Nous sommes obligés de faire des coupes franches dans les programmes. On ne peut pas enseigner les mêmes choses avec beaucoup moins d’heures. Et ce qui caractérise ces programmes, selon moi, c’est une complète déstructuration des apprentissages, notamment avec ces histoires de « cycles ».

        C’est-à-dire ?
        Nous allons pouvoir distribuer les éléments du programme selon notre bon vouloir. Pour le cycle 3, qui va du CM1 à la 6e, on peut traiter tel point indifféremment en CM1 ou en 6e. Même chose pour le cycle 4, on peut répartir les points du programme en 5e, en 4e ou en 3e, comme on le souhaite… C’est aux équipes pédagogiques de le décider.

        Quels sont les effets pervers de ce système ?
        C’est un système qui est en place dans le primaire depuis quelques années déjà, et cela a des conséquences très simples. Je vais prendre un exemple personnel. Dans l’école de mon fils, lorsqu’il était en CM1, il avait été décidé que le Moyen Âge serait traité en CM2 et puis Louis XIV, la Révolution française et le Siècle des Lumières en CM1. Ce n’était pas un ordre chronologique, c’est bizarre mais c’était comme ça. Nous avons déménagé à la fin de son année de CM1. Mon fils a intégré une autre école et eux faisaient les choses dans l’autre sens. Il n’a ainsi jamais étudié le Moyen Âge ! Donc cela crée des différences entre les écoles et ça déstructure complétement les apprentissages. Je trouve absurde d’étudier la monarchie absolue quand on n’a pas étudié le Moyen Âge auparavant, et qu’on ne peut pas comprendre en quoi Louis XIV est un roi différent de ses prédécesseurs.

        Donc selon vous, ce procédé d’apprentissage, contrairement à ce que prétend Najat Vallaud-Belkacem, favorise en réalité les inégalités entre les établissements scolaires ?
        Oui. Et il y a une autre chose qui favorise grandement les inégalités, et là je vais parler pour le français, c’est un retour au relativisme le plus total dans les « ?uvres » étudiées au collège. On ne nous demande plus d’aborder de grands auteurs, ni d’instruire sur les différents courants littéraires : à la place, nous devons composer avec des thèmes. Depuis presque 20 ans que j’enseigne, j’en ai vu passer des réformes… Mais c’est la première fois que je vois un programme de français qui ne mentionne aucune ?uvre littéraire, aucun mouvement littéraire, et aucun auteur. On ne parle pas de La Fontaine, de Molière, de Victor Hugo…

        J’espère qu’un certain nombre de collègues vont résister à cette démagogie

        Les ?uvres et les auteurs à étudier sont donc laissés au choix du professeur…
        Voilà. Mais je vais vous dire entre quoi et quoi il a le choix. Nous avons des thèmes à traiter, ce qui déjà, en soi, est complétement réducteur, dont je vais vous donner quelques exemples : « Se chercher, se construire », « Vivre en société », « Agir sur le monde »… je vais pas tous vous les décliner, c’est particulièrement fastidieux. Cela conduit à « forcer » les textes, ce qui n’est pas du tout formateur du point de vue de l’approche littéraire. Impossible de découvrir toute la richesse des ?uvres en procédant ainsi. Et en fait de richesse des ?uvres, d’ailleurs, je vais vous prendre l’exemple des thèmes « Vivre ensemble » ou « Agir sur le monde » : ça mélange théâtre, romans, récits autobiographiques, correspondances, presse, films, fictions audiovisuelles (autrement dit séries télévisées, c’est de ça qu’on parle), épopées, bédés, comics, arts numériques… C’est d’une démagogie totale ! Alors j’espère qu’un certain nombre de collègues vont résister à cette démagogie. Mais vous imaginez bien que la résistance ne sera pas la même dans un collège de centre-ville, où les parents sont quand même attentifs aux contenus que l’on délivre aux élèves, et un collège comme le mien, ou plusieurs collègues disent déjà : « De toute façon ils ne comprennent rien, autant leur faire faire du slam et étudier Booba. »

        Vous mentionnez Booba. C’est une culture que les élèves ont déjà. Ils ne vont donc rien découvrir…
        C’est ce que je crains. Cette démagogie, elle tend à enfermer dans ce qui est déjà l’univers des élèves au lieu de les amener à un monde commun par une culture commune et universelle. Il y a une espèce de suspicion qui est jetée d’un seul coup sur la culture, qui est censée être un truc d’élites, générateur d’inégalités. Mais ce qui génère de l’inégalité, c’est justement de ne pas y accéder ! L’école a pour mission de faire accéder à ce monde commun, il ne s’agit pas d’y renoncer… Je trouve ça absolument scandaleux.

        "L'interdisciplinarité c'est sympa et en plus ça permet des gains financiers énormes" 

        Cette réforme est-elle idéologique ?
        On a effectivement des idéologues, ces « spécialistes en sciences de l’éducation » qui sont sortis du néant dans les années 80 – 90 avec la création des IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres). Ils avaient leurs théories, pas forcément étayées de façon très sérieuse, et se sont mis à occuper des postes clés dans l’éducation. C’est un peu toujours les mêmes que l’on invite dans les médias. Je pense qu’ils sont effectivement porteurs d’une idéologie et puis surtout, ils défendent leurs thèses à eux, selon lesquelles la lecture alphabétique n’apprendrait pas bien à lire ou que la culture serait quelque chose d’élitiste et que de toute façon, qui sommes-nous pour décréter ce qui est de la culture et ce qui ne l’est pas. Tout se vaut. Les arts de la rue, ça vaut bien Zola ou Balzac. On a aussi des conseillers à l’éducation qui ne changent pas avec les ministères. Ce qui me frappe, c’est la constance des réformes, que ce soit sous la gauche et sous la droite.

        Comment expliquez-vous cette constance ?
        Si on regarde bien, ces réformes arrangent tout le monde. Elle font le jeu des idéologues, ces « penseurs » du système qui promeuvent leurs thèses. Mais elles font également plaisir à la gauche comme à la droite, parce qu’elles permettent des gains financiers énormes. Plus d’interdisciplinarité, cela signifie moins d’heures disciplinaires à payer. Je peux vous envoyer un emploi du temps sur lequel j’ai rayé les heures disciplinaires qui disparaissent, c’est éloquent (voir document en fin d'interview). Enfin, vis-à-vis du grand public, c’est sympathique. Je pense que c’est l’alliance de ces facteurs. Pour les partis politiques, il y a le souci que la facture de l’éducation nationale ne soit pas trop salée, et que pour l’électorat, ça passe bien. Et là, regardez la communication ministérielle, on a quelque chose de très séduisant ! Les enfants vont s’amuser ! On s’ennuyait à l’école, là, enfin, avec les activités interdisciplinaires, ce sera un enseignement beaucoup plus sympa… C’est quelque chose qui est vraiment démagogique et les politiques espèrent glaner des voix avec ça. Avec ce type de réforme, on s’inscrit dans un temps électoral au lieu de s’atteler à ce qui est le vrai problème de l’école.

        De quoi s’agit-il ?
        Ce sont tous ces élèves qui n’apprennent ni à lire, ni à écrire correctement à l’école primaire. Là, il faudrait vraiment mettre le paquet… Si on voulait vraiment changer quelque chose, à la fois à l’école primaire et au collège – puisque le collège est la continuité de l’école primaire -, c’est d’abord ce sur ce point qu’il faudrait insister : travailler sur l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Mais pas décréter qu’on apprend à lire jusqu’à 11 ou 12 ans, c’est aberrant ! Un enfant de cet âge-là qui n’a pas appris à lire, c’est très difficile pour lui. Et les instituteurs de CM ont autre chose à faire que de reprendre les bases de la lecture. Il faut que cela soit fait correctement en CP.

        Le niveau de lecture chez les collégiens est-il à ce point catastrophique ?
        Vous trouverez sur le site du HCE un rapport dont je vous recommande la lecture attentive des premières pages, en particulier des pages 9 et 10. Elles permettent de prendre la mesure du désastre de l'enseignement de la lecture en France. On parle souvent des 15% d'élèves qui sortent de Primaire sans maîtriser même le déchiffrage. On a l'impression qu'on a alors fait le tour de la question. Et l'on découvre ici qu'il faut y ajouter 25% d'élèves qui, s'ils déchiffrent, ont trop de lacunes en vocabulaire, en syntaxe et en culture générale pour comprendre un texte simple et être autonomes en lecture au collège. Il est facile, dans ces conditions, de pointer le collège comme « maillon faible » du système éducatif. On nous reproche de ne pas « récupérer » scolairement des élèves qui sont sortis de l'école sans savoir lire ni écrire correctement, avec seulement 4 heures et demie de Français par semaine. Ma théorie, c'est que le maillon faible du système scolaire, c'est l'école primaire. Elle ne cache la misère que grâce aux livrets de compétences qui ont remplacé les notes, mais la réalité éclate au collège dans toute sa crudité. Enfin, avec se qui se dessine, il est probable que, à défaut d'apprendre à lire aux enfants, nous parviendrons bientôt à masquer leurs difficultés au collège aussi, grâce aux EPI et à l'évaluation par compétences. Ce sera sans doute le seul apport « positif » de cette réforme.

        Quel regard jetez-vous sur votre vingtaine d’années passées à enseigner ?
        Ayant connu 3 grands changements de programmes, j'en tire une conclusion en forme de lapalissade : moins on fait de Français, moins les élèves maîtrisent le français. Ça vous paraîtra sans doute évident, mais il faut croire que ça ne l'est pas pour nos législateurs. Le Ministère publie sur son site des graphiques éloquents : ils ne s'interrogent pas sur le fait qu'en 2001, avec Jack Lang et les Itinéraires De Découverte, on a supprimé des heures en Français, en Maths et en Histoire-Géographie, les trois matières dont les résultats (en baisse constante) sont interrogés par ces graphiques. Et on s'apprête à refaire la même chose avec les EPI. 







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      Dernière mise à jour : 11/08/2007